En moi : l’amour du monde ou l’amour de Dieu ?

 

Je le soulignais dimanche dernier au cours de l’homélie : on ne peut vivre sans amour. On comprend dès lors la force de cette parole de l’apôtre Jean :« Nous devons » ; non pas « si nous voulons » mais « nous devons ». Oui, « puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres ». Pas à la manière du monde  mais à celle de Dieu.

 

Nous sentons bien que seul l’amour peut combler notre cœur. Nous nous laissons aller parfois à un beau rêve, à un monde où ce commandement de l’amour serait réalité. Avouons que trop souvent nous sommes sous le choc de ce douloureux constat : La vérité n’est pas crue, la justice n’est pas recherchée, la fidélité n’est pas encouragée, la vie n’est pas respectée, la dignité de l’homme est marchandée et les droits de Dieu sont bafoués. Où est donc l’Amour avec un grand « A » ? Avec le Poverello d’Assise, nous pourrions donc, les larmes aux yeux, laisser échapper ce cri du cœur : « L’Amour n’est pas aimé ».

 

Mais alors, il est urgent d’aimer ; c’est un impératif, un commandement, un devoir. C’est une question de vie ou de mort. On nous dissipe et on nous étourdit avec de multiples questions économiques, ludiques, sportives, culturelles et politiques souvent biaisées et superficielles. Mais la grande question n’est-elle pas : « Qui nous apprendra à aimer ? Qui nous fera découvrir l’Amour qui doit être aimé ? » Il y va de notre bonheur.

« Dieu » – me direz-vous : Oui mais, saint Jean nous l’a rappelé dans la première lecture,  “Dieu, personne ne l’a jamais vu“.

Qui donc alors fera aimer l’Amour qui doit être aimé, si ce n’est chaque chrétien digne de ce nom, habité par cette conviction que “puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres“… Non pas de l’amour chanté par le monde  mais de l’amour même qui brûle dans le cœur de Dieu.

 

Nous nous préparons à la belle solennité de la Pentecôte. Il est vraiment urgent de vivre et d’embraser le monde du feu de l’amour de Dieu. N’a-t-il pas été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint ? St Jean nous dit dans la première lecture que “celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu“. Mais attention, Dieu peut-il vraiment demeurer en nous si, tout en nous déclarant chrétien, nous vivons comme des païens ? Dieu peut-il se manifester à travers nous si nous sommes au diapason des comportements, idéologies, discours et passions de ce monde, si notre vie transpire l’esprit du monde ?

 

Parlant de ses disciples, Jésus affirme en toute vérité à son Père : « Ils ne sont pas du monde de même que moi je ne suis pas du monde ». Que pourrait-il dire de nous aujourd’hui ? Posons-nous au moins la question.

 

Un texte très ancien décrit les premiers chrétiens en ces termes : “Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair …/… Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde …/… L’âme habite dans le corps, et pourtant elle n’appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent dans le monde, mais n’appartiennent pas au monde“ (lettre à Diognète). Voilà les vrais disciples du Christ, ceux qui demeurent dans l’amour et en qui Dieu demeure, envoyés dans le monde pour l’embraser et le transfigurer. Encore une fois, et nous ? Mériterions-nous aujourd’hui un tel témoignage ?

 

Père Gilles Morin, curé

Si, tu es aimé

 

Je n’étais pas un ange étant enfant ; je ne le suis pas davantage aujourd’hui. Trop souvent je me mettais en colère ; il m’arrive de l’être encore aujourd’hui (un peu moins toutefois). Que de fois, exaspéré par mes frères et sœurs ou contrarié par ce que me demandaient mes parents, je m’emportais. Cela prenait des proportions telles que j’en arrivais à être fou de rage et à m’écrier en claquant violemment les portes : « Personne ne m’aime dans cette maison ». Pourtant, bien sûr que j’étais aimé. Lorsqu’on l’oublie, on est si malheureux. Les apparences peuvent être trompeuses et l’on s’imagine alors que, parce que nos caprices ne sont pas exaucés, on est incompris et honni. Ne pas se sentir aimé ou plus profondément encore, ne pas se savoir aimé, c’est insupportable. Oui, c’est vraiment insoutenable.

 

Heureux sommes-nous d’être chrétiens. « Dieu est amour » nous rappelle saint Jean. Nous le savons. Comment pourrait-il ne plus nous aimer ? À nous de ne pas l’oublier. « Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous, poursuit l’apôtre : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui ». Tu es malmené par la vie ; tu as l’impression que le ciel ne t’écoute plus ; tu te sens abandonné et trahi : regarde la croix, regarde Jésus crucifié. La réponse est là : Dieu t’a aimé le premier ; il t’aime et ne cessera jamais de t’aimer. Tu en es sûr ; c’est une certitude. Ne l’oublie jamais, même et surtout aux heures les plus sombres. Il est là, toujours, et il t’aime d’un amour éternel.

 

Si dans mes moments de colères enfantines, je m’étais rappelé le courage de mon papa et l’abnégation héroïque de ma maman ; si je m’étais remémoré leurs attentions multiples et leur présence à mes côtés ; si j’avais fais remonter en mon esprit les milles marques d’affection de mes frères et sœurs ainsi que leurs efforts pour me supporter, jamais au grand jamais je n’aurais osé m’écrier « Personne ne m’aime ». Et quand bien même j’aurais été un enfant marginalisé, brutalisé et détesté, si je m’étais rappelé Jésus sur la croix mort pour mes péchés et ressuscité pour me sauver, jamais au grand jamais je n’aurais pu crier en vérité « Personne ne m’aime ». Dieu m’aurait alors murmuré : « Je suis l’Amour ; Moi je t’aime d’un amour éternel ».

 

Je repense à cette réflexion du petit Léonard âgé de 4 ans. Ses parents m’avaient invité à venir bénir leur nouvel appartement et à partager avec eux le dîner. Par avance, c’était pour lui un jour de fête. Il confia à sa maman : « Ils n’ont pas de chance ceux qui ne connaissent pas Jésus, parce qu’ils ne peuvent pas inviter le Père Morin chez eux à manger ». Voyez : La vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants. Un non-croyant, un agnostique et même un athée convaincu peuvent évidemment inviter un prêtre à manger. Mais reconnaissons que la vérité sort souvent de la bouche des enfants. C’est en effet tellement vrai qu’ils n’ont pas de chance ceux qui ne connaissent pas Jésus. Ils ne savent pas que Dieu est Amour ; ils ignorent à quel point ils sont aimés. « Personne ne m’aime » peuvent-ils être portés à s’écrier. Ces mots, nous chrétiens, nous n’avons aucunement le droit de les prononcer. Mais pouvons-nous supporter de les entendre proférés ? Toujours, nous devons nous insurger pour affirmer : « Si, tu es aimé … Dieu t’aime … et moi aussi je t’aime ». N’est-ce pas le Christ lui-même qui nous commande de nous aimer les uns les autres ?

 

Père Gilles Morin, curé