D’une seule voix, d’un même amour

 

Qu’il est beau ce commandement nouveau : « Comme je vous ai aimés, dit Jésus, vous aussi aimez-vous les uns les autres ! » Et le Christ d’ajouter : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres ». Là où rayonne cet amour, là se trouvent déjà un ciel nouveau et une terre nouvelle. Là se trouve la demeure de Dieu avec les hommes.

 

Vous le savez : dimanche dernier, j’étais en pèlerinage à Lourdes avec nos servants d’autel. Quelle grâce ! En ce lieu béni, le peuple de Dieu était rassemblé, particulièrement au moment de la messe internationale célébrée en la basilique saint Pie X. Français – bien sûr – mais aussi allemands, anglais, italiens, polonais, coréens, espagnols, portugais, congolais etc … affirmaient leur communion dans le commandement de l’amour. Les malades étaient présents, rois au milieu de nous. Ils étaient choyés, entourés, aimés. Les œuvres de miséricorde se manifestaient à nos yeux. Nous étions en vérité disciples du Seigneur ; nous étions comme immergés dans un monde nouveau. Quelle merveille !

 

J’étais fier de voir nos servants d’autel, en aube, assurer leur service avec ferveur et compétence. Le déroulement de la liturgie nous faisait passer d’une langue à l’autre, la langue marquant le plus la célébration étant le latin. C’était une mise en application fidèle du n°36 §1 et §2 de la Constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum  concilium du Concile Vatican II qui donne cette directive : «  L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins », tout en ajoutant que « L’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple ; on pourra donc lui accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants … ».

 

« In nomine patris et filii et spiritus sancti » : tels étaient les premiers mots prononcés par le prêtre célébrant. Tout le monde les comprend. Et l’assemblée de répondre d’une seule  voix : « Amen ! » Là encore, tout le monde comprend. Et la liturgie de se poursuivre : « – Dominus vobiscum ! » « – Et cum spiritu tuo ». Que dire de ce moment intense où le célébrant entonna ces mots que nous connaissons bien : « Credo in unum Deum », et l’assemblée de poursuivre d’une seule voix « patrem omnipotentem … ». C’était vraiment l’Eglise en prière, peuple racheté, de toutes langues et nations, profondément uni non seulement dans un même amour mais aussi dans une même foi. Voilà qui me fit me rappeler le dimanche de Pâques en notre paroisse Notre-Dame de Nazareth. Une femme qui était venue à la messe de 11h30 sortit de notre église, contrariée,  au moment où nous chantions le Credo. Elle exprimait son mécontentement à l’un de nos paroissiens. « Pourquoi prendre cette prière en latin ? On ne comprend pas. Il faut pouvoir se pénétrer des mots que l’on prononce, etc …. » et cet homme d’engager avec elle un dialogue tout en lui faisant remarquer que le « Je crois en Dieu » est une prière normalement connue de tous les chrétiens. Je souhaite à cette femme de se retrouver à Lourdes ou en un autre grand lieu de pèlerinage international pour faire l’expérience de pouvoir chanter dans une même langue – le latin – le symbole de la foi, c’est-à-dire ce qui unit et rassemble les disciples du Christ … non seulement dans le commandement nouveau de l’amour mais aussi dans une même foi.

 

Père Gilles Morin,

Curé

Non pas Laetitia amoris, mais Amoris laetitia

 

Encore, et encore ! Peut-être vous en souvenez-vous ? Il y a environ deux ans, je recevais un appel téléphonique :

–    Allo ! me répondit alors mon interlocuteur… Allo ! Monsieur paroisse ?

J’avais alors souri devant l’ignorance et l’impair du démarcheur que j’avais en ligne.

 

Ce jeudi soir, vers 20h00, ce fut comme une réplique de cet entretien. Après avoir décroché le combiné, je fus le premier à prendre la parole :

–   Allo !

–  Oui, allo ! C’est monsieur Communaute ?

Là encore, j’eu du mal à contenir mon esclaffement. Je compris tout de suite à qui j’avais à faire : une voix féminine qui, sa liste sous les yeux, démarchait des clients potentiels pour sa société. Avec le plus de sérieux possible, je lui fis remarquer que Monsieur Communaute n’existait pas mais qu’elle était en contact avec une communauté religieuse. « Communaute … Communauté ». Il n’y a qu’un accent qui fait la différence, ce qui est insignifiant pour qui ne sait guère ce qu’est cette réalité.

 

Il y a, certes, l’accent orthographique mais il y a aussi l’accent donné à sa voix et l’accent mis sur une priorité que l’on veut mettre en relief. Vous le voyez : un accent peut changer beaucoup de chose et donner lieu à bien des interprétations.

 

Notre pape François vient de promulguer son exhortation post-synodale sur la famille. Elle est à lire. Nourrie de la Parole de Dieu, du Concile Vatican II et de l’enseignement de ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI, elle n’est cependant pas une simple répétition stéréotypée du Magistère de l’Eglise. Elle a sa richesse propre et son accent particulier. Son titre est magnifique : « Amoris Laetitia » Non pas « Mme ou Mlle AMORIS Laetitia », mais bien « Amoris Laetitia » qui se traduit : « La joie de l’Amour ».

 

« L’Eglise est une famille de familles », rappelle notre pape François. Notre paroisse, c’est l’Eglise qui est à Notre-Dame de Nazareth, famille de familles, communauté unie dans la foi, l’espérance et la charité, grand chœur vivant et vibrant de l’amour du Christ ressuscité.

 

En ce dimanche où nous sommes en fête dans le contexte de nos Journées d’Amitié, sachons nous émerveiller de former, par la grâce de Dieu, une grande famille et une belle communauté.  « La joie de l’amour qui est vécue dans les familles, réaffirme le pape François, est aussi la joie de l’Église ». Que notre joie de faire communauté et de vivre dans la charité soit donc une joie pour tous … une joie pour l’Eglise. Il est si beau de pouvoir dire en véritté, au diapason de l’apôtre Pierre : « Tu sais bien que je t’aime ». Sans nul doute, c’est une source de grande joie.

 

Père Gilles Morin,

Curé