Une simple bourde ? J’ai bien du mal à le croire

«Une seule famille humaine». Tel est le thème retenu par notre Saint-Père Benoît XVI pour cette journée mondiale du migrant et du réfugié. Ils sont si nombreux ceux qui, parce que brimés et persécutés, doivent fuir, se cacher et s’exiler. Ils sont trop nombreux les chrétiens qui, par fidélité à leur foi, sont malmenés, agressés, massacrés ou acculés à migrer. Ils forment même « le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions » a rappelé le Pape dans son message du 1er janvier à l’occasion de la journée mondiale de la paix. Dans ce même message, le Saint-Père affirme également « qu’il existe des formes plus élaborées d’hostilité envers la religion, qui, dans les pays occidentaux, se manifestent parfois par le reniement de l’histoire des symboles religieux dans lesquels se reflètent l’identité et la culture de la majorité des citoyens ». Et il ajoute : « J’exprime aussi le souhait qu’en Occident, spécialement en Europe, cessent l’hostilité et les préjugés à l’encontre des chrétiens qui veulent donner à leur vie une orientation cohérente avec les valeurs et les principes exprimés dans l’Evangile. Que l’Europe apprenne plutôt à se réconcilier avec ses propres racines chrétiennes : elles sont essentielles pour comprendre le rôle qu’elle a eu, qu’elle a et veut avoir dans l’histoire ».

 

Les chrétiens seraient-il devenus hors-la-loi, citoyens de seconde zone, population inconsidérée et devant être rectifiée, même en Europe, au nom de je ne sais quel principe de laïcité ? Le fait que j’évoquais lors de l’homélie de dimanche dernier est significatif. Une Commission européenne a produit récemment plus de trois millions d’exemplaires d’un agenda aux couleurs de l’Union européenne pour les écoles secondaires. « Cet agenda comprend la mention des fêtes juives, hindoues, sikhs et musulmanes, mais aucune fête chrétienne n’y est signalée. Même la page du 25 décembre est vide … ». Schuman, Adenauer et de Gaspesi, considérés comme les « fondateurs » de cette Union européenne, doivent « se retourner dans leur tombe ». Avant d’entamer les délicates négociations qui aboutirent en 1951 à l’adoption du traité de Paris, ils s’étaient retirés pour méditer et prier ensemble dans un monastère bénédictin du Rhin. Robert Schuman alla jusqu’à dire : « Tous les pays européens ont été pétris par la civilisation chrétienne : c’est cela l’âme de l’Europe qu’il faut faire revivre ». Il semble plutôt qu’on soit en train de vouloir la faire mourir.

 

On ne peut que se réjouir des réactions qui sont venus de la France face à une telle aberration, une telle discrimination, une telle provocation. Christine Boutin, la première, s’est insurgée : « L’Europe n’est pas née sous « X » ! dit-elle. Cette affaire montre le risque actuel de faillite d’une Europe qui se ment à elle-même.». Dans sa foulée, Laurent Wauquiez, notre ministre chargé des Affaires européennes, a haussé le ton et protesté lui aussi avec véhémence. «  L’Europe, ce n’est pas une coquille creuse, c’est une communauté de valeurs, de grands personnages de l’Histoire, de grandes dates. Assumons cette identité. [Dans cet agenda], il y a beaucoup de fêtes religieuses qui sont mentionnées, ce n’était pas obligatoire. Des fêtes indoues, des fêtes chinoises, musulmanes et aucune fête chrétienne comme Noël ou Pâques. A quoi ça rime ? […] On a honte de notre identité chrétienne ? On a honte que l’Europe des clochers a été constitutive de notre identité européenne ? »

Devant ces réactions françaises énergiques, appuyées par celles venant d’Italie et de Pologne, le commissaire européen chargé des consommateurs, John Dalli, reconnaît là « une bourde ». … Une bourde ? Un simple oubli ? … Pardonnez-moi si je fais un jugement téméraire et un procès d’intention, mais j’avoue que j’ai peine à le croire. Cela m’apparaît tellement comme une négation, une exclusion et une discrimination délibérées. L’Europe vise-t-elle à exclure de sa « famille humaine » les chrétiens qui l’ont fondée et façonnée ? Ceux-ci devraient-ils accepter de perdre leurs racines ou de faire fi de leur foi sous peine de s’exposer à être brimés, persécutés, voire même acculés un jour à devoir s’exiler ?

 

A l’heure matinale où j’achève cet éditorial, j’apprends que notre Saint-Père Benoît XVI vient d’annoncer la béatification de son prédécesseur Jean-Paul II prévue le 1er mai 2011. Quelle bonne nouvelle ! Ce grand pape, en 2003, avait exhorté ainsi notre continent : « Europe qui es au début du troisième millénaire : « Retrouve-toi toi-même. Sois toi-même. Découvre tes origines. Avive tes racines » ». Faisons nôtre cette prière qui était la sienne : « Marie, donne-nous Jésus ! Fais que nous le suivions et que nous l’aimions ! C’est lui l’espérance de l’Eglise, de l’Europe et de l’humanité ».

 

Père Gilles Morin

curé

Vivre de Sa Vie

Durant une dizaine d’années, alors que nous vivions en banlieue parisienne, maman fut une nounou … une bonne nounou. Elle n’avait aucun diplôme spécifique et ne pouvait donc revendiquer le titre de « nourrice agréée ». Mais les enfants … elle connaissait ! N’en avait-elle pas eu sept ? Ne les avait-elle pas bien élevés ? Les parents qui, chaque matin avant de partir au travail, venaient lui confier leur petit, le savaient bien et lui faisaient pleinement confiance.

