Notre orientation : la sainteté

Vendredi soir, nous avons organisé pour les collégiens et lycéens du patronage une soirée « orientation ». Nos plus grands, déjà entrés dans la vie professionnelle, leur ont fait part de leurs différents cursus d’études et de leur métier actuel. L’intérêt de tous était sensible. Il s’agissait d’éclairer et de conseiller ces pré-adolescents et adolescents qui sont à une étape de leur vie où ils doivent choisir leurs orientations scolaires en vue de leur avenir.

Tout au long de l’année, nous nous efforçons, bien sûr, d’éclairer tous ces jeunes et de les conseiller pour ce qui concerne une orientation plus essentielle encore : celle de leur âme, celle de toute leur vie. L’intérêt de ces jeunes peut nous paraître parfois moins sensible, il n’en est pourtant pas moins réelle. Il rejoint non seulement des questions éminemment philosophiques (qui suis-je ? quel homme veux-je devenir ? quel est le sens de ma vie ?) mais il triture aussi plus ou moins inconsciemment chacun au plus profond de son être.

Le mystère pascal que l’Eglise vient de célébrer solennellement nous renvoie à l’orientation fondamentale de toute notre vie. L’axe est tracé, le but est fixé, le choix nous est proposé, les lumières nous sont données, la force nous est prodiguée. Jésus est « le chemin, la vérité et la vie ». Il nous faut contempler le Christ mort et ressuscité. Voilà la source de la plénitude à laquelle nous sommes appelés, l’amour capable de nous fasciner, le bonheur à même de nous combler.

Le pape François vient de promulguer sa troisième exhortation apostolique. Son titre est attrayant et éloquent : « Gaudete et exsultate », c’est-à-dire « Réjouissez-vous et soyez heureux ». Qui d’entre nous ne désire être heureux ? Le Saint Père nous rappelle qu’être heureux c’est être saint, c’est écouter Jésus, c’est imiter Jésus, c’est suivre Jésus, c’est aimer Jésus et nos frères. Il renvoie au beau discours des béatitudes que nous connaissons bien, les  commentant et concluant chacune d’entre elles en affirmant :

« Être pauvre de cœur, c’est cela la sainteté !…

Réagir avec une humble douceur, c’est cela la sainteté !…

Savoir pleurer avec les autres, c’est cela la sainteté !…

Rechercher la justice avec faim et soif, c’est cela la sainteté !…

Regarder et agir avec miséricorde, c’est cela la sainteté !…

Garder le cœur pur de tout ce qui souille l’amour, c’est cela la sainteté !…

Semer la paix autour de nous, c’est cela la sainteté !…

Accepter chaque jour le chemin de l’Évangile même s’il nous crée des problèmes, c’est cela la sainteté ! »

L’orientation de notre vie ne doit-elle pas être justement la contemplation du Christ mort et ressuscité pour vivre de sa vie, pour répandre sa Bonne Nouvelle, pour être saint comme notre Père céleste est saint ?

A l’occasion de la 55ème journée mondiale de prière pour les vocations qui aura lieu le 4ème dimanche de Pâques, le pape François fait résonner ces trois verbes : Ecouter, discerner, vivre.  

→ Ecouter : « Cette attitude, dit-il, devient aujourd’hui toujours plus difficile, plongés comme nous le sommes dans une société bruyante, dans la frénésie de l’abondance de stimulations et d’informations qui remplissent nos journées. Au vacarme extérieur, qui parfois domine nos villes et nos quartiers, correspond souvent une dispersion et une confusion intérieure, qui ne nous permettent pas de nous arrêter, de savourer le goût de la contemplation, de réfléchir avec sérénité sur les évènements de notre vie et d’opérer, confiants dans le dessein bienveillant de Dieu pour nous, un discernement fécond ». Voilà qui nous rappelle la nécessité de rester orientés vers la sainteté.

→ Discerner : « Chaque chrétien, poursuit le pape,  devrait pouvoir développer la capacité à “lire à l’intérieur” de sa vie et à saisir où et à quoi le Seigneur l’appelle pour continuer sa mission ». Il importe donc d’entrer au plus intime de notre cœur pour y redécouvrir que nous sommes faits pour la sainteté

→ Vivre : « La joie de l’Evangile, ajoute le Saint Père, ne peut attendre nos lenteurs et nos paresses ; elle ne nous touche pas si nous restons accoudés à la fenêtre, avec l’excuse de toujours attendre un temps propice ; elle ne s’accomplit pas non plus pour nous si nous n’assumons pas aujourd’hui même le risque d’un choix. La vocation est aujourd’hui ! La mission chrétienne est pour le présent ! »  La sainteté, c’est donc pour nous, maintenant.

