Quel jour ? Quelle heure ?

 

Peut-être l’un ou l’autre d’entre vous connaissent-ils “le Plateau” à Abidjan. Il s’agit d’une grande place dans un quartier central surélevé de la capitale économique de la Côte d’Ivoire. J’y passais assez régulièrement lorsque j’étais en mission en Afrique. Cette place était réputée comme étant le lieu des harangues de prédicateurs en tous genres. Une voix forte s’élevait : “Attention ; craignez ; la fin du monde approche …” Les passants s’arrêtaient et restaient suspendus aux lèvres de ces beaux parleurs qui, le plus souvent, ne manquaient pas de talents. La puissance de leur voix et le contenu de leur message cataclysmique avait effectivement de quoi inquiéter et faire trembler. Pensez donc : la fin du monde, c’était pour demain ou après-demain. Pour ma part, j’écoutais quelques instants en curieux. Je n’avais aucunement l’air d’un angoissé … tout au contraire, je souriais. Tant de voix, au fil des siècles, avaient déjà prédis la fin du monde, et celui-ci pourtant continuait de tourner.

 

Nous approchons du 21 décembre 2012. J’imagine que la place du “Plateau” doit être particulièrement animée. Selon une certaine lecture d’un calendrier maya, ce serait elle la vraie date, celle de tous les cataclysmes devant anéantir notre planète Terre. On a même été jusqu’à en faire un film. Ce type de discours apocalyptique peut bousculer et faire trembler ; il trouve toujours son lot d’adeptes et plus encore de curieux angoissés. Attention : Jésus affirme clairement dans l’Evangile de ce dimanche : “Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père”.

 

Certes, Saint Marc nous parle de ces temps où, “après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées”. Mais il s’agit là d’un style littéraire bien connu à l’époque qui renvoyait à des questions lancinantes et de tous temps : L’humanité va-t-elle irrémédiablement à sa perte ? ou alors le Bien triomphera-t-il ? que sera la fin du monde ? Par-delà des images de bouleversements cosmiques, dans l’Evangile de ce jour “un coin du voile est levé,  une véritable révélation nous est donnée” (c’est le sens du mot “apocalypse”). La victoire de Dieu est annoncée. Jésus ne vise pas le catastrophisme ; il annonce son retour dans la gloire.

 

Finalement, qu’importent le jour et l’heure si nous sommes “toujours prêts … prêts comme la petite Thérèse qui disait à son Jésus : “Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère ; ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit. Tu le sais ô mon Dieu, pour t’aimer sur la terre, je n’ai rien qu’aujourd’hui”.

 

Père Gilles Morin

Curé