Question incontournable

 

Ce n’est nullement une question annexe, perdue au milieu de tant d’autres. Il est mortifère de chercher à l’esquiver ou à l’évacuer. L’enjeu est de taille ; il y va de notre Vie … de la vraie Vie … de la Vie éternelle.

 

Il est une première question qui ne nous engage guère et pour laquelle nous sommes prompts à nous prononcer. « Au dire des gens, qui est Jésus ? » Tous, à un moment ou à un autre, nous avons entendu de la bouche de certains des affirmations choquantes découlant d’une immense ignorance, d’une grande indifférence, voire même d’une véhémente résistance : « Jésus ? C’est un gourou ; une invention aliénante ; un doux rêve ; une vaste fumisterie ; une idéologie» … ou encore, plus positivement : « C’est un sage au beau message ; un homme hors du commun ; une figure imposante de l’histoire etc … ».

 

Il est une seconde question qui, elle, nous bouscule et nous oblige à ne pas nous précipiter pour éviter de simplement rabâcher. « Et vous, que dites-vous ? Et toi, que dis-tu ? Pour toi, qui est Jésus ? ». On peut toujours réciter les formules du catéchisme de l’Eglise catholique  ou ressasser les mots de la profession de foi apostolique : « Il est le Fils unique de Dieu ; Il a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts etc … » C’est vrai ; c’est beau, sans nul doute. Et après ? M’en tenir à ces formules, n’est-ce pas ressembler à certains hommes politiques qui, harcelés par des journalistes trop pressants, se dérobent en répliquant : « C’est une très bonne question », et qui finissent par zigzaguer et esquiver. Dans notre société hyper médiatisée, il est si facile de zapper pour ne pas être dérangé.

Qui est Jésus  pour l’Eglise catholique ? nous le savons.

Mais qui est vraiment Jésus pour toi, dans le fond de ton cœur, dans ta vie de tous les jours ? nous aimerions bien le savoir aussi.

Chaque année, durant la retraite préparatoire à leur Profession de Foi, j’aborde avec les jeunes le passage d’Evangile de ce dimanche. Dans leur cahier, je leur fais écrire ces quelques mots : « Jésus me demande : pour toi, qui suis-je ? Qu’est-ce que je lui réponds ». Je leur laisse alors un peu de temps, dans le silence, pour qu’ils puissent écrire la réponse de leur cœur à Jésus leur Sauveur. C’est un bel exercice auquel nous gagnerions peut-être à nous livrer.

Oui, qui est Jésus pour toi ? nous aimerions bien le savoir parce que nous verrions alors si tes œuvres collent avec ta foi, si elles l’attestent et la mettent en lumière ou si, au contraire, elles la voilent et la contredisent.

 

Père Gilles Morin,

Curé

Une langue déliée

 

Peut-être avez-vous eu l’opportunité de regarder une vidéo bouleversante venue d’Égypte il y a quelques mois. Des coptes – jeunes filles, jeunes gens puis enfants – y chantent leur Espérance et leur amour de Dieu dans leur église dévastée par une vague de haine ayant déferlé sur leur communauté chrétienne. Au milieu des décombres, leurs douces voix s’élèvent harmonieusement : Laissons-nous rejoindre par leur message ; ne restons pas sourd à leur témoignage ; alors nous pourrons nous faire à notre tour messagers d’espérance et de paix.

« Au milieu des larmes du cœur, des cendres, de la poussière et des blessures, chantent-ils,nous venons avec un message d’amour, de paix et de pardon pour le monde entier.…/…Notre foi est une alliance avec Notre Seigneur que rien au monde ne saurait ébranler…/…Nous le déclarons au monde entier : nos considérations ne sont pas les vôtres ;notre but c’est le royaume des cieux avec notre Seigneur de gloire.Ô mon église ta tête est relevée ; ô ma mère ta beauté est stupéfiante
Sonne les cloches. Réveille et rassemble tes enfants. »

Le 15 août, dans notre terre de France, les cloches ont sonné. Rappelez-vous, il était midi ; l’heure du plein soleil, signe de l’espérance plus forte que la mort. La « Fille aînée de l’Eglise » voulait ainsi exprimer sa profonde communion avec les chrétiens d’Orient, dans la conscience de leurs épreuves et dans l’admiration de leur foi. Ce mardi 8 septembre, fête de la Nativité de la Vierge, une conférence internationale se tiendra à Paris pour traiter de ce sujet. Les langues se délient ; ce vaste et douloureux sujet est enfin abordé.

 

Lui ne saurait ni chanter ni crier. Il gît, mort, sur le sable d’une plage. Il n’a pourtant que 3 ans. Sa photo a été reprise par l’ensemble des médias. Par-delà le choc émotionnel, elle nous lance un appel et nous livre un message au nom de ces milliers d’autres enfants, jeunes et adultes broyés par de multiples drames, trop souvent dans l’indifférence générale. Fallait-il en venir à un tel « électrochoc visuel » pour délier les langues, sortir du mutisme et oser enfin dénoncer toutes les atrocités. Il y en a tant et tant … tant d’autres dont on ne parle jamais.

 

L’évangile de ce dimanche nous relate la guérison d’un « sourd qui avait aussi de la difficulté à parler« . Notre humanité n’est-elle pas trop souvent frappée de surdité au point d’avoir bien de la peine à s’exprimer en toute vérité et liberté. En cette rentrée pastorale, nous ne pouvons ni fermer nos oreilles ni recroqueviller nos cœurs. Notre archevêque, le Cardinal André Vingt-Trois, nous le rappelle avec force. « Se défendre de faire quelque chose, nous dit-il, sous prétexte que ce que, moi, je peux faire, est sans proportion avec les besoins, cela revient à dire : je ne fais rien. Tout le monde ne peut pas faire des choses extraordinaires, mais tout le monde peut faire quelque chose ». Ces paroles prononcées à propos du drame de tant de migrants ne valent-elles pas aussi  au sujet d’un autre drame, bien différent certes, d’une autre tonalité, évidemment, mais pourtant bien réel lui aussi : celui de tant d’enfants qui grandissent sans Dieu. Parce que trop de chrétiens sombrent dans l’indifférence et l’oubli, parce qu’ils en viennent à être frappés de surdité spirituelle, leur langue ne se délient plus et le message de l’Evangile ne se propage plus. « Le catéchisme, nous rappellent nos évêques d’Île de France, c’est l’affaire de tous les membres de la communauté chrétienne ».

 

Alors, nous aussi, d’un seul chœur, nous voulons chanter notre espérance et notre foi :

« Notre but c’est le royaume des cieux avec notre Seigneur de gloire.

Ô mon église ta tête est relevée ; ô ma mère ta beauté est stupéfiante

Sonne les cloches. Réveille et rassemble tes enfants. »

 

Père Gilles Morin,

Curé