Pour qui se prend-il ?

 

Nombreux êtes-vous, je suppose, à connaître le nom de Zlatan Ibrahimovic. C’est une star du football évoluant au club du P.S.G.. Ce joueur suédois d’1m95 et de 95 kilos fait vibrer les foules par son art de la maitrise du ballon rond, ses dribles et ses buts. L’humilité, par contre, n’est guère son fort. Comme tant d’autres, son ego est démesuré. Il y a peu, sur un ton sans doute humoristique, il n’a pas hésité à se comparer à … Dieu. Oui, vous avez bien lu … à Dieu. Interrogé par un journaliste de la télévision suédoise sur le match Suède-Portugal qui devait avoir lieu et dont l’enjeu n’était autre que la qualification à la coupe du monde, le grand Zlatan a répondu : « Nous voulons clairement aller au Mondial. Nous ferons de notre mieux. Mais seul Dieu sait ce qui va se passer ». Réaction du journaliste : « C’est un peu compliqué de demander à Dieu ». Réponse de Zlatan : « Mais vous êtes en train de lui parler ». Une phrase lancée sans sourciller. Alors, je le demande à tous les fans d’Ibrahimovic : voulez-vous donc d’un tel dieu ? Souhaitez-vous vraiment qu’il soit votre roi ? … En tous cas, pas moi. 

 

J’ai une autre proposition à vous faire : Jésus de Nazareth, vous connaissez ?  Lui ne se prend pas pour Dieu ; il EST Dieu, en toute vérité. Il est le Messie, il est le Roi de l’Univers. Contemplez-le en sa Passion, et vous verrez que loin de chercher à dominer et s’imposer, il ne cesse de s’abaisser et de s’humilier. Il règne, oui, mais par l’amour ; son royaume n’est pas de ce monde ; ce n’est que trop évident. Jésus est Maître et Seigneur de nos vies ; il est le roi de nos cœurs, mais vraiment pas à la manière du monde.

 

Il y a trois semaines, avec les pèlerins de notre paroisse, j’ai gravi quelques marches dans un sombre édifice situé au détour d’une ruelle et comme “perdu“ au milieu d’un souk. C’était à Jérusalem, dans la basilique du Saint-Sépulcre nommée encore l’Anastasis. Je suis monté au Golgotha,  lieu dit du Crâne, le trône du Roi. Je me suis incliné, agenouillé, je l’ai touché et embrassé. Longuement, je me suis répété : « C’est ici que Jésus ton Sauveur et ton Roi est mort pour toi ». Je n’ai pu que pleurer, m’émerveiller et m’écrier : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ».

 

Ce cri, il y a bien longtemps et en ce même lieu, un larron l’avait déjà poussé. En un acte de foi prodigieux, il avait su reconnaître dans le Crucifié défiguré et humilié, le Roi de l’univers. Jésus de Nazareth lui avait alors assuré : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ». Promesse inouïe que Dieu seul peut faire. L’un des premiers Pères de l’Eglise s’en est émerveillé au point d’écrire : « Quel est le roi qui accepterait d’avoir à ses côtés, partageant son triomphe, un criminel hors-la-loi ? Et le Roi du Ciel, vainqueur de la mort, entre en son Royaume en compagnie d’un bandit !…». Merveille de la miséricorde de Dieu pour ce larron, mais aussi pour chacun d’entre nous qui cheminons dans la foi. C’est quand même autre chose que du Zlatan.

 

Père Gilles Morin

Curé

Jérusalem de mon cœur

 

« Des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». Ces jours sont venus, et du temple ne demeure effectivement que les restes d’un mur devant lequel viennent prier les juifs. Nous, pèlerins de retour de Terre Sainte, nous vous l’attestons.

 

Sur le flanc du mont des oliviers, face à l’esplanade du temple, on peut se recueillir sur le lieu du « Dominus Flevit ». C’est là que, selon la tradition, Jésus a pleuré et s’est écrié : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes …, et vous n’avez pas voulu ! » (Mat 23, 37). Jésus sait que Jérusalem est sur le point de Le crucifier, Lui qui est venu « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11, 51). Il sait également que ses disciples seront pourchassés et persécutés : « Vous serez livrés – prophétise-t-il- même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous à cause de mon Nom ». Oui, Jésus sait, et il voit. Il voit déjà  la destruction de la Cité Sainte qui sera rasée par Titus en l’an 70 ; il voit déjà l’ère des persécutions et notre monde fécondé par le sang des martyrs.

 

On ne va pas en Terre Sainte sans s’émerveiller ; on n’y va pas non plus sans pleurer et s’écrier : « Jérusalem, Jérusalem, si seulement tu avais voulu, … si seulement tu avais accueilli le Christ ! … Toi la ville sainte, lieu de tant de tensions et de divisions, sur toi nous appelons la paix, pour toi nous désirons l’unité ».

 

On ne va pas non plus en Terre Sainte sans penser à une autre terre, sainte elle aussi, à savoir  celle de notre cœur sanctifiée par la grâce du baptême. Il est un autre temple qui n’est autre que nous-mêmes : « Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? », écrira l’apôtre Paul (1cor 3, 16). Qu’en est-il de notre temple, qu’en est-il de notre cœur ? Le Christ y est-il accueilli comme le Sauveur qui rassemble et unifie, ou préfère-t-on le tenir à distance par tiédeur ou lâcheté,  … pour que personne ne porte la main sur nous. Notre cœur est-il une Jérusalem, « grande et belle ville, solidement construite », ou n’en reste-t-il qu’un vaste champ de ruines ? Entrons en nous-mêmes et écrions-nous : « Jérusalem de mon cœur, accueille ton Sauveur. Va te jeter dans les bras de ton Dieu, … sinon de toi, il ne restera pas pierre sur pierre ».

 

Père Gilles Morin

Curé