Prendre un enfant par la main

« Si je pouvais recommencer ma vie, disait Bossuet à sa dernière heure, je voudrais n’être qu’un tout petit enfant donnant sans cesse la main à l’Enfant Jésus ». Ce prélat avait côtoyé les grands de ce monde et connu les honneurs. Il avait prêché brillamment et abondamment sur les mystères de la foi. Au soir de sa vie, il livrait pourtant avec humilité la grande leçon de l’évangile

 

J’aime beaucoup cette chanson d’Yves Duteil que la plupart d’entre vous connaissent bien : « Prendre un enfant par la main ». Il est si beau, en effet, de prendre un enfant “par la main“, de le prendre “dans ses bras“, “contre son cœur“, “comme il vient“, “par l’amour“.

 

Si Jésus était là, en notre monde aujourd’hui, je voudrais être cet enfant qu’il prend, qu’il embrasse, et qu’il place au milieu de ses disciples en disant : « Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille … ». Notre vie ne serait-elle pas plus simple et plus belle si, bien simplement et humblement, nous nous laissions prendre par la main de Jésus, dans ses bras, blotti contre son cœur, par l’amour. N’est-ce pas l’attitude fondamentale qui nous ouvre le chemin du ciel ? Pourquoi résister ? Pourquoi cette propension à vouloir être grand, fort et suffisant ? Notre histoire personnelle nous montre tellement à quel point nous buttons et sombrons chaque fois que nous dédaignons cette main que le Sauveur nous tend.

 

Notre monde a ses lumières ; il a aussi ses obscurités. Sous bien des angles et dans de multiples domaines, il est en crise. Le pape Benoît XVI l’a rappelé dans sa merveilleuse encyclique « Caritas in veritate » (La Charité dans la vérité). Sa parution fin juin nous a peut-être échappée, les vacances nous l’ont peut-être fait oublier. C’est un texte de sagesse à lire et à approfondir.

 

Notre monde cherche trop souvent à tout maîtriser et à tout contrôler, à coup de technologie et de technocratie. Il s’enlise de plus en plus dans une spirale de rentabilité qui laisse les petits et les faibles au bord du chemin. Ce que saint Jacques dénonçait dans la première lecture de ce dimanche reste d’actualité. Les jalousies, les rivalités, les conflits, les convoitises s’étalent sous nos yeux.

 

Par-delà les efforts nécessaires et légitimes déployés en vue du progrès de l’humanité, notre monde ne doit pas oublier qu’il a besoin d’un Sauveur. Le Christ est « le chemin, la vérité et la vie ». Pour s’accomplir pleinement, l’homme doit, non pas se gagner mais se perdre, non pas être fort mais être faible, non pas revendiquer son autonomie mais s’attacher à son Seigneur, non pas être “adulte“ mais au contraire, tel un enfant, se laisser prendre docilement par la main de son Maître, Lui qui est tout amour.

 

Prenons nos enfants par la main, dans nos bras, contre notre cœur, par l’amour, et tout ira tellement mieux. Soyons nous-mêmes cet enfant que Jésus place au milieu de notre monde pour lui montrer le chemin du Salut.

 

Père Gilles Morin

Curé