 

Maman était une bonne nounou. Elle aimait ces enfants, garçons et filles âgés de deux à cinq ans, si mignons à certaines heures, si diablotins à d’autres. Elle s’émerveillait souvent  mais aussi s’emportait parfois. Elle laissait déborder sa tendresse mais n’hésitait pas à hausser la voix, faire les gros yeux et parfois même fesser. Lorsqu’elle voyait ces tout-petits se mordre entre eux et se griffer, se frapper et se tirer les cheveux, elle ne pouvait s’empêcher de s’exclamer : « Quand je pense qu’il y en a qui ne croient pas au péché originel ! En voilà pourtant la preuve sous mes yeux ». C’est précieux une maman qui a du bon sens et de l’expérience.

 

À Noël, nous avons accueilli l’Emmanuel « Dieu avec nous ». Pourquoi donc le Verbe s’est-il fait chair ? Pour être Jésus, c’est-à-dire Dieu Sauveur. Mais de quoi l’humanité a-t-elle besoin d’être sauvée ? : Du péché qui nous coupe de Dieu, nous plonge dans les ténèbres et nous conduit à la mort éternelle. Or – nous dit le catéchisme de l’Eglise Catholique (N° 1250) –   « naissant avec une nature humaine déchue et entachée par le péché originel, les enfants eux aussi ont besoin de la nouvelle naissance dans le Baptême … ». Certes, ces chers petits  sont incapables de commettre un péché lucidement et volontairement tant qu’ils n’ont pas l’âge de raison ; il n’empêche qu’ils héritent d’une nature humaine, magnifique sous certains angles mais si perturbée et  blessée sous d’autres. Eux aussi ont donc besoin d’être sauvés … sauvés de « ce péché originel qui est appelé « péché » de façon analogique : c’est en effet un péché « contracté » et non pas « commis », un état et non pas un acte (N° 404)  » ».

 

En ce dimanche du baptême du Seigneur, Celui que nous avons accueilli comme Sauveur durant la nuit de Noël nous indique la voie ordinaire du Salut. Il nous montre l’exemple, nous ouvre le chemin. « Il faut renaître d’en-haut » ; il faut être baptisé ; il faut être immergé dans l’amour trinitaire. Créés par Dieu, nous sommes faits pour Dieu, pour vivre de la plénitude de sa vie. Savoir que déjà elle nous irrigue, n’est- ce pas une pure merveille ?

 

 

 

 

Père Gilles Morin

curé

Durant une dizaine d’années, alors que nous vivions en banlieue parisienne, maman fut une nounou … une bonne nounou. Elle n’avait aucun diplôme spécifique et ne pouvait donc revendiquer le titre de « nourrice agréée ». Mais les enfants … elle connaissait ! N’en avait-elle pas eu sept ? Ne les avait-elle pas bien élevés ? Les parents qui, chaque matin avant de partir au travail, venaient lui confier leur petit, le savaient bien et lui faisaient pleinement confiance.

 

Maman était une bonne nounou. Elle aimait ces enfants, garçons et filles âgés de deux à cinq ans, si mignons à certaines heures, si diablotins à d’autres. Elle s’émerveillait souvent  mais aussi s’emportait parfois. Elle laissait déborder sa tendresse mais n’hésitait pas à hausser la voix, faire les gros yeux et parfois même fesser. Lorsqu’elle voyait ces tout-petits se mordre entre eux et se griffer, se frapper et se tirer les cheveux, elle ne pouvait s’empêcher de s’exclamer : « Quand je pense qu’il y en a qui ne croient pas au péché originel ! En voilà pourtant la preuve sous mes yeux ». C’est précieux une maman qui a du bon sens et de l’expérience.

 

À Noël, nous avons accueilli l’Emmanuel « Dieu avec nous ». Pourquoi donc le Verbe s’est-il fait chair ? Pour être Jésus, c’est-à-dire Dieu Sauveur. Mais de quoi l’humanité a-t-elle besoin d’être sauvée ? : Du péché qui nous coupe de Dieu, nous plonge dans les ténèbres et nous conduit à la mort éternelle. Or – nous dit le catéchisme de l’Eglise Catholique (N° 1250) –   « naissant avec une nature humaine déchue et entachée par le péché originel, les enfants eux aussi ont besoin de la nouvelle naissance dans le Baptême … ». Certes, ces chers petits  sont incapables de commettre un péché lucidement et volontairement tant qu’ils n’ont pas l’âge de raison ; il n’empêche qu’ils héritent d’une nature humaine, magnifique sous certains angles mais si perturbée et  blessée sous d’autres. Eux aussi ont donc besoin d’être sauvés … sauvés de « ce péché originel qui est appelé « péché » de façon analogique : c’est en effet un péché « contracté » et non pas « commis », un état et non pas un acte (N° 404)  » ».

 

En ce dimanche du baptême du Seigneur, Celui que nous avons accueilli comme Sauveur durant la nuit de Noël nous indique la voie ordinaire du Salut. Il nous montre l’exemple, nous ouvre le chemin. « Il faut renaître d’en-haut » ; il faut être baptisé ; il faut être immergé dans l’amour trinitaire. Créés par Dieu, nous sommes faits pour Dieu, pour vivre de la plénitude de sa vie. Savoir que déjà elle nous irrigue, n’est- ce pas une pure merveille ?

 

Père Gilles Morin

curé