Avancez sous nos applaudissements

Dans la nuit de Noël, alors que la procession solennelle s’avançait dans la nef de la basilique Saint Pierre de Rome, une jeune femme, sautant les barrières de sécurité avec une étonnante souplesse, s’est précipitée vers le Pape qui, bousculé, est tombé. Panique, inquiétude, cris de la foule … puis interruption de l’orgue, silence de la schola … attente angoissée … mais le Pape s’est relevé. C’est sous les applaudissements des fidèles qu’il a remonté la nef pour aller jusqu’à l’autel afin de célébrer la naissance du Sauveur. Ces derniers jours, les medias se complaisaient à ironiser sur sa santé. Sous le coup de cet événement et avec sa simplicité habituelle, Benoît XVI a manifesté sa vigueur  dans l’accomplissement de sa mission. Des bousculades, il en a connu d’autres, verbales et médiatiques, ironiques voire sarcastiques. Mais le Saint Père, « doux Christ sur notre terre », est là, toujours bien là, pour proclamer à temps et à contretemps le message de salut, la bonne nouvelle de Dieu qui nous aime jusqu’à la folie de se faire fragile et tout-petit.

« Du Christ et de l’Eglise, c’est tout un » disait Jeanne d’Arc. Au fil des siècles, dans une histoire parfois mouvementée, confrontée à bien des péripéties et déboires, l’Eglise a été elle aussi bousculée. On prédisait son extinction, on la voyait vaciller ; il semblait qu’elle ne puisse se relever. Mais l’Eglise notre mère, elle qui nous a enfantés à la vie divine, elle qui ne cesse de célébrer Noël, de nous montrer et de nous donner le Christ en chaque eucharistie … cette Eglise est toujours là, bien présente, bien vivante, dans l’accomplissement de sa mission. Ne mérite-t-elle pas nos applaudissements ?

L’Eglise est une grande famille ; nos familles chrétiennes sont une Eglise, à l’image de la Sainte Famille. Marie et Joseph ont eux aussi connu bien des épreuves, des secousses, des bousculades, des croix. Nous les voyons acculés à entreprendre ce long périple de Nazareth à Bethléem ; l’accouchement de Celui qu’ils savent être le Messie se fait dans une humble crèche ; le trône du Sauveur se réduit à une mangeoire. Puis il va falloir fuir en Egypte. Pauvre famille, bousculée par les circonstances mais qui poursuit sa marche pour accomplir sa mission. Qu’elle est belle cette Trinité d’Amour, et combien il nous faut l’applaudir !

La famille est aujourd’hui bien malmenée, critiquée, défigurée, désacralisée. On se complait à aligner les statistiques qui montrent son effondrement. On se dit que cette institution est d’un autre temps. En cette période de Noël, aimons à regarder ces nombreuses familles qui, souvent bousculées par notre société, peut-être même jusqu’à en trébucher, se relèvent et avancent courageusement. Elles sont là, toujours là, à l’image de l’Eglise. Vraiment, elles méritent nos applaudissements.

Père Gilles Morin
Curé

Marie vient, jusqu’à toi, jusqu’à moi

Qu’il est beau ce mystère de la Visitation ! Qu’il est touchant ce face à face entre Elisabeth et Marie, celle qu’on appelle « la femme stérile » et la jeune fille qui est Vierge, celle qui porte le précurseur et celle qui s’apprête à nous donner le Sauveur !  L’une et l’autre sont dans la joie. La vie est déjà là, elles le savent. Elles exultent. On peut même dire que « tout exulte et chante », jusqu’à Jean qui tressaille au dedans de sa maman.

Rappelons-nous le message de l’Ange Gabriel à Marie : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils ». Il y a exultation dès la conception. Il y a grand bouleversement et attente impatiente de l’Avènement.

Avec Elisabeth, nous pouvons nous écrier nous aussi : « Comment ai-je la joie que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Elle vient vraiment, au point de nous poursuivre, où que nous soyons et qui que nous soyons. Elle veut nous faire vibrer à son émerveillement et à son exultation. Elle sait qu’il y va de notre salut. Marie ne vient pas sans Jésus ; le Sauveur vient à nous en sa maman. On ne peut séparer la mère de son Fils.

J’ai eu l’autre soir une belle confidence du curé d’Ars (l’actuel, bien sûr) à la sortie de la conférence qu’il nous a donnée. Il me disait qu’au moment de la procession de communion, il aimait non seulement à faire une croix sur le front des enfants, mais aussi à poser sa main sur le ventre des mamans enceintes pour bénir déjà leur tout-petit. Je ne sais s’il lui arrive de percevoir des bondissements de joie.
Ce moment de la communion est en effet fabuleux pour ce tout-petit encore dans le sein de sa mère. Voici que le Sauveur vient ne faire qu’un seul corps avec celui de sa maman. Il est là, si proche de lui. S’il le pouvait, ce tout-petit s’écrirait : « Comment ai-je la joie que mon Sauveur vienne jusqu’à moi ? »

Marie vient jusqu’à nous. Elle porte en elle le Sauveur. Dans la nuit de Noël, elle l’enfantera, elle nous le montrera, elle nous le donnera. Nous sommes dans l’attente impatiente de cet Avènement qui sera pour nous comme une explosion de joie.

Père Gilles Morin
Curé