Magnifiques  » dramas « 

 

Je vous le confiais en toute simplicité dans l’éditorial de la semaine passée : Au contact des jeunes, j’en apprends tous les jours. Comme tant de vous, je me sens parfois déphasé avec les générations actuelles. À peine venais-je de découvrir les « pyjamas party » que, quasi dans la foulée, samedi dernier, une jeune pèlerine de notre groupe à Tours entamait avec moi une discussion à bâtons rompus sur ses loisirs :

–       Les dramas, Père, c’est vraiment super, passionnant, exaltant.

Interloqué, je l’interrogeai naïvement, étalant ainsi à ses yeux mon ignorance.

–       Les dramas ? C’est quoi cette bête-là ?

–       Quoi ? Vous ne connaissez pas les dramas ? Ce sont des séries télévisées asiatiques à tonalité dramatique, comme « You’re beautiful ». Vous voulez que je vous raconte ? La version synopsis, ça vous va ?

Aïe ! Encore un problème de langage.

–       «  Synopsis ?«  Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

Très vite, je comprends qu’il s’agit de la version brève. Et voilà cette jeune pèlerine qui me fait un résumé des 16 épisodes d’une heure de cette série. Compte tenu de ses propos et du sérieux de cette jeune fille, je devine que le scénario ne sombre ni dans l’immoralité ni dans la vulgarité. Et elle, de m’encourager :

–       Regardez cette série, Père. Vous verrez, c’est captivant

Je ne sais ce qu’il en est, mais 16 heures de télé pour une série, non merci ; je n’ai vraiment pas le temps.

 

Je n’ai pas eu le réflexe de l’inviter à s’immerger davantage dans un autre « drama », autrement plus captivant et exaltant, bien réel celui-là et passionnant : celui de la vie de Jésus de Nazareth. L’expulsion de l’esprit impur qui nous est relaté dans l’Evangile de ce dimanche n’en est qu’un épisode.

 

En ce jour où nous voulons souligner le trésor pour l’Eglise qu’est la Vie Consacrée, j’aimerais l’inviter aussi à prendre le temps d’aller parler avec des religieux et religieuses, et à leur poser cette simple question :

–       Ma Sœur, mon Frère,  mon Père, pourriez-vous me raconter l’histoire de votre vocation ?

Elle verrait alors, là encore dans le réel, combien ces récits sont de vrais et passionnants « dramas », chargés d’une belle intensité amoureuse avec le Christ Sauveur. Peu importe le nombre d’épisodes. Si on ne les réduit pas à la version « synopsis », leur trame a de quoi bouleverser et faire s’émerveiller. Et notre vie peut s’en trouver chamboulée.

 

Père Gilles Morin, curé

« Lève-toi, va … proclame »

Au contact des enfants et des jeunes, j’en apprends tous les jours. Mardi soir, à la prière conclusive du catéchisme, alors que je venais de rappeler l’importance de la participation à la messe du dimanche, l’un de mes petits de CM2 me fit savoir qu’exceptionnellement je ne pourrais l’apercevoir ce week-end. À la différence de nombreux autres, c’est pourtant un fidèle de la messe dominicale. « Rassurez-vous, Père, me dit-il, j’irai bien à la messe mais pas à N.D. de Nazareth. Je dois aller  à une « pyjamas party » ». Intrigué, pour ne pas dire inquiet, je me mis à l’interroger :

–  «  Qu’est-ce que c’est qu’une « pyjamas party » ?

–  Un camarade m’a invité. C’est son anniversaire. On se retrouve samedi soir, on se met en pyjamas, et on s’amuse. On peut se coucher quand on veut ».

Voilà qui est plutôt sympathique, me dis-je intérieurement. À son âge, je crois vraiment que j’aurais aimé, bien que cela ne soit pas sans danger. Pensez-donc : à 10 ans, s’amuser en pouvant se coucher aussi tard que possible, n’est-ce pas génial pour un petit ?

On peut légitimement penser que Jonas, dont nous parle la première lecture, aurait raffolé. C’est autrement plus détendant et gratifiