Lève-toi

 

Parmi les drames qui frappent les parents, le décès d’un enfant est l’un des plus terribles. Spontanément, nous pensons à la mort physique. Voir un corps tant aimé, la chair de notre chair, demeurer là, inanimé, il y a de quoi s’effondrer ou se révolter.

 

Pensons à cette pauvre veuve de Sarepta dont nous parle la première lecture de ce dimanche. N’avait-elle pas accueilli le prophète Elie, alors qu’il ne lui restait qu’une poignée de farine dans une jarre et un peu d’huile dans une cruche ? Certes, jarre de farine ne s’était point épuisée et cruche d’huile ne s’était point vidée, mais à quoi bon se nourrir ainsi miraculeusement si c’est pour voir mourir son fils prématurément. Comment ne pas s’en prendre au prophète : « Tu es venu chez moi pour faire mourir mon fils ! », lui lance-t-elle. Et Elie de lui faire cette demande stupéfiante : « Donne-moi ton fils ! ». Elle aurait pu légitimement se récrier et refuser. Parce qu’elle a accepté, elle a pu s’entendre dire : « Regarde, ton fils est vivant ».

 

Pensons à cette autre femme, La femme et La mère par excellence : la Vierge Marie. Au pied de la croix, elle donne … avec son fils elle s’offre. Son fils a multiplié les pains, guéri des malades, ressuscité des morts. A quoi bon tout cela si c’est pour mourir lui aussi prématurément et si ignominieusement. Mais au matin de Pâques, Jésus se lève ; il sort du tombeau, lui le Vivant à jamais. “La mort est vaincue par la vie”. Ne sommes-nous pas fils et filles de Marie ? Imaginons ce qui résonne dans son cœur lorsqu’elle nous voit mort … non point d’abord d’une mort physique mais rongé par la mort spirituelle, celle de l’âme, celle qui peut conduire à la mort éternelle. Marie veut toujours nous donner à Jésus pour pouvoir s’entendre dire : « Regarde, ton fils est vivant ; ta fille est vivante ». Cette parole retentit en son cœur et suscite sa joie chaque fois que nous recevons le sacrement de Réconciliation qui est une résurrection. S’il est une parole que le Christ veut nous adresser, c’est bien celle-là : « Donne-moi, donne-moi ta misère et ton péché ; puis lève-toi et vis de ma vie, sois dans ma joie ».

 

L’une de nos paroissiennes m’a confié ce fait qui remonte à quelques mois. Elle participait à une messe de mariage. En cette année de la Miséricorde, tout naturellement le prêtre fit porter son homélie sur le thème du pardon dans le couple et de la splendeur de la Miséricorde Divine. Au terme de la célébration eucharistique, il osa. Oui, avec une audace peu commune, il osa. « Nous allons nous retrouver pour le vin d’honneur, dit-il en substance. Je serai à la disposition de tous ceux qui veulent se confesser. Vous me verrez ; n’hésitez pas à venir vers moi ». Effectivement, se tenant à l’écart dans la prairie, il passa sa soirée à accueillir les pénitents. Ce fut un défilé ininterrompu, pas d’abord celui des pieuses dames mais celui des « gros poissons », comme on dit … ceux qui n’avaient pas eu recours à ce sacrement depuis des années. Ce mariage, fête de l’amour, devint ainsi et aussi fête de la résurrection pour tous. Combien la Vierge Marie devait exulter ! Jésus lui répétait : « Regarde, tes fils et filles qui étaient morts sont vivants ».

 

Et nous, par-delà notre état de santé, vivons-nous vraiment ?

 

Père Gilles Morin,

Curé