Roi toujours ; chrétien toujours

 

C’était jeudi soir. Un petit du patronage, mignon comme tout, me saluait très poliment en repartant. Arrivait à ce moment notre Frère Crispin, l’un de nos jeunes religieux africains. En le voyant et en le saluant à son tour, ce petit laisse échapper ces mots :

-Tous ces Frères, le Frère Bruno, le Frère, Damien, maintenant le Frère Crispin … C’est une véritable armée de Frères, dit-il avec son large sourire taquin.

-Peut-être en feras-tu partie un jour, lui répond le Frère Crispin,  rayonnant d’un sourire non moins taquin.

Et le petit bonhomme de faire cette réflexion croustillante :

-Moi, je serai peut-être prêtre …, oui, prêtre le dimanche, et je travaillerai dans la semaine.

 

Que fallait-il répondre à ce petit ? « Tu sais, on n’est pas prêtre l’un ou l’autre jour et pas les autres jours ; une fois qu’on est prêtre, on l’est pour toujours ». De même, ne faut-il pas répéter ? « On n’est pas chrétien à un moment où à un autre ; quand on l’est vraiment, on doit l’être partout et en toutes circonstances … toujours ». Pour le disciple du Christ, il n’y a pas un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps pour pardonner et un temps pour se venger. Et cela, quels que soient les drames qui nous frappent.

 

Suite aux folies meurtrières qui ont secoué notre pays, les réactions sont multiples et les passions s’embrasent. Dans la foulée des récents attentats, l’une de mes sœurs m’écrivait avec flamme : « Il y a un moment ou l’amour ne suffit pas et où il faut agir, c’est une question de vie ou de mort, pour nos enfants et pour notre religion… Je suis dure, mais l’amour des autres a ses limites ». Chère grande sœur à qui je dois tant, il y a bien  un temps pour agir et réagir, mais jamais dans la haine ni dans l’esprit de vengeance ; il y a, certes, le devoir de se protéger au point, parfois, d’être acculé à tuer, mais toujours dans le but ultime de sauvegarder et sauver « . La haine n’est jamais la bonne réplique aux drames, quels qu’ils soient. J’ai conscience que ces mots me sont faciles aujourd’hui à prononcer. Aucun des membres de ma famille ou de mes proches amis n’ont, en effet, été sauvagement assassinés. Pourtant, si un jour de tels drames venaient à frapper les êtres qui me sont le plus chers, que le Seigneur me fasse la grâce de me garder dans la paix du cœur et l’amour du Seigneur.

 

Attention, l’heure est venue de voir si Jésus est vraiment pour nous le Roi de l’univers et donc le Roi de notre cœur, celui de toute notre vie. Que nous murmure-t-il ? Que nous répète-t-il avec une douceur particulière en ces temps si difficiles ? « Je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient.» (Lc 6, 27-28). Laissons résonner en nous ces paroles. Pour le chrétien, il ne saurait y avoir un jour pour fermer ses oreilles et son cœur à ce que lui enseigne le Sauveur.

 

« Priez », insiste Jésus. Alors prions pour les victimes des attentats ; prions pour nos responsables politiques afin qu’ils discernent avec force et sagesse ce qui doit être entrepris pour protéger notre nation. Prions aussi pour ceux qui nous persécutent … C’est dur, oui, mais Jésus nous le demande. Les paroles de bonté et d’amour de Jésus-Sauveur peuvent, en ces jours, nous paraître insoutenables et insupportables. Nous pourrions nous écrier avec ma grande sœur : « L’amour a ses limites ». Ce serait finalement affirmer : « Nous ne voulons pas de cet amour prôné par Jésus, amour de toujours, ô combien insupportable ». L’histoire ne ferait alors que se répéter. Nous serions comme à crier au diapason d’une certaine foule rassemblée à Jérusalem il y a bien longtemps : « Nous ne voulons pas d’un tel roi ». Ce serait le pire des drames.

 

Père Gilles Morin,

curé

Les visiteurs

 

Le titre de cet éditorial ne vise aucunement le célèbre film de 1993 qui a fait rire tant de cinéphiles et dont le troisième volet de la trilogie est annoncé pour 2016. Il n’est donc nullement question de la venue du comte Godefroy de Montmirail et de son serviteur Jacquouille, transportés par magie dans le temps en notre paroisse.

 

Pourtant, nous aurons bel et bien deux visiteurs parmi nous, du 18 au 25 novembre. Ils ne sont ni d’un autre siècle ni d’une autre terre. Ils sont tous les deux Religieux de Saint Vincent-de-Paul : Le Père Gilles Pelletier, notre supérieur provincial de France, et le Frère Patrick Lambre qui l’accompagnera. Ils effectueront à N.D. de Nazareth une visite canonique. De quoi s’agit-il vraiment ?

 

« Canonique«  n’annonce aucunement des visiteurs venant tirer à boulets rouges sur des ennemis. C’est le terme employé en référence au mot grec qui signifie « règle ». Une visite canonique est donc une visite demandée par la règle, par la norme, … celle de l’Eglise … celle d’une Congrégation.

 

Le R.P. Pelletier et le Frère Lambre ne viennent pas effectuer une simple visite de courtoisie. En diverses occasions, ils sont déjà passés à N.D. de Nazareth. Cette fois-ci, ils partageront la vie de notre communauté en tous points durant une semaine entière. D’une certaine manière, il faudrait dire qu’il s’agit d’une visite de sécurité. Oh ! pas comme celles que nous subissons de temps à autres et qui éprouvent nos nerfs. Les contrôleurs ou inspecteurs décortiquent alors l’application de tous les règlements et pinaillent sur les moindres détails. Nos visiteurs vont, quant à eux, s’assurer de la fidélité de notre communauté à sa vie religieuse et au charisme de notre Institut. Leur présence parmi nous sera l’occasion de s’interroger à nouveau sur des questions très concrètes que nous pourrions oublier. Sommes-nous fidèles à nos temps de prière et de vie communautaire ? Nous aimons-nous vraiment comme des Frères ? Nos activités apostoliques sont-elles bien en conformité, non seulement avec les directives de notre archevêque mais aussi avec le charisme de nos fondateurs ? Quelles priorités nous donnons-nous ? Quelle place accordons-nous à nos Frères, aux petits, aux pauvres, aux familles ? etc …

Cette visite sera finalement, sous certains aspects, comme une visite médicale.de contrôle, un peu comme un bilan de santé. Nos visiteurs verront, écouteront et entendront. Ils pourront ainsi porter un diagnostic sur l’état de notre communauté, de notre paroisse et de nos œuvres ; dans leurs conclusions, ils seront sans doute amener à proposer, voire à préconiser, ce qui leur sera soufflé par l’Esprit-Saint. Qu’ils soient donc les bienvenus parmi nous !

Alors que je m’apprêtais à clore cet éditorial, l’actualité m’informe d’une autre visite, chez nous, à Paris : celle de la violence, de l’horreur et de la mort. Une telle venue, une telle irruption dans notre vie parisienne nous scandalise. Les attentats qui viennent de frapper notre capitale nous secouent et nous révoltent. Soyons tous des visiteurs porteurs de paix, de compassion, de lumière, d’espérance et de Charité pour tous nos frères.

 

Père Gilles Morin,

curé