Urgence ou pas urgence ?

 

« Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire », nous dit l’Evangile, mais l’aveugle de Jéricho criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! ». N’était-il pas dans l’obscurité ? Ne devait-il pas s’ouvrir à la lumière ? Dès lors, comment ne pas supplier et crier ?

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous sommes prompts à appeler et presque à harceler nos amis et nos proches pour des choses futiles et sans urgence. Il n’en va pas toujours de même pour ce qui est essentiel. Il y a de cela quelques années, j’étais en retraite spirituelle. J’avais laissé sur le répondeur de mon téléphone fixe le message suivant : « Je suis absent jusqu’à lundi prochain. En cas d’urgence et pour un motif grave, vous pouvez me joindre au … » et je communiquais mon numéro de portable. En pleine retraite, un soir vers 22h, mon plus jeune frère m’appela. « Allo ! c’est Thierry. Est-ce que tu peux m’envoyer ta nouvelle adresse ? etc … ». J’interrompis rapidement la conversion en lui faisant remarquer avec une certaine fermeté qu’il n’y avait en cela rien d’urgent ni de grave.

 

Ce dimanche 27 septembre, en la fête de saint Vincent-de-Paul, je venais tout juste de me coucher et d’éteindre la lumière. Il était 23h55. Le téléphone sonna. Je bondis de mon lit et décrochai le combiné :

Allo !

Oui, allo ! oh excusez-moi, je pensais tomber sur la messagerie. Je vous appelle de province parce que ma sœur est à l’hôpital Georges Pompidou. Les médecins nous disent qu’elle ne passera probablement pas la nuit. J’ai recherché une paroisse proche de l’hôpital et j’ai trouvé votre numéro. Je voulais savoir si un prêtre pourrait aller porter le sacrement des malades à ma sœur. Elle est très chrétienne ; ce serait pour elle un grand réconfort.

Bien sûr, lui répondis-je ; j’y vais tout de suite.

Renseignements pris, je m’apprêtais à partir lorsque le téléphone sonna à nouveau

Allo ! Je vous appelle parce que je suis près de ma tante qui est à l’hôpital. Les médecins nous ont dit qu’elle ne passerait probablement pas la nuit. Elle est très chrétienne etc

Je viens d’avoir votre maman au téléphone, dis-je à mon jeune correspondant. J’arrive tout de suite.

Deux personnes, donc, qui appellent en pleine nuit. Il n’y a pas à hésiter. Il y a urgence ; c’est pour un motif grave. Il s’agit d’aider une femme à entrer dans la pleine lumière de Dieu.

 

Tout récemment encore, un homme en pleurs me téléphone vers 22h00

Allo ! Père, j’ai besoin de vous. Est-ce que je peux venir vous voir maintenant ?

Bien sûr, lui répondis-je

Salutaire appel téléphonique ! Il y avait urgence ; c’était pour un motif grave. Cette rencontre fut une grâce.

 

Malgré les injonctions de beaucoup de gens, l’évangile de ce jour nous dit que Bartimée supplia et cria avec insistance : « Fils de David, prends pitié de moi ! ». Craignons de déranger à point d’heure nos prêtres et nos proches pour des futilités et des riens ; mais ne redoutons jamais de solliciter leur aide et de lancer des S.O.S dès qu’il s’agit de motifs graves et urgents… et le salut d’une âme, c’est toujours grave et urgent.

 

Père Gilles Morin,

curé

Une première dans l’histoire de l’Eglise

 

Qu’il serait beau si tous les enfants de la terre pouvaient dire en vérité au diapason de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Le Bon Dieu m’a donné des parents plus dignes du ciel que de la terre ! »

Combien cela serait édifiant si toutes les épouses pouvaient affirmer avec Zélie Martin : « Je suis toujours très heureuse avec lui. Il me rend la vie bien douce. C’est un saint homme que mon mari, j’en désire un pareil à toutes les femmes, voilà le souhait que je leur fais ! »

Quelle merveille si tous les époux pouvaient écrire à leur bien-aimée, comme le fit en son temps Louis Martin : « Il me tarde d’être près de toi … Ton mari et vrai ami qui t’aime pour la vie ».

Quelle correspondance au dessein de Dieu si toutes les familles pouvaient mettre au cœur de leur quotidien les élévations d’âme du couple Martin, canonisé par notre pape François ce dimanche, en plein synode sur le thème de la famille ! Une première dans l’histoire de l’Eglise.

« Hors aimer Dieu et le servir, aimait à dire Louis, tout n’est que vanité … Dieu premier servi ». Quant à Zélie, elle confiait ces mots qui en disent long : « Pourvu que j’arrive au Paradis avec mon cher Louis et que je les voie tous (mes enfants) bien mieux placés que moi, je serai assez heureuse comme cela, je n’en demande pas davantage ».

C’est le 13 juillet 1858, un mardi, en pleine nuit, que Louis Martin et Zélie Guérin s’unissent par le sacrement du mariage en l’église Notre-Dame d’Alençon. Pas de froufrou ni de tralala. Ces deux chrétiens fervents veulent se centrer sur l’essentiel. À cette époque, un beau rite exprimait le caractère sacré de leur engagement. Après l’échange des consentements et le Pater avait lieu la vélation. Un voile blanc était en effet déployé au-dessus des époux agenouillés, tandis que le prêtre, mains étendues, prononçait la bénédiction nuptiale. Ce rite mettait en lumière la bénédiction céleste descendant sur les époux et, par le fait même, la ratification divine de leur choix mutuel. Il exprimait aussi le devoir pour le nouveau couple d’être le « sanctuaire de l’Éternel ».

Dans la liturgie de Saint Jean Chrysostome, telle qu’elle se pratique encore aujourd’hui, avant la consécration proprement dite, le prêtre, à plusieurs reprises, couvre d’un voile l’encensoir, le calice et la patène,. De même, par la suite, un voile blanc est agité au-dessus du corps et du sang du Seigneur durant la récitation du Credo en signe de descente de l’Esprit-Saint. Nous le savons : Mariés en présence de Dieu, Louis et Zélie n’ont formé qu’une seule chair. Leur vie a été enracinée dans la foi ; la bonne odeur de leur amour s’est élevée vers le ciel ; leurs cœurs et leurs corps se sont pleinement donnés « en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu« .

Les lectures de ce dimanche nous parlent du Serviteur broyé par la souffrance, du grand prêtre éprouvé en toutes choses, de la coupe qu’il faut boire … celle du sang versé en rançon pour la multitude. La vie de famille, chez les Martin, ne fut pas dépourvue d’épreuves, tant s’en faut. Rappelons-nous les deuils de quatre de leurs enfants, le décès prématuré de Zélie, la maladie mentale de Louis etc … Comme l’écrivait magnifiquement notre fondateur, le Père Jean-Léon Le Prevost, à l’occasion de l’installation du premier tabernacle dans notre congrégation : « Point d’amour sans conformité, point de conformité sans croix. Le Bien-Aimé, en entrant sous notre toit y viendra avec sa croix ; c’est son seul trésor, c’est tout ce qu’Il possède et apporte à ses hôtes ; c’est son livre, c’est sa science pour les enseigner, c’est sa force pour les aguerrir et les former ; qu’il soit le bienvenu et Sa croix avec Lui ! » . Sans nul doute, c’est bien ainsi que Jésus est entré dans la vie de famille de Louis et Zélie. C’est ainsi qu’il les a enseignés et formés pour rayonner, témoigner, se sanctifier et être aujourd’hui canonisés. Encore une fois, c’est une première dans l’histoire de l’Eglise.

Père Gilles Morin, curé