Lettre au Cardinal André Vingt-Trois

 

Je vous écris ces quelques lignes en ce vendredi 30 novembre, jour où l’Eglise fête l’apôtre saint André, votre patron de baptême. Bonne fête, Monseigneur. Ici, en notre paroisse Notre-Dame de Nazareth, nous avons particulièrement prié pour vous. Nous savons combien vous avez et êtes encore agressé odieusement, outrageusement et scandaleusement. L’irrespect et la salacité des propos qui vous sont adressés ne peuvent que nous blesser, tant ils sont intolérables et inadmissibles.

 

Je vous imagine me répliquer que tout ce qui s’est abattu sur Jésus était aussi intolérable et inadmissible. Il s’est offert ; vous vous offrez. En vous remettant la pourpre cardinalice, le pape ne vous a-t-il pas rappelé le sens de la couleur rouge : celle du martyre ? Vous ne l’oubliez pas. Merci pour votre témoignage.

 

Ce matin 30 novembre, en lisant mon bréviaire, je vous imaginais lisant le vôtre  et tombant sur ces lignes tellement de circonstances : « Le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit : « Je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents ». Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas rendu folle la sagesse du monde ? …/… Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort ; ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est … J’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié » (1 Cor 1,18).

 

Oui, ces lignes étaient vraiment de circonstances au lendemain de votre audition par la commission des lois de l’Assemblée nationale. On vous y a bafoué ; on vous a expédié. Dix minutes : tel est le temps dont vous avez disposé pour vous exprimer. C’est infime, pour ne pas dire ridicule. Ajoutons-y les 4 minutes pour répondre aux objections des 12 parlementaires présents ; c’est dire l’hypocrisie d’une telle invitation et la mascarade d’une telle rencontre. Les sages et les forts de ce monde avaient sans doute peur que vous les confondiez, d’où leur agressivité.  « Globalement, vous êtes des lobbys , vous a-t-on dit ; … vous lancez vos troupes, vos évêques, vos catholiques s’il en reste … ».

 

Mais des catholiques, bien sûr qu’il en reste. En ce dimanche, ils entrent dans le temps de l’Avent. Dans la nuit de Noël, nombreux sont ceux qui s’approcheront de la crèche ; les églises s’empliront de fidèles − si occasionnels soient-ils − venant fêter le mystère inouï d’un Dieu s’incarnant au sein d’une famille pour nous porter l’Evangile de la famille. Cet Enfant-Dieu, nous le croyons, est Notre Sauveur ; il est aussi la Vérité et la Vie…

 

Oui, des catholiques, bien sûr qu’il en reste. Nous le verrons encore le 13 janvier, dans les rues de notre capitale. Ils ne seront pas les seuls à marcher, certes ; mais ils seront nombreux ; ils seront là.

 

Oui, des catholiques, bien sûr qu’il en reste, et en ce 30 novembre, jour de votre fête, je peux vous assurer, Monseigneur, qu’ils vous regardent comme leur Pasteur et qu’ils prient pour vous.

 

Père Gilles Morin

Curé

Ma royauté, et pas la vôtre

 

C’était en 1925. En réponse aux régimes politiques athées et totalitaires qui niaient les droits de Dieu et de l’Eglise, le pape Pie XI faisait paraître l’encyclique « Quas Primas » et instituait la solennité liturgique du Christ-Roi. « Si les hommes, écrivait-il, venaient à reconnaître l’autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables se répandraient infailliblement sur la société tout entière.

Si les princes et les gouvernants légitimement choisis étaient persuadés qu’ils commandent bien moins en leur propre nom qu’au nom et à la place du divin Roi, il est évident qu’ils useraient de leur autorité avec tout la vertu et la sagesse possibles. Dans l’élaboration et l’application des lois, quelle attention ne donneraient-ils pas au bien commun et à la dignité humaine de leurs subordonnés

Oh ! qui dira le bonheur de l’humanité si tous, individus, familles, Etats, se laissaient gouverner par le Christ ! »


Avouons que si chacun de nous laissait parler son cœur dans le sens de la solennité de ce jour, nous entendrions comme une grande lamentation : « Où donc est ce bonheur ? Où est cette royauté du Christ ? Où en est notre humanité ? » Il est fort à parier que nous reprendrions presqu’à l’unissons cette supplication de Charles Péguy : « Notre Père, notre Père qui êtes au royaume des cieux, de combien il s’en faut que votre règne arrive au royaume de la terre … O mon Dieu, si on voyait seulement le commencement de votre règne. Si on voyait seulement se lever le soleil de votre règne. Mais rien, jamais rien … Si on voyait poindre seulement le jour de votre règne ».

 

Que se passe-t-il donc ? Où va notre monde ? Nous sommes tentés de réprimander Dieu, en poursuivant avec Charles Péguy : « Ce qui règne sur la face de la terre, rien, rien, ce n’est rien que la perdition … On dirait, mon Dieu, mon Dieu, pardonnez-moi, on dirait que votre règne s’en va. Jamais on n’a tant blasphémé votre nom. Jamais on n’a tant méprisé votre volonté. Jamais on n’a tant désobéi … O mon Dieu, que votre règne arrive ».

 

Le Christ, Jésus-Sauveur, nous rappelle alors ce que nous sommes si souvent portés à oublier : « « Mon royaume n’est pas de ce monde » ; non, je ne suis pas à étaler ma puissance selon vos manières humaines ; comme jadis, me voici humilié, moqué, rejeté. Mais regarde plus profondément, vois plus loin, avec les yeux de la foi. Par-delà les apparences, reconnais toujours en moi « l’alpha et l’oméga, …celui qui est, qui était et qui vient ». Tu me cries, « Que ton règne vienne ! » et tu as raison. Mais je te le redis : « Ma royauté n’est pas de ce monde ». Et puis, pour manifester mon règne aujourd’hui, je n’ai guère que tes mains, ton visage et ton cœur. Voudrais-tu étaler un quelconque triomphalisme ? Non, bien sûr. Tu veux faire régner l’Amour, et l’Amour incarné, c’est Moi. Un jour viendra, oui, − et il viendra − où tu me verras venir dans la gloire, « avec les nuées du ciel ». Alors, tous les peuples me verront, me serviront et chanteront : « À Toi gloire et puissance pour les siècles des siècles ». Tu en es sûr, n’est-ce pas ? C’est d’ailleurs ce que tu proclames chaque dimanche lorsque ces mots sortent de ta bouche : « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin » ?

 

Père Gilles Morin

Curé