« Le cœur du cœur »

Il y a environ 5 ans, je ressentais des douleurs au niveau thoracique. Le médecin me fit alors passer une échographie du cœur. Je garde un souvenir impressionnant de cet examen. Il n’est nullement pénible et ne nécessite aucune anesthésie. C’est une technique d’imagerie médicale qui repose sur l’utilisation d’ultrasons, qui permettent de visualiser l’intérieur du corps et d’avoir un aperçu de la tonicité du muscle cardiaque.  On peut donc voir notre cœur sur un écran et entendre les bruits surprenants de ses battements. Pour moi, tout allait bien de ce côté. « Vous avez un bon cœur », m’affirma le médecin.

Le mystère que nous célébrons aujourd’hui est le mystère même de l’être de Dieu, du cœur de Dieu. Nous ne pouvons y entrer par le biais des technologies, si sophistiquées soient-elles. Le seul chemin d’accès est celui de la foi. Ce mystère est grand ; il est central ; il est vital. Dès le Vème siècle, il est ainsi formulé dans le symbole « Quicumque », dit de saint Athanase :

Voici la foi catholique : nous vénérons un Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l’Unité, sans confondre les Personnes ni diviser la substance : autre est en effet la Personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit ; mais une est la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, égale la gloire, coéternelle la majesté.

Comme est le Père, tel est le Fils, tel est aussi le Saint-Esprit : incréé est le Père, incréé le Fils, incréé le Saint-Esprit ; infini est le Père, infini le Fils, infini le Saint-Esprit ; éternel est le Père, éternel le Fils, éternel le Saint-Esprit ; et cependant, ils ne sont pas trois éternels, mais un éternel ; tout comme ils ne sont pas trois incréés, ni trois infinis, mais un incréé et un infini. De même, tout-puissant est le Père, tout-puissant le Fils, tout-puissant le Saint-Esprit ; et cependant ils ne sont pas trois tout-puissants, mais un tout-puissant. Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu ; et cependant ils ne sont pas trois Dieux, mais un Dieu. Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur ; et cependant ils ne sont pas trois Seigneurs, mais un Seigneur ; car, de même que la vérité chrétienne nous oblige à confesser que chacune des personnes en particulier est Dieu et Seigneur, de même la religion catholique nous interdit de dire qu’il y a trois Dieux ou trois Seigneurs. »

Ce dimanche est pour nous, ici, à Notre-Dame de Nazareth, celui du Trophée des patros. Parents et enfants vont participer à diverses activités ludiques et sportives. Autant dire qu’il va y avoir de la vie. Quelles que soient les situations de nos familles, parfois éclatées et entredéchirées, nous savons qu’une famille est appelée à être comme le visage de l’être même de Dieu sur notre terre, à savoir une trinité d’amour.

Notre Congrégation des Religieux de Saint Vincent-de-Paul est aussi une famille. Notre fondateur insistait sur cette dimension. Pères et Frères, unis dans une même consécration, veulent avoir un seul cœur et une seule âme. Certes, ils sont différents, chacun ayant ses talents, ses limites, sa personnalité. Mais c’est le même charisme qui les anime, la même foi, le même zèle, la même charité. C’est fort de cette affirmation que je vous annonce que votre prochain curé, que j’ai proposé pour être nommé par notre archevêque, sera le Père Gilles Pelletier qui a été notre Supérieur Provincial de France ces dix dernières années. Il prendra ses fonctions à partir du 1er septembre. Je sais que vous lui ferez bon accueil. Vous passerez ainsi d’un Gilles à l’autre, d’un religieux de Saint Vincent-de-Paul à un autre. Mais ce sera toujours la même famille et le même cœur, dans la même foi en un seul Dieu, Père, Fils et Esprit-Saint.

Père Gilles Morin, Curé

« L’anti-Babel »

« Babel » : ce mot évoque spontanément pour nous la division et la multiplicité des langues qui conduisent à l’incompréhension et à la dispersion des peuples sur la terre. « Allons ! se disent les hommes, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux  ! (Gn 11,4) » Leur projet est bien de bâtir orgueilleusement une tour pour s’élever vers le ciel, s’en emparer et se l’approprier.  La conséquence en est l’intervention de Dieu qui aboutit à la confusion des langues. D’où le nom de Babel qui, justement, signifie « confondre ».

Si je vous dis maintenant « Lebab », vous pourriez penser que je me suis trompé. Non, je n’ai pas fait d’erreur de frappe sur mon clavier d’ordinateur ou le « L » jouxte le « K ».   Je n’ai aucunement l’intention de vous parler du kebab, ce sandwich fourré de viande grillée à la broche que les jeunes aiment tant. Je maintiens bien la lettre « L » en première place. Donc, il vous faut regarder attentivement et faire preuve d’un peu d’imagination. Vous constaterez alors que le mot « Lebab » est, en fait, une anagramme, c’est-à-dire un renversement des lettres du mot « Babel ». Existe-il vraiment ? Il s’agit d’un terme hébreu qui signifie « Homme intérieur ; cœur ; âme ». C’est ce mot qui est employé dans ces passages bibliques que nous connaissons bien :

« Sache donc en ce jour, et retiens dans ton cœur (Lebab) que l’Eternel est Dieu, en haut dans le ciel et en bas sur la terre, et qu’il n’y en a point d’autre. » (Dt 4,39)

Et encore :

« Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur (Lebab), de toute ton âme et de toute ta force. » (Dt 6,5)

L’événement de la Pentecôte est vraiment l’anti-Babel. C’est l’effusion de l’Esprit-Saint dans le cœur des apôtres, dans leur être le plus intérieur. C’est un embrasement d’amour qui unit ces hommes si différents dans une communion avec le Père et le Fils, dans un unique Esprit. Ce mystère les rend capable de parler le langage de l’Amour … et ce langage, quels que soient les mots usités, est audible à tous et compréhensible pour tous. Une belle homélie africaine du VIème siècle apporte une réponse à une question qui pourrait légitimement nous être posée.  « Si quelqu’un dit à l’un de vous :  » Est-ce que tu as reçu le Saint-Esprit, car tu ne parles pas toutes les langues ?  » voici ce qu’il faut répondre :  » Parfaitement, je parle toutes les langues. Car je suis dans ce corps du Christ, qui est l’Eglise, laquelle parle toutes les langues. En effet, par la présence du Saint-Esprit qu’est-ce que Dieu a voulu manifester, sinon que l’Eglise parlerait toutes les langues ».

Dans la cacophonie de notre monde où les voix s’élèvent, retentissantes jusqu’à être abrutissantes et oppressantes, les chrétiens confirmés que nous sommes ne sauraient rester muet ni négliger le don de l’Esprit-Saint. « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint » (Rm 5,5) affirme l’apôtre Paul. Ce monde écartelé dans lequel nous sommes immergés a grand besoin d’être réunifié, les hommes sont appelés à se réconcilier dans une communion d’amour qui vient de l’Esprit. L’Eglise a mission de porter cette nouvelle à tous les peuples de toutes langues et nations.

A l’occasion de cette solennité de la Pentecôte, partout dans le monde, des enfants, des jeunes et des adultes reçoivent le sacrement de Confirmation. Que l’Esprit-Saint leur rappelle sans cesse qu’ils doivent aimer Dieu de tout leur cœur (Lebab). Qu’ils soient des témoins ardents et rayonnants de la Bonne Nouvelle ! Là est l’antidote de la confusion de Babel.

Père Gilles Morin, curé