Je crie vers Toi, Seigneur

Lequel d’entre nous n’a, à un moment ou à un autre, sous une forme ou sous une autre, crié vers Dieu à l’exemple du prophète Habacuc : « Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? Crier vers toi : “Violence !“, sans que tu sauves. » Il y a dans la vie de tout homme des situations ou des étapes où tout semble s’agiter au point de nous déstabiliser, où notre être le plus profond est bousculé au point de se révolter, où les perspectives s’obscurcissent au point de nous faire douter, où les silences apparents de Dieu nous conduisent à nous impatienter au point de nous décourager. Nous avons si peu de foi. Avec les apôtres, il nous faut donc supplier : « Seigneur, augmente en nous la foi ! ».

 

En ce samedi, le Frère Rémi Gagnard se consacre à Dieu et au service de l’Eglise, pour toute sa vie, dans notre Congrégation des Religieux de Saint Vincent-de-Paul. Avant de prononcer ses vœux de chasteté, pauvreté et obéissance, il est couché à terre. C’est le beau rite de la prostration durant lequel est chantée la litanie des saints. Par cette attitude du corps, le Frère Rémi exprime ce qui habite son cœur, à savoir un abandon complet, une confiance totale, une foi inébranlable, un amour du Christ qui conduit à mourir à soi-même pour ne vivre que par Lui, avec Lui, de Lui et en Lui. Dorénavant, sa vie est donnée, sans restriction ni condition.

 

Tout récemment, le Frère Rémi confiait aux grands jeunes du patronage certains de ses souvenirs, ici, chez nous, où il a grandi et accueilli sa vocation. «Plusieurs fois, je suis venu prier seul, à l’oratoire. Je me suis couché à terre pour crier vers le Seigneur. Qu’attendait-il vraiment de moi ? Devais-je être religieux ? Je n’en avais guère envie … mais je criais vers Dieu pour lui dire : “Que ta volonté soit faite” » Déjà à cette époque, il était donc dans l’attitude de la prostration, expression de l’abandon, démarche d’une foi authentique qui ne veut pas reculer devant l’appel du Seigneur.

 

Je me souviens de la cérémonie de mes vœux perpétuels. Il y a 33 ans, tout comme lui, j’étais prostré sur le sol de la chapelle Notre-Dame de Grâce qui jouxte le patronage où j’ai grandi. J’entendais le chant des litanies. Le désir de mourir à moi-même pour vivre avec le Christ brûlait mon cœur. Que c’était beau ! Je me sentais tellement libre et immensément aimé. À la fin de la messe, ma maman m’aborda, les yeux embués de larmes. « Quand tu étais là, couché, je te voyais mort ; c’était tellement impressionnant. J’ai pleuré. » Pourtant, j’étais tellement vivant.

 

Laissons résonner en nous ce rappel de l’apôtre Paul à son disciple Timothée : « Ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi … » Baptisés et confirmés dans la foi, “ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné. Certes, la vie nous apporte son lot de turbulences ; les temps peuvent nous paraître bien mauvais. Pourtant, nous savons que Dieu est là ; nous croyons … Nous crions, justement, parce que nous croyons ; Nous crions aussi parce que nous manquons de foi. La plus belle attitude n’est-elle pas finalement la prostration de tout notre être dans une confiance inébranlable en l’amour miséricordieux du Dieu Sauveur ?

 

Père Gilles Morin,

Curé