Tous, avec Jésus, au désert

 

Nous vivons au jour le jour dans un tel brouhaha. Certains passants déambulent dans les rues, MP3 ou téléphone portable à l’oreille. Épuisés, ils rentrent à la maison pour s’effondrer dans le canapé. Premier réflexe : la télévision ou l’écran d’ordinateur. Du bruit, encore du bruit … C’est distrayant, affirme-t-on. Certains jeunes s’endorment même, avec chaîne Hifi allumée et casque aux oreilles, comme assommés par une musique qui n’a rien d’une berceuse. Coupez le son ; voilà que le silence les réveille… un silence insupportable. On pourrait voir, dans un tel abrutissement, une fuite de soi-même, une appréhension inconsciente de se retrouver dans l’intimité de Dieu.

 

L’expérience nous le prouve : on peut être immergé dans le brouhaha de ce monde et se retrouver cruellement seul ; on peut vivre au désert et être en présence. « Seigneur, avec toi nous irons au désert » : telle est bien l’invitation de ce 1er dimanche de Carême. Or que trouvons-nous au désert ? ou plutôt qui trouvons-nous ?

 

Au désert, nous sommes face à nous-mêmes, dans la vérité de notre être. Récemment, je me suis retrouvé fortuitement sur un site qui laissait apparaître en parallèle le visage de stars féminines de cinéma telles que nous les admirons, et ces mêmes visages sans fard ni artifices, le matin au réveil. Je vous assure que le choc visuel est riche d’enseignements. Si belles soient-elles sous le feu des projecteurs, elles sont finalement si ordinaires, pour ne pas dire ternes, dans la réalité objective de leur être.

 

Au désert, nous nous retrouvons aussi en vérité devant Dieu. Le Seigneur est là et, qui que nous soyons, il nous aime. On ne peut le fuir indéfiniment ni échapper à son regard. Il veut nous parler cœur à cœur et nous irradier de sa sainte présence.

 

Au désert, nous repérons également davantage l’antique serpent, Satan, qui sait se faire oublier dans l’ordinaire bruyant et stressant de nos vies mais qui, pourtant, nous inocule son venin au quotidien. C’est vraiment le tentateur qui ne nous veut que du mal. Nous voyons combien il nous empoisonne et à quel point il veut notre mort. Nous voulons vivre ; il nous faut donc combattre cet adversaire redoutable devant lequel nous ne faisons guère le poids. Comment triompher dans cette lutte implacable ? En Afrique, il est un remède contre les piqûres de serpent que les missionnaires connaissent bien. On l’appelle « la pierre noire ». Il suffit de faire une entaille à l’endroit de la morsure et d’appliquer cette pierre qui se colle aussitôt solidement à la peau. Elle se met instantanément à aspirer le venin et se détache d’elle-même une fois sa mission accomplie. C’est si simple et ô combien efficace.

 

Durant le Carême, allons au désert, nous retrouvant nous-même dans le silence de la prière. C’est la condition première pour prendre la mesure du mal qui nous ronge. Là, nous trouverons notre « pierre noire », le Christ-Sauveur. Il viendra de lui-même sur nos plaies pour aspirer le venin de nos péchés. Il les prendra sur lui pour en triompher sur la Croix.  Quelle merveille de miséricorde !

 

P. Gilles Morin

Curé

Approche-toi

 

Simon-Pierre tombe aux genoux de Jésus, en disant : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ». La scène est impressionnante. Le miracle qui vient d’être accompli par ce rabbi de Nazareth est tel qu’il suscite en Simon-Pierre « un grand effroi » et une réaction de prise de distance. Nous connaissons la réponse de Jésus. Si familière nous est-elle devenue, elle n’en reste pas moins stupéfiante : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras ». C’est équivalemment répondre : « Non, je ne m’éloignerai pas de toi ; au contraire, toi, viens ! approche ! et même, suis-moi !».

 

« Approche-toi ! » Tel est l’appel que nous lance Jésus en la personne de notre Pape François en cette Année sainte. « Approche-toi de la Miséricorde ! Laisse-toi embrasser par la Miséricorde ! Suis-moi, qui que tu sois, quel que soit ton état de pécheur ». La démarche de notre pèlerinage paroissial de ce dimanche exprime notre réponse à cette invitation.

 

« Malheur à moi ! s’écriait le prophète Isaïe il y a des siècles de cela, je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures … ». En franchissant la porte sainte de la basilique Notre-Dame des Victoires, avec un cœur contrit, broyé, dont Dieu ne saurait avoir de mépris, nous pourrons au contraire nous dire : « Heureux sommes-nous, pauvres pécheurs que nous sommes, qui habitons dans un monde déboussolé, égaré et perverti ; Oui, heureux sommes-nous : nous sommes retrouvés … nous rachetés et sauvés par le Christ-Miséricordieux ».

 

Il y a quelques jours, je recevais la visite émouvante d’un jeune de 37 ans. C’était l’un de mes petits du patro, il y a 28 ans de cela. Après mon départ, son parcours fut chaotique. À présent, il se tenait à nouveau en face de moi, non plus comme un enfant pétillant de joie et de vie mais comme un homme broyé, brisé, tant physiquement que psychiquement. Tout en me racontant ses malheurs, il pleurait et pleurait encore en répétant : « Père, je ne vous ai pas oublié ; je n’ai que vous à qui parler » … Et notre rencontre s’acheva par une magnifique confession. Quelle joie de lui donner le pardon de Dieu, d’être l’instrument par lequel le Seigneur déversait en son cœur ses flots de tendresse, de réconfort et de miséricorde !

 

Nous avons toujours Jésus à qui parler ; nous avons toujours Jésus qui, loin de nous dire « Eloigne-toi«  nous répète inlassablement : « Approche-toi ! ». Nous avons toujours Jésus pour nous pardonner et nous relever. Alors, allons à Lui, courons vers Lui. En Lui est la source de notre bonheur. Quelles que soient nos fragilités, nos médiocrités et nos péchés, heureux serons-nous si nous ne l’oublions pas, si nous savons revenir vers Lui pour nous laisser embrasser et sauver.

 

P. Gilles Morin

Curé