Nous ne sommes donc plus à chercher notre orientation ; nous la connaissons : c’est la sainteté. Certes, nous avons besoin de lumière et de force pour ne pas nous égarer ni nous démobiliser. Laissons résonner à nouveau en nous cette exhortation de l’apôtre Pierre (1P 1,15-16) : « Puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite, selon qu’il est écrit: Vous serez saints, car je suis saint ».

Père Gilles Morin, curé

L’a-t-il touché ?

Peut-être vous est-il arrivé de chuter violemment. Genoux et coudes sont alors blessés et ensanglantés. Il faut soigner. Les plaies ainsi à vif doivent être désinfectées et cicatrisées. Bien des fois, étant enfant, je me retrouvais en de telles situations. Une main délicate s’approchait alors pour apposer de l’alcool à 90° puis du mercurochrome. Je n’étais guère douillet mais la réaction était immédiate : « Non, ne me touche pas ». Il me fallait pourtant me soumettre, passer par cette étape douloureuse pour pouvoir être guéri. Mes plaies, rougies par le mercurochrome, attestaient visiblement mes blessures.

Tout comme moi, il vous est arrivé également de croiser  et même côtoyer un ancien combattant mutilé. Son corps portant les traces de la guerre prouvait sa bravoure et réveillait notre mémoire. Cet homme s’était battu pour sa patrie.  Nous ne pouvions en douter ; nous avions le devoir de ne pas l’oublier.

C’était il y a un peu plus de deux mille ans. Le drame de la Passion venait d’avoir lieu. Les plaies du galiléen crucifié étaient à vif, le sang coulait, le prince de la vie rendait son dernier soupir. Jésus ne hurlait pas son intense souffrance mais se faisait suppliant : « J’ai soif » disait-il. Quelle était donc sa soif ? Celle de notre amour. Il était là, exposé sur le bois de la Croix, défiguré,  ensanglanté. Son cœur appelait notre cœur. De l’eau et du sang coulèrent alors de son côté transpercé. Par-delà sa mort, il nous invitait à venir nous abreuver aux fleuves d’eau vive. C’est comme s’il nous disait : « Approche-toi, touche-moi ».

Nous le savons : Thomas, encore dans la désespérance du choc de la Passion de son maître bien-aimé, a résisté à la bonne nouvelle de la résurrection. Le témoignage de ses dix compagnons n’a pas suffi à le faire accueillir cette nouvelle inouïe qui a marqué le cours de l’histoire. « Nous avons vu le Seigneur ! » Leurs affirmations véhémentes ne sont pas parvenues à ébranler son incrédulité. « Si je ne vois pas, insiste Thomas … si je ne mets pas mon doigt … si je ne mets la main … non, je ne croirais pas ». Mais le voilà aujourd’hui face à son maître. Que s’entend-t-il dire ? « Avance ton doigt ici et vois mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant ». Thomas a-t-il répondu activement à cette invitation ? L’Evangile ne nous le dit pas. Mettre son doigt dans les mains de Jésus ressuscité qui portent les traces de la Passion, ne serait-ce pas comme enfoncer à nouveau les clous ?  Poser sa main sur le cœur du Christ, ne serait-ce pas comme appuyer un peu plus sur la lance qui l’a transpercé ? Saint Jean se contente de nous rapporter l’extraordinaire profession de foi de l’incrédule : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».

En ce 2ème dimanche de Pâques, l’image de la Divine Miséricorde est exposée dans le chœur de notre église. Jésus nous y présente ses plaies lumineuses attestant l’infini de son amour pour nous. En la contemplant, chacun peut s’exclamer : « Mon Seigneur et mon Dieu ». En l’admirant, chacun peut y lire ces mots si simples : « Jésus, j’ai confiance en Toi ». J’ai confiance, parce que je sais que tu m’as aimé et que tu t’es livré pour moi. J’ai confiance, parce que je sais que tu es le Ressuscité, le Vivant pour les siècles des siècles. Amen ! Je m’approche, je touche,  je crois.

Père Gilles Morin, curé