Pèlerin de la paix

Cléophas et son compagnon de route sont découragés. Le visage tout triste, ils s’éloignent de Jérusalem. Leur vie vient d’être frappée de plein fouet par le drame de la Passion. Jésus était leur ami ; leurs espérances étaient en lui. Qu’allaient-ils maintenant devenir ? Et voilà que, chemin faisant, un pèlerin vient leur porter la paix … non point celle de l’absence de conflit et de la libération de leur pays, mais celle autrement plus profonde de leur âme. Ce pèlerin, les rejoignant et marchant à leur côté, n’est autre que le Ressuscité en personne.

Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui marchent et s’éloignent de leur patrie, tout tristes … plus encore, apeurés, meurtris, ébranlés, désespérés. Ils fuient ; ils fuient la violence et la guerre ; ils fuient le feu et les armes ; ils fuient les massacres et les persécutions. L’Eglise marche avec eux. Elle est à leur côté. Elle est une présence agissante et réconfortante qui les aide à ne pas désespérer. Jeudi dernier, un petit livre a été remis au Pape François. Il s’agit d’un Evangile avec les psaumes en langue anglaise, trouvé au fond d’une embarcation de migrants à Lampedusa. Le lecteur avait marqué la page correspondant au psaume 55, lue au moment du naufrage. « Entends, ô Dieu, ma prière, dit ce très beau psaume, … mon cœur se tord en moi, les affres de la mort tombent sur moi ; crainte et tremblement me pénètrent, un frisson m’étreint… Vers Dieu j’appelle et Yahvé me sauve … Il entend mon cri, rachète dans la paix mon âme de la guerre qu’on me fait … Décharge sur Yahvé ton fardeau et lui te subviendra ». Des témoins relatent qu’en recevant ce cadeau, le Pape a embrassé l’Evangile les larmes aux yeux. L’Œuvre d’Orient vient de lancer un appel (voir ci-joint sur la page insérée). Saurons-nous nous laisser toucher, nous aussi, et nous mobiliser ?

Le Pape François vient de se faire pèlerin de la paix, en Egypte, ce pays meurtri récemment par deux attentats contre des chrétiens coptes.  « Je suis vraiment heureux de venir en ami, a-t-il affirmé, en messager de paix et en pèlerin dans le pays qui, il y a plus de deux mille ans, a donné le refuge et l’hospitalité à la Sainte Famille qui fuyait les menaces du roi Hérode (cf. Mt 2,1-16). Je suis honoré de visiter la terre visitée par la Sainte Famille ! » …/… Et le Saint-Père d’ajouter : « Je désire que cette visite soit une étreinte de consolation et d’encouragement pour tous les chrétiens du Moyen-Orient, un message d’amitié et d’estime pour tous les habitants de l’Égypte ou de la région… ». N’est-ce pas l’imitation même de Jésus rejoignant Cléophas et son compagnon sur leur chemin de désespérance ?

Notre monde, sans nul doute, a grand besoin de paix, d’amour, d’espérance et de miséricorde. Face aux violences multiples, la réponse du chrétien est celle de la victoire de l’amour, portée par le Christ ressuscité. « Nous avons donc tous le devoir, vient de rappeler avant-hier le Pape François dans son discours aux participants à la Conférence internationale pour la paix  au Caire, d’enseigner aux nouvelles générations que Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, n’a pas besoin d’être protégé par les hommes, au contraire c’est lui qui protège les hommes ; lui ne veut jamais la mort de ses enfants mais leur vie et leur bonheur ; il ne peut ni demander ni justifier la violence, au contraire il la déteste et la rejette. Le vrai Dieu appelle à l’amour inconditionnel, au pardon gratuit, à la miséricorde, au respect absolu de toute vie, à la fraternité entre ses enfants, croyants et non croyants…/… Nous avons le devoir de démasquer les vendeurs d’illusions sur l’au-delà, qui prêchent la haine pour voler aux gens simples leur vie présente et leur droit de vivre avec dignité, en les transformant en bois à brûler et en les privant de la capacité de choisir avec liberté et de croire avec responsabilité. »

 

Soyons donc, nous aussi, pèlerins du réconfort et de la consolation, prédicateurs et porteurs de la paix, témoins de l’Espérance qui nous habite.  Comment pourrait-il en être autrement, puisque le Christ est ressuscité, alléluia !

