Il y a 80 ans

 

Il y a 80 ans, le Frère Etienne Devismes, le Père Emile Fournier et le Père Emmanuel Bonté arrivaient au 351 de la rue Lecourbe. C’étaient les premiers religieux de saint Vincent-de-Paul de l’œuvre actuelle de Notre-Dame de Nazareth. Sur demande du curé de la paroisse saint Lambert de Vaugirard, ils venaient prendre la succession de l’abbé Rousseau, prêtre diocésain, pour s’occuper du patronage « la Jeanne d’Arc de Vaugirard » et de l’école primaire de filles qui y était attenante. L’œuvre n’était alors dotée que d’une petite chapelle. Très vite, elle fut mise sous le vocable de « Notre-Dame de Nazareth », si cher à nos fondateurs, excepté le patronage des garçons qui resta sous la protection de Sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France. Depuis, que de chemin parcouru. Au fil des ans, sous la houlette des religieux de saint Vincent-de-Paul qui se succédèrent, cette œuvre s’est développée et embellie pour devenir ce que nous voyons et ce dont nous bénéficions aujourd’hui. Nous en rendons grâce à Dieu.

 

Dimanche dernier, dans le cadre d’une réunion paroissiale et au terme de divers échanges, l’un des participants me bouleversa. Alors que je venais d’exposer les grands axes de notre année pastorale et aimant à souligner l’anniversaire de ce jour, il prit la parole pour affirmer, le regard embué et les larmes aux yeux : « N’oublions pas que nous sommes saint Vincent-de-Paul ». Et de répéter d’une voix saisie par l’émotion : « N’oublions pas que nous sommes saint Vincent-de-Paul ». Il savait de quoi il parlait ; son histoire personnelle l’attestait. Né et baptisé à N.D. de Nazareth en 1946, membre des conférences Saint Vincent-de-Paul depuis 1964, son parcours est marqué par ses liens étroits avec notre congrégation. Il la connaît et il l’aime. Son cœur vibre avec le nôtre aux petits et aux pauvres.

 

C’est aujourd’hui notre fête de rentrée … on pourrait presque dire « le week-end d’intégration » pour les nouveaux arrivants sur notre quartier. Rien à voir avec ceux qui marquent trop souvent les rentrées scolaires dans les facultés, les classes préparatoires et les grandes écoles. Pas de beuveries ni de coucheries. Simplement des chrétiens réunis autour du Christ dans le merveilleux sacrement de l’Eucharistie et heureux de se retrouver, au terme de cette célébration, dans une saine convivialité. Qu’avons-nous à dire aux nouveaux arrivants ? Que nous sommes le corps du Christ, certes, mais aussi que  » nous sommes saint Vincent-de-Paul « . Non seulement, cette grande œuvre de Notre-Dame de Nazareth est illuminée par ce géant de la charité que fut Monsieur Vincent, mais elle est aussi riche d’une histoire marquée par le charisme des religieux qui se sont mis sous son patronage. Il ne nous suffit pas de vivre de l’esprit de saint Vincent-de-Paul ; il nous faut aussi « être aujourd’hui saint Vincent-de-Paul », c’est-à-dire agir comme lui, servir comme lui, aimer comme lui « à la force de nos bras et à la sueur de notre front ». Alors, cette belle œuvre de Notre-Dame de Nazareth sera vraiment fidèle à son histoire et à sa vocation.

 

Père Gilles Morin

Curé

Où est notre trésor ?

 

Questionnés par lui, les Apôtres n’ont pas osé répondre à Jésus. C’était pourtant une question simple et l’on dirait aujourd’hui peu intrusive, puisque Jésus et ses Apôtres partageaient la même vie. « De quoi discutiez-vous en chemin » ? Cette question était d’autant plus légitime que Jésus venait, sur ce chemin, de leur annoncer sa Passion.

 

Et nous, de quoi discutons-nous en chemin ? Sans doute que nous n’oserions pas répondre nous non plus… De quoi sont faites nos vies et nos conversations, par rapport à l’urgence du salut apporté par Jésus ? Là nous pouvons répondre sans nous tromper. Il y a sans doute plus de 90% des gens qui ne parlent et ne vivent que futilement. J’entends, encore une fois par, rapport au grand projet de Dieu. Dans quelle marge nous situons-nous en tant que chrétiens ?

 

Les médias nous informent -soi-disant-. D’autres disent même qu’ils nous désinforment.

Qu’y trouvons-nous pour notre salut ? Rien de bien édifiant. Même certains journaux « catholiques » ont rangé aux oubliettes du « politiquement correct » leur drapeau.

 

Avouons que nous avons à faire un sérieux examen de conscience dans ce domaine. Car bien souvent ce qui nous préoccupe c’est d’abord notre confort, notre bien-être, la santé, ce que nous allons manger, nos loisirs et j’en passe beaucoup. Non que cela soit mauvais, bien sûr. Mais est-il possible d’envisager toute chose dans le plan de Dieu, selon le plan de Dieu ? Alors si j’ouvre les yeux je verrai que d’autres vivent, et parfois mieux, avec moins de confort que nous. Notre bien-être ne nous empêche-t-il pas de voir la précarité grandissante autour de nous ? Notre santé, si elle devient notre préoccupation centrale, ne fait-elle pas de nous des nombrilistes, affairés à paraître plutôt qu’à être ?

 

Jésus nous annonce, à nous aussi, de vraies nouvelles qui devraient susciter un peu de sérieux dans notre vie et de relativisation de nous-mêmes. Il y a en ce moment les chrétiens d’Orient qui implorent notre prière. Y pensons-nous ? Le Pape nous invite à des gestes concrets de charité envers les plus pauvres, comme les réfugiés. Que faisons-nous, si nous le pouvons ? Ou du moins, que faisons-nous, pour commencer, pour le pauvre que nous voyons en bas de notre immeuble ? La famille qui connaît tant de menaces aujourd’hui sera l’objet d’une rencontre à Philadelphie du 22 au 27 septembre, puis une Assemblée Générale du synode des évêques et un second synode extraordinaire auront lieu dans la foulée, toujours sur la famille, en octobre à Rome. Cela fait-il partie de nos priorités ? Est-ce l’objet de nos prières ferventes ?

 

Dans toutes nos rencontres, cette semaine, essayons de voir Jésus Christ et Celui qui l’a envoyé, et par toutes ces rencontres c’est lui que nous verrons, lui que nous accueillerons dans nos propres vies pour qu’il transforme en quête du Royaume toutes nos futilités.

 

Père Jean-Louis Gallet