Une bonne douche

Nos conversations de table en communauté religieuse sont souvent parsemées de taquineries et d’éclats de rire. Nous aimons entre autres évoquer des souvenirs de nos années au séminaire. Récemment, avec le Père Gallet, nous nous rappelions certaines lectures de table et particulièrement un ouvrage portant sur les bienséances et les recommandations de vie en communauté, y compris sur l’hygiène. Ce livre, il me semble, datait de la première moitié du XXème siècle. Parmi les points relevés, on rappelait aux Frères qu’il convenait de se laver les pieds au moins une fois … par mois. Voilà qui nous fait sourire aujourd’hui, à l’ère de la douche quotidienne, où les soins du corps prennent une place prépondérante. Certains toilettages sont quasi rituels ; il faut être propre, il faut être beau, il faut porter des vêtements tendance et  avoir un style fashion. Que de jeunes sont ainsi pointés du doigt parce qu’ils ne portent pas de marques ou n’ont pas une coupe de cheveux à la mode. Ils peuvent s’en trouver exclus d’un groupe de camarades et tournés en ridicule. Ils sont un peu à l’image des lépreux dont nous parlent les lectures de ce dimanche. Ils sont en quelque sorte considérés comme ayant “des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, comme des “impurs ne se fondant pas dans les modes du moment et qu’il faut maintenir à distance.

Mercredi, nous entrerons dans le temps du Carême. Les invitations pressantes de la liturgie ne manqueront pas : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » nous dira le Seigneur par la bouche du prophète Joël. Avec le psalmiste, nous supplierons le Dieu de toute miséricorde : « Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense ». Il ne s’agira pas de se livrer à un toilettage extérieur visant à soigner notre paraître. Nous entrerons dans une période privilégiée de purification et de sanctification. Nous sommes malades. Notre maladie à tous, notre lèpre à nous, c’est celle du péché. Nous ne vivons plus dans le milieu juif des temps anciens, à devoir crier ” impur, impur . Pour le faire, encore devrions-nous le reconnaître. Nous sommes au contraire immergés dans un monde désacralisé où l’on est familier du péché. Sans même parfois nous en rendre compte, nous vivons au quotidien avec “notre crasse” – morale et spirituelle – qui sclérose notre cœur et alourdit nos pas.

Durant mes années passées en Afrique de l’Ouest, au terme d’heures de conduite en voiture sur les pistes en latérite, j’appréciais une bonne douche à l’arrivée. Un peu de fraîcheur pour dissiper la sueur, quelle saveur ! Mais il y avait plus. L’eau ruisselant sur mon corps devenait rougeâtre, emportant avec elle la poussière collée à ma peau que je n’avais pas même remarquée. Ainsi en est-il trop souvent de notre âme. Elle est imprégnée de l’air pollué de notre monde. Il nous faut aller vers Jésus. C’est ce que nous allons faire résolument durant le Carême. Pauvres malades que nous sommes, il nous faut tomber à genoux devant Lui et Le supplier : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Et Jésus, n’en doutons pas, ne cesse de nous répéter : « Je le veux, sois purifié ».

Père Gilles Morin, curé