« Tout par Marie »

 

Avant que vous ne lisiez le titre de cet éditorial, j’aurais été sûr à 99 % de vous coller en vous demandant « Quelle-est la devise de Notre Dame de Nazareth » ?

 

Si la consigne de Saint Louis Marie Grignon de Monfort – que nous venons de fêter ‒ est connue, « À Jésus par Marie » celle-ci qui est de saint Bernard l’est moins, et pourtant nous en sommes les héritiers à la Paroisse. Héritiers, parce que notre patrimoine vient tout droit de nos fondateurs et en particulier de M. Maurice Maignen. La première Œuvre Notre Dame de Nazareth du Bd Montparnasse étant expropriée a dû s’installer 7 rue Blomet en 1906 puis elle est venue rue Lecourbe en 1935. La bannière et sa devise ont suivi et nous en sommes héritiers. On la retrouve encore gravée sur l’ostensoir des jours de Fête où Marie offre Jésus Hostie à notre adoration. La statue de Marie est celle de Montparnasse.

 

« Tout par Marie » ! Quel programme me direz-vous ! Oui beau programme en vérité qui nous renvoie à l’enseignement de saint Bernard dans une page bien connue, son sermon sur l’Aqueduc. « Ce filet d’eau du Ciel est descendu à nous par un aqueduc, laissant tomber la grâce goutte à goutte dans nos âmes arides. L’aqueduc est rempli par ce filet, et on recevait de sa plénitude, mais on ne reçoit pas la plénitude elle-même ». « Vous voyez déjà, si je ne me trompe, de qui je veux parler par cet aqueduc : il a pris au cœur du Père, la plénitude même de la source et nous l’a donnée ensuite, sinon telle qu’il l’avait reçue, du moins telle que nous pouvions la recevoir. Vous savez bien, en effet, à qui s’adressaient ces paroles : « Je vous salue pleine de grâce ». « C’est donc du plus intime de nos cœurs, du fond même de nos entrailles et de tous nos vœux que nous devons honorer la vierge Marie, c’est la volonté de celui qui a voulu que tout nous vint par Marie ».

Tout par Marie, n’est-ce pas excessif ? Pas si l’on considère le grand don qu’elle nous a fait en la personne de Jésus. Pas si l’on considère le don que Jésus nous a fait sur la Croix. Pas si nous croyons que Marie aux côtés de son fils est aussi toute puissante sur son cœur. Elle est la seule qui puisse directement intervenir pour nous ; les plus grands saints sont passés par elle pour obtenir ce qu’ils voulaient. Un enfant qui tient la main de sa mère passe partout avec elle. Il y a de la place dans le cœur de Marie pour chacun de ses enfants et chacun de leurs besoins. Les petites comme les grandes choses lui sont aimables et du plus grand intérêt quand elles concernent ses enfants.

 

Pendant ce mois de mai et dans la suite de notre vie, faisons tout en passant par Marie. Que nous prenions la route, disons une dizaine de chapelet, (2 pour les motos et trottinettes). Quand nous avons un rendez-vous, une question délicate, une réponse à donner, prions Marie. Quand nous sommes fatigués, irrités, dans le doute, prions Marie. Face à une cause humainement désespérée, prions Marie. Tout par Marie et tout parviendra à Jésus. Tout est venu par elle, tout va à Dieu encore par elle. Tout par Marie !

 

Alors, maintenant, Frères et sœurs, quelle est notre devise ?

 

Père Jean-Louis Gallet

Ces pasteurs qui m’ont façonné

 

Sans eux, que serais-je devenu ? Sans doute « un chien perdu sans collier ». Prêtres, religieux et religieuses ont marqué l’histoire de ma famille et en particulier la mienne. Aussi loin que je puisse remonter dans ma mémoire, je les vois à des moments déterminants, m’accompagnant, me guidant, parfois même me sauvant. J’aurai pu m’égarer et errer ; ils m’ont relevé et élevé. Tant de fois, mon adversaire, le diable, comme un lion rugissant, a rôdé, cherchant à me dévorer (1P 5, 9). Tant de fois, le loup s’est approché, a failli m’attraper et me déchiqueter. Toujours, ces pasteurs se sont exposés et interposés. Je leur dois tant ; sans eux, qui serais-je aujourd’hui ?

 

1955 : c’est l’année de ma naissance. C’est aussi la sortie du film de Jean Delannoy : « Chien perdu sans collier ». Le roman de Gilbert Cesbron paru l’année précédente connu un immense succès de librairie. Il méritait d’être mis à l’écran. L’histoire n’est autre que celle du sort d’enfants qui commettent des délits et qui, issus de milieux sociaux défavorisés, sont aidés par un juge. Celui-ci est magnifiquement interprété par Jean Gabin. Sous des dehors bourrus, cet homme est bon et compréhensif. Particulièrement pour le jeune Francis, âgé de 15 ans, il se montrera bon pasteur, lui prodiguant moult conseils et une bonne dose d’affection.

 

Je le redis : sans mes bons pasteurs, il est fort à parier que je serais devenu moi aussi « un chien perdu sans collier ». Dans notre monde, les dangers sont multiples. Tous nous sommes agressés ; tous nous sommes une proie facile à dévorer ; tous nous avons donc besoin de bons bergers. Les prêtres sont pour nous la présence agissante et sanctifiante du Bon Pasteur. Religieux et religieuses sont à nos côtés pour nous accompagner sur le chemin de la Vie, nous le désigner, prêts à s’exposer pour nous sauver. Tant de nos contemporains sont dépourvus aujourd’hui d’une telle présence. Leur quotidien est sans Dieu ; le Malin les égare et s’en empare ; ils ne savent vers quelle source de bonheur se tourner ; ils sont finalement dévorés. Si seulement ils avaient à leur côté de bons pasteurs !

 

Vendredi dernier, au cours d’un temps de prière avec les enfants du patronage, je me suis un peu emporté. J’invitais ces petits à prier à l’intention des vocations. L’un d’eux n’écoutait guère et perturbait ces voisins. Je me suis alors lancé avec fougue dans une exhortation, leur disant en substance : « Il y a trop peu de prêtres, de religieux et religieuses. Vous allez grandir, avancer dans la vie. Qui vous mariera ? Qui célèbrera les obsèques de ceux qui vous sont chers ? Qui vous nourrira de l’Eucharistie ? … Et vos enfants, seront-ils à traîner dans la rue ? Où trouverez-vous un patronage comme la J.A.V. s’il n’y a plus de Frères ni de prêtres ? » Ce fut un grand silence. Mon emportement quelque peu passionné dut impressionner. Confusément sans doute, ces enfants réalisèrent un peu qu’ils ne voulaient pas être  « des chiens perdus sans collier » et qu’ils ne sauraient se passer de Dieu. Notre prière pour les vocations fut belle et fervente. A nous tous de joindre la nôtre à celle de ces petits.

 

Père Gilles Morin, curé