Priez pour nous, pauvres prêtres que nous sommes

Cet avertissement aux prêtres, dans le livre du prophète Malachie, est des plus cinglants : « Si vous ne prenez pas à cœur de glorifier mon nom – dit le Seigneur de l’univers –, j’enverrai sur vous la malédiction, je maudirai les bénédictions que vous prononcerez. » Et le texte d’ajouter cette dénonciation : « Vous vous êtes écartés de la route …»

Jésus, dans l’Evangile de ce jour, ne mâche pas non plus ses mots à l’encontre des scribes et des pharisiens. Sans ménagement, il met à jour leur hypocrisie et leur suffisance. « Ils disent et ne font pas. Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens ». Ces spécialistes de la loi profitent de leur situation et de leur notoriété non pour aimer et sauver mais pour exploiter et être honorés.

Quel contraste avec ce que l’apôtre Paul peut écrire en toute vérité ! « Frères, nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. Ayant pour vous une telle affection, nous aurions voulu vous donner non seulement l’Evangile de Dieu, mais jusqu’à nos propres vies, car vous nous étiez devenus très chers ». Voilà un véritable pasteur, un bon berger prêt à donner sa vie pour ses brebis.

Les textes de la liturgie de ce dimanche doivent donc trouver une résonnance particulière dans le cœur des prêtres et de tous ceux qui, à un titre ou à un autre, sont pasteurs dans l’Eglise. Le pape François, en de multiples occasions, ne manque pas de les inviter à un examen de conscience, et de dénoncer le risque de mondanité qui peut les menacer. Il est si facile en effet de tenir des propos moralisant et d’exhorter les autres à la sainteté, tout en s’installant soi-même dans un quotidien réglé … sans se laisser bousculer … sans avoir le « feu sacré » qui nous conduit à nous dépasser.

Redisons-le : pour nous, prêtres, ces avertissements du Seigneur sont redoutables. Les saints en étaient bien conscients.

Rappelons-nous saint Jean-Marie Vianney affirmant : « Ce qui est un grand malheur pour nous autres curés, c’est que l’âme s’engourdit. Au commencement, on était touché de l’état de ceux qui n’aimaient pas le Bon Dieu. Après on dit: En voilà qui font bien leur devoir, tant mieux ! En voici qui s’éloignent des sacrements, tant pis ! Et l’on n’en fait ni plus ni moins… ».

Plus récemment, le saint pape Jean-Paul II exhortait les prêtres en leur lançant ces paroles de feu : « Plus le monde se déchristianise, plus il a besoin de voir, dans la personne des prêtres, cette foi radicale qui est comme un phare dans la nuit ou le roc sur lequel il s’appuie ». (Jean-Paul II aux prêtres suisses. Juin 1984)

Il faut donc beaucoup prier pour les prêtres. C’est vital pour eux, c’est vital pour vous. « Des prêtres, disait encore le saint curé d’Ars, dépend le bonheur du christianisme ; car si les bons paroissiens voient un bon prêtre, un charitable pasteur, ils l’honorent et suivent sa voie, ils tâchent de l’imiter ».

Alors, surtout, priez bien pour nous, pauvres pécheurs, pauvres prêtres que nous sommes.

Père Gilles Morin, curé

Si tu veux atteindre le but, aimes

Vous vous en souvenez : dimanche dernier était la Journée Mondiale des Missions. Lors de la messe de 10h00, alors que j’étais dans l’allée de l’église dans l’attente de ma prédication, mon attention a été frappée par des coureurs à pied allant bon train dans la rue Lecourbe. J’étais en aube. J’ai fait quelques pas pour me retrouver au niveau du portail ; je me suis même avancé sur le trottoir. J’ai vu des hommes et des femmes courir, comme en peloton, s’étalant sur plus d’une centaine de mètres. Leur visage était marqué, les traits tirés, leur maillot trempés. Ils étaient nombreux, si nombreux. Certains, au passage, m’observaient avec curiosité : un homme tout en blanc … qui peut-il être ? J’ai esquissé un mouvement du bras comme pour les inviter à entrer. Mais ils couraient, couraient. Je me prêtais alors à rêver. Ah ! si seulement, au niveau du 351, ils avaient tourné à gauche ; s’ils avaient pénétré dans notre enceinte ; s’ils étaient allés de cette foulée accélérée jusqu’à l’église pour y prier et célébrer le jour du Seigneur, notre église aurait été trop petite. Quelle grâce cela aurait été en cette Journée Mondiale des Missions ! Mais ils couraient et couraient encore, ignorant mon invitation. Renseignements pris, il s’agissait de la « Corrida » du 15ème arrondissement, épreuve sportive comportant 2 boucles de 5 km, qui devait s’achever devant la mairie.

Il est une autre course, autrement plus importante, à laquelle nous ne pouvons échapper et qui nécessite de notre part une volonté forte, un amour ardent et un dépassement de soi-même. Nous en connaissons le but. À l’approche de la solennité de la Toussaint, il s’agit pour nous de ne jamais l’oublier. Nous sommes attendus au paradis … « Le paradis, vient de rappeler le pape François, n’est pas un lieu de conte de fée, et encore moins un jardin enchanté. Le paradis est l’étreinte avec Dieu, Amour infini, et nous y entrons grâce à Jésus, qui est mort sur la croix pour nous. » La course peut nous sembler longue et parsemée d’obstacles. Sans nul doute, il faut du souffle, le souffle de l’Esprit-Saint ; il faut un bon battement de cœur, celui qui est au diapason du cœur du Christ ; il faut de l’amour, beaucoup d’amour. Qu’y a-t-il donc de plus important sur nos routes humaines ? Qu’est-ce qui a valeur d’éternité ? l’Amour, toujours l’Amour. Jésus nous le rappelle très clairement dans sa réponse qui résonne dans l’Evangile de ce dimanche : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Tous, qui que nous soyons, nous cheminons sur nos routes humaines. Nous pouvons nous y traîner mollement, égoïstement et lamentablement, comme nous pouvons nous y élancer courageusement, généreusement, solidairement, joyeusement et humblement. Quels que soient notre pas, notre cadence, notre allure, nous savons que nous passerons inéluctablement par l’étape de la mort pour accéder à la vie … et ce qui restera avant tout de nos vies, c’est l’Amour. Oui, pour atteindre le but, il faut absolument Aimer.

Père Gilles Morin, curé