Son Chemin, sa Vérité, sa Vie, c’était le Christ

Vous ne le connaissez guère ; dans la foulée de la journée mondiale des vocations et à l’occasion de notre pèlerinage paroissial, j’aimerais vous parler un peu de lui parce qu’il m’est cher. Il se nomme Henri Planchat. Ce fut le premier prêtre de notre Congrégation. C’était un bon prêtre, un saint religieux. Sa vie reposa tout entière sur la pierre vivante qu’est le Christ. Son chemin, sa vérité, sa vie, ce fut le Christ. Il fut tout entier l’humble serviteur des  petits, des ouvriers et des pauvres … jusqu’à sa mort sanglante.

 

Sa sœur a raconté cet entretien : « – Oh ! que je serais heureuse d’avoir un frère Jésuite !. Tu n’as pas envie de l’être, toi ? – que me dis-tu, reprit-il avec vivacité, Jésuite ! je ne suis pas digne d’entrer dans une telle compagnie ! … Et Lazariste, lui disais-je alors ! – Non plus, tout cela est trop haut pour moi. – Mais comment, lui disais-je, toi qui aimais tant à lire les travaux des missionnaires, les Annales, qui pleurait même parfois, en voyant qu’ils n’avaient pas les secours nécessaires pour répondre à l’appel des pauvres sauvages, tu ne te sens pas l’envie, le désir, le besoin d’aller les seconder ! – Ah ! répondait-il alors, en poussant un profond soupir ; si comme moi, tu avais parcouru la banlieue de Paris (Notre quartier faisait alors partie de la banlieue de Paris) si tu avais vu la profonde ignorance et toutes les misères morales de ce pauvre peuple, tu conviendrais que cela vaut bien la Chine, et que cette mission, pour être plus inconnue, plus ignorée de ce monde, n’en peut avoir moins de mérites devant Dieu … » Et, comme elle lui demandait encore s’il n’aspirait plus comme autrefois à la grâce et à la gloire du martyre : « Je n’en suis pas digne, répondit-il, tu n’y penses pas ! … Dieu choisit qui il veut, ce n’est pas à nous à choisir, mais bien à nous abandonner à sa conduite, nous efforçant de ne pas nous écarter de la voie qu’il nous a tracée ».

 

Henri Planchat ne s’est pas écarté de la voie que Dieu lui a tracée ; le Seigneur l’a finalement jugé digne du martyre. Il y a 140 ans, avec 48 autres détenus, ce saint prêtre tombait sous les balles des révolutionnaires, rue Haxo. C’était le 26 mais 1871 sous ce qu’on a appelé la Commune de Paris.

 

Redisons-le : Pour Henri Planchat, son Chemin, c’était le Christ qu’il suivit jusqu’au bout ; sa Vérité, c’était le Christ pour lequel il versa son sang ; sa Vie, c’était le Christ, le grand amour et le tout de son âme de religieux-prêtre.

 

Les pèlerins de notre paroisse vont marcher, sous le regard de la Vierge Marie, comme pour témoigner leur désir de mettre leurs pas dans ceux de Jésus, jusqu’au bout. Ils vont approfondir et proclamer leur foi comme pour manifester leur volonté d’enraciner leur quotidien sur la Vérité qu’est Jésus ; dans l’Eucharistie, ils vont communier parce qu’ils croient que là est le pain de la route, la source de la vie.

 

Sans nul doute, c’est la Très Sainte Vierge qui a disposé l’âme du Père Planchat à la grâce du martyre. Sa sœur l’atteste : « Rien de plus tendre et aussi de plus solide que sa dévotion envers Celle qu’il appelait sa bonne Mère. Il n’en parlait qu’avec un accent qui dévoilait ses sentiments ».

 

Alors, avançons tous avec Marie  sur le vrai chemin, dans la lumière de la Vérité, pour être comblé de la Vie … de la Vie éternelle.

 

Père Gilles Morin

Curé

Se laisser séduire pour se laisser conduire

Les plus anciens parmi nous s’en souviennent : c’était dans les années 1970, en pleine période difficile d’après-concile. Face à la crise aigüe des vocations, l’archevêque de Paris lançait son célèbre « J’embauche ». Autant vous l’avouez, je n’aime guère cette expression dès lors qu’il s’agit du mystère d’une vocation. L’Eglise n’est pas une entreprise ; les ouvriers de l’Evangile ne se réduisent pas à une main d’œuvre nécessaire à la viabilité, à l’efficacité et à la rentabilité d’une grande usine.

 

Si l’Eglise est un unique corps composé de divers membres, elle est aussi l’Epouse du Christ, Lui qui l’a aimée et s’est livré pour elle. Tout est donc une question d’amour. Les vocations sacerdotales et religieuses ne sont pas d’abord du domaine du « il y a besoin » mais de celui du « il faut aimer et se laisser aimer ». Je le redis avec insistance : Les vocations ne découlent pas d’une simple mobilisation visant à une conscientisation ; elles jaillissent d’une séduction : « Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire », avouait le prophète Jérémie (Jr 20, 7). Il s’agit donc de répondre à l’Amour par l’amour. On aura beau multiplier les appels pressants et inonder les églises de dépliants, tout cela restera bien insuffisant. On n’engage pas sa vie sur un prospectus ; on ne s’élance avec audace sur la mer agitée de ce monde que comme consumé par l’Amour fou du Christ qui nous a saisis.

 

Aujourd’hui, les voleurs et les bandits ne manquent pas ; ils parlent ; ils s’excitent ; ils  hurlent ; ils se déchaînent pour ravir à la jeunesse sa fraîcheur, sa beauté, sa pureté et sa générosité. Au milieu de ce brouhaha, comment écouter la voix du Bon Berger qui, Lui, « ne crie pas, ne hausse pas le ton » mais murmure doucement au fond du cœur : « Je t’aime d’un amour éternel ; et toi, m’aimes-tu ? Je t’ai donné ma vie pour que tu ais la Vie. Veux-tu vivre ? Veux-tu donner ta vie pour que tous aient la Vie ? ». Pour entendre cette douce confidence, il faut de l’intimité, de l’intériorité … du silence … au moins un peu de silence …Il faut creuser en notre cœur pour être fasciné et embrasé par le créateur et Seigneur de notre cœur.

 

C’est dans le cadre de la Journée mondiale des vocations que les enfants de notre paroisse font leur première communion. Y a-t-il moment plus intime et plus intense que celui de la première union amoureuse, cœur et corps, avec Jésus-Hostie ? Puissent tous ces jeunes garder un souvenir inoubliable de ce grand jour ! Puissent-ils rester séduits par Celui qui vient embraser leur cœur ! Puissent-ils grandir en vivant de l’Eucharistie. Il n’y a pas de « lieu » plus intime pour s’entendre dire « Je t’aime » ; il n’y a pas de meilleure école pour apprendre à aimer jusqu’à donner sa vie.

 

 

Père Gilles Morin

Curé