C’est si beau, tant de blanc

 

C’est encore Jean, le Baptiste, qui se présente à nous en ce troisième dimanche de l’Avent. Il est ce « prophète du Très-Haut qui marche devant, à la face du Seigneur, pour préparer ses chemins ». Son nom signifie : « Dieu fait grâce ». C’est donc sous son regard et stimulé par son exemple que nos servants d’autel vont recevoir, des mains de Mgr. Eric de Moulins-Beaufort, la croix, signe de leur attachement au Christ et de leur désir de l’aimer, de le servir et de le suivre jusqu’au bout.

 

Je vous l’avoue : le groupe de nos clercs fait ma fierté. Je pense qu’il fait aussi la vôtre. Il nous faut en rendre grâce à Dieu. Il nous faut tressaillir de joie, avec eux et comme eux.

 

Chaque dimanche, et même en semaine, nos servants entrent à la sacristie. Ils revêtent leur aube, « manteau de l’innocence », « vêtement du salut », rappel et signe de la grâce de leur baptême. Voilà qui implique de laisser résonner en eux cette exhortation de l’apôtre Paul : « Ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de tout ce qui porte la trace du mal ». Ce vêtement doit être l’expression de ce qu’ils portent dans leur cœur, à savoir de « garder parfaits et sans reproches leur esprit, leur âme et leur corps, pour la venue de notre Seigneur Jésus-Christ ». Ils le savent donc, tant je leur ai répété : pas question de mettre leur aube s’ils ne sont pas en état de communier, s’ils ont conscience d’avoir commis un péché grave. Une bonne confession s’impose alors au préalable.

 

Les voilà donc, nos servants, en procession pour l’entrée dans l’église. Ils marchent devant, à la face du Seigneur ; ils ouvrent le chemin. Si vous alliez vers chacun d’eux en l’interrogeant : « Qui es-tu ? Est-ce toi que nous attendons, toi qui va célébrer, toi qui va nous sanctifier ? » Tous vous répondraient : « Ce n’est pas moi ; c’est lui qui vient derrière moi et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale » Et se retournant, ils vous montreraient le prêtre en ajoutant : « C’est lui, l’alter Christus. Je ne suis que son petit serviteur ».

 

Je vous le redis : Nos clercs ont un beau cœur, ils ont de la ferveur, ils se veulent serviteurs. À l’approche de Noël, nous pensons déjà à ce signe donné par l’ange aux bergers : « Vous trouverez un enfant emmailloté, couché dans une crèche ». Chaque dimanche, nous venons à l’église pour la messe. Nos servants d’autel sont un peu comme ces langes blancs qui entourent le petit enfant, cet Enfant-Dieu qui descend sur l’autel pour être notre nourriture pour la vie éternelle. C’est tellement beau, tant de blanc ! Notre monde et parfois nos vies sont si assombries. C’est si beau de voir tant de servants … une si belle jeunesse …Alors, tressaillons de joie et rendons grâce à Dieu.

 

Père Gilles Morin

Curé

Attendre tellement

Elle l’attendait ; elle l’attendait tellement. Qui donc ? Le Messie, bien sûr. Avec tout le peuple d’Israël, elle connaissait les prophéties, elle suppliait son Dieu : « Ah, Seigneur, si tu déchirais les cieux, si tu descendais … ». Elle était comme l’écrin resplendissant, préparé de toute éternité, pour accueillir et donner au monde le Sauveur. Elle avait pour joli nom : Marie ! Elle était de Nazareth, en Galilée.

 

Elle l’attendait ; oui Marie attendait cette femme dont la descendance devait écraser la tête du serpent, cette vierge dont le prophète Isaïe affirmait qu’elle enfanterait un fils auquel elle donnerait le nom d’Emmanuel, Dieu avec nous. Mais Marie, cette femme, cette vierge, c’était toi. La route de ton cœur était aplanie, pas de ravin ni de colline, rien de tortueux ni d’escarpé … tout était prêt, tellement prêt … et ton « Fiat » a retenti … et en ton sein, le Sauveur est descendu sur notre terre.

 

Elle l’attendait ; oui, Marie l’attendait tellement. Quoi donc ? La naissance de son enfant, bien sûr. Elle voulait le contempler, l’admirer. Depuis le jour de l’annonciation, neuf mois durant, Marie redisait son « Fiat !». Tout son être était dans une attente impatiente : « Viens, Toi, Lumière et Salut du monde … Toi, mon créateur et mon Sauveur. Viens mon petit enfant !…» 

 

Ils l’attendaient eux-aussi ; oui, tant de contemporains de Marie attendaient un libérateur, un sauveur. Ils connaissaient les prophéties, mais leurs cœurs étaient ravinés et cabossés,  tortueux et sinueux. Au jour le jour, pas d’impatience de la venue du jour de Dieu, pas de « Fiat !». À Bethléem, les Cieux vont s’ouvrir, le Verbe va se faire chair, mais leurs yeux ne verront pas, leurs oreilles n’entendront pas, leurs cœurs ne s’ouvriront pas.

 

Ils sont nombreux à ne pas l’attendre, de nos jours encore, soit par ignorance soit par négligence. Tant de nos contemporains ne savent plus ce qu’est Noël ! Comment, dès lors, s’y préparer ? Rappelons-nous ce commerçant sollicité pour installer une crèche en vitrine et qui avouait : « Je ne sais même pas ce qu’il faut mettre dedans ». Tant de nos contemporains ont le cœur trop encombré, trop bosselé, trop ravagé. Dans une société de l’instantané, du caprice, du tout tout-de-suite, il y a carence d’espérance. Attendre qui ? Attendre quoi ? Pris dans le tourbillon incessant et stressant du quotidien, il devient tellement insupportable de devoir attendre, fut-ce « un ciel nouveau et une terre nouvelle ».

 

Nous l’attendons, nous, le Sauveur du monde. Nous affirmons qu’il est déjà venu et qu’il reviendra ; nous savons que dans la nuit de Noël, il cherchera doucement à trôner en nos cœurs. Il faudrait donc qu’en nous, tout soit prêt, tellement prêt ; que nos « fiat » au jour le jour aplanissent nos routes, comble nos ravins, abaisse nos montagnes … et que de tout notre être, nous puissions lancer ce cri avec Marie et en Eglise : « Viens, Seigneur, et Sauve-nous !»

 

Jeudi, nous fêterons la Vierge Immaculée. Ce sera la fête patronale de notre paroisse. Comment mieux nous préparer à Noël qu’en suivant Marie, en l’imitant, en la priant ?

Marie ! nous te le demandons : « Console ton peuple, tes fils et tes filles. Console-nous. Redis à notre humanité : « Voici votre Dieu, voici le Seigneur Dieu … il vous porte sur son cœur « ».

  

Père Gilles Morin

Curé