Père Gilles Morin, Curé

Voter Jésus

Ils ont voté. C’était il y a près de 2000 ans. Ils ont voté, non pas à main levée mais à voix criée. Rappelons-nous : Ils ont crié : « Barabbas ! libère-nous Barabbas ! » Quant à Jésus, ils ont crié et crié plus fort : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Oui, tous ces gens rassemblés près du lieu dit le Dallage ont voté. Ils ont voté l’élimination de leur roi. Certains se sont certainement efforcés de faire entendre leur voix  criant à pleins poumons : « Jésus ! Jésus ! » Cela n’a pas suffi. La majorité, hostile au Galiléen, l’a emporté. Ce drame a marqué l’histoire de l’humanité. Ce drame s’est changé en gloire. C’est pourquoi nous pouvons réaffirmer que le Christ est vainqueur ; il est le Vivant à jamais ; il est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Son royaume n’est pas de ce monde.

Ce dimanche est le dimanche appelé « in albis ». Les néophytes, nouveaux baptisés de la nuit de Pâques, sont particulièrement mis à l’honneur. Ils ont fait leur choix, celui du Christ Sauveur. Ils sont rayonnants de joie. Ils ont voté Jésus.

Ce dimanche est celui du premier tour des élections présidentielles pour notre pays. Jésus y est le grand absent. Son nom n’est ni évoqué ni prononcé. En France, la déesse « laïcité » l’exclue par principe. Nul n’est invité à s’y référer ni même à s’en inspirer. Le drame d’il y a 2000 ans est donc d’une grande actualité. Le quotidien est marqué par les souffrances multiples, par les situations angoissantes, par les victimes de toutes sortes, par les attentats, les guerres, les persécutions, les injustices etc … Chaque candidat s’efforce de proposer des solutions pour porter remède à de telles situations. Oui, sans nul doute, il faut travailler à ce monde qui passe ; mais n’est-ce pas chimérique de le prétendre en faisant fi du Rois des rois qui nous a montré le chemin de la vie et nous a enseigné les leçons de l’Amour ? Que peut-être un monde sans Jésus ? Voilà ce qu’un chrétien ne saurait négliger lorsqu’il déposera dans l’urne son bulletin de vote.

Ce dimanche est aussi celui de la Divine Miséricorde. Quelle merveille que ce cœur du Christ qui ne répond à la haine que par l’amour, au déchaînement de la violence que par la douceur, la tendresse et le pardon ! Quel mystère admirable que ce Jésus qui nous appelle à être miséricordieux comme notre Père des cieux est miséricordieux ! Quel que soit le futur président et quelles que soient la pertinence et l’efficacité de son action à la tête de notre pays, nous serons toujours appelés à imiter Jésus Miséricordieux. Là est la source de la vie, là est le lieu de l’avenir. Comme l’a si bien souligné le pape Benoît XVI dans son encyclique « Deus caritas est », « l’amour sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste. Il n’y a aucun ordre juste de l’Etat qui puisse rendre superflu le service de l’amour. Celui qui veut s’affranchir de l’amour se prépare à s’affranchir de l’homme en tant qu’homme. Il y aura toujours de la souffrance, qui réclame consolation et aide. Il y aura toujours de la solitude. De même, il y aura toujours des situations de nécessité matérielle, pour lesquelles une aide est indispensable, dans le sens d’un amour concret pour le prochain … » (N°302)

Bien sûr, ce dimanche, nous mettrons notre bulletin dans l’urne. Il le faut bien. Mais en le choisissant et en le déposant, au plus intime de nous-même, rappelons-nous notre baptême, n’oublions pas notre choix fondamental, celui de notre foi ; finalement, par-delà notre vote humain, de tout notre être, votons à nouveau Jésus.

Père Gilles Morin, Curé