HABEMUS PAPAM

 

Mercredi soir, j’introduisais la messe de 19h en mentionnant que la fumée qui s’élevait du Vatican était restée noire ce jour-là. Dès l’issue de cette célébration eucharistique, le Père Emmanuel s’est précipité vers moi pour m’annoncer, un grand sourire aux lèvres : « La fumée est blanche ». Je me suis donc précipité comme beaucoup parmi vous, pour apprendre le nom et voir le visage du nouvel élu, 266ème successeur de l’apôtre Pierre. Enfin, sur nos écrans, le cardinal protodiacre Jean-Louis Tauran est apparu et s’est avancé pour proclamer : « Annuntio vobis gaudium magnum ; habemus Papam » (Je vous annonce une grande joie : nous avons un pape). Et quelle joie, en effet ! Le nom de Jorge Mario Bergoglio m’était jusqu’alors inconnu. Les Cardinaux, comme l’a souligné lui-même avec humour notre pape François, sont allés « le chercher quasiment au bout du monde ». Ses premiers mots m’ont vraiment touchés : ils étaient une invitation à prier pour son prédécesseur Benoît XVI. Un silence impressionnant s’est installé ; une voix unanime s’est élevée … celle de cette foule récitant pieusement le « Notre Père » et le « Je vous salue Marie ». « Prions toujours pour nous : l’un pour l’autre, a poursuivi le Pape. Prions pour le monde entier afin qu’advienne une grande fraternité… Et notre monde a tellement besoin de fraternité.

 

En ce temps de carême, nous sommes orientés vers la Croix du Seigneur. Jésus est notre Seigneur et Sauveur ; il est aussi notre Frère.  Dans son homélie de sa messe célébrée vendredi avec les Cardinaux, notre pape François a rappelé la place centrale du Christ, Crucifié, qui nous invite à marcher à sa suite, à édifier son royaume et à confesser son nom.

 

« Nous pouvons marcher, comme nous voulons, a-t-il dit, nous pouvons édifier de nombreuses choses, mais si nous ne confessons pas Jésus Christ, cela ne va pas. Nous deviendrons une ONG humanitaire, mais non l’Église, Épouse du Seigneur. Quand on ne marche pas, on s’arrête. Quand on n’édifie pas sur les pierres qu’est ce qui arrive ? Il arrive ce qui arrive aux enfants sur la plage quand ils font des châteaux de sable, tout s’écroule, c’est sans consistance. Quand on ne confesse pas Jésus Christ, me vient la phrase de Léon Bloy : « Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable ». Quand on ne confesse pas Jésus Christ, on confesse la mondanité du diable, la mondanité du démon. »


Ces paroles sont fortes. Elles valent aussi pour nous. Le Saint-Père sait combien nous sommes exposés. « Marcher, édifier-construire, confesser, poursuit-il. Mais la chose n’est pas si facile, parce que dans le fait de marcher, de construire, de confesser, bien des fois il y a des secousses, il y a des mouvements qui ne sont pas exactement des mouvements de la marche : ce sont des mouvements qui nous tirent en arrière…/… ». Pourtant il insiste :« Quand nous marchons sans la Croix, quand nous édifions sans la Croix et quand nous confessons un Christ sans Croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur : nous sommes mondains, …/… mais pas des disciples du Seigneur ». Et de conclure : « Je voudrais que tous, après ces jours de grâce, nous ayons le courage, vraiment le courage, de marcher en présence du Seigneur, avec la Croix du Seigneur ; d’édifier l’Église sur le sang du Seigneur, qui est versé sur la Croix ; et de confesser l’unique gloire : le Christ crucifié. Et ainsi l’Église ira de l’avant. »

 

Aurons-nous ce courage ? Pour notre sanctification, certes,… mais aussi pour que l’Eglise aille de l’avant.

 

Père Gilles Morin
Curé

Extraits de la dernière audience générale du pape Benoît XVI

 

« Merci de tout cœur ! Je suis véritablement ému et je vois l’Eglise vivante ! …/… En ce moment, mon âme s’élargit et embrasse toute l’Eglise répandue dans le monde …/… Je sens que je vous porte tous dans la prière, en un présent qui est celui de Dieu, où je rassemble chaque rencontre, chaque voyage, chaque visite pastorale. Je ramasse tout et tous dans la prière pour les confier au Seigneur …/…

 

Nous sommes dans l’Année de la Foi, que j’ai voulue pour raffermir vraiment notre foi en Dieu, dans un contexte qui semble la mettre toujours plus au second plan. Je voudrais vous inviter tous à renouveler votre ferme confiance dans le Seigneur, à nous confier comme des enfants dans les bras de Dieu, sûrs que ses bras nous soutiennent toujours et sont ce qui nous permet de marcher chaque jour, même dans la difficulté. Je voudrais que chacun se sente aimé de ce Dieu qui a donné son Fils pour nous, qui nous a montré son amour sans limite. Je voudrais que chacun sente la joie d’être chrétien…/…

 

Ces derniers mois, j’ai senti que mes forces étaient diminuées, et j’ai demandé à Dieu avec insistance, dans la prière, de m’éclairer de sa lumière pour me faire prendre la décision la plus juste non pour mon bien mais pour le bien de l’Eglise. J’ai fait ce pas en pleine conscience de sa gravité et aussi de sa nouveauté, mais avec une profonde sérénité d’âme. Aimer l’Eglise signifie aussi avoir le courage de faire des choix difficiles, douloureux, en ayant toujours à cœur le bien de l’Eglise et non de soi-même…/…

 

Je ne retourne pas à la vie privée, à une vie de voyage, de rencontres, de réceptions, de conférences, etc… Je n’abandonne pas la croix, mais je reste d’une façon nouvelle près du Seigneur crucifié. Je ne porte plus le pouvoir de la charge pour le gouvernement de l’Eglise, mais dans le service de la prière, je reste, pour ainsi dire, dans l’enceinte de saint Pierre …/…

 

Je continuerai à accompagner le chemin de l’Eglise par la prière et la réflexion, avec ce dévouement au Seigneur et à son Epouse que j’ai cherché à vivre jusqu’à aujourd’hui chaque jour et que je voudrais vivre toujours. Je vous demande de vous souvenir de moi devant Dieu et surtout de prier pour les cardinaux, appelés à une tâche si importante, et pour le nouveau Successeur de l’apôtre Pierre : que le Seigneur l’accompagne de sa lumière et de la force de son Esprit.

 

(Benoît XVI : Place Saint-Pierre le mercredi 27 février 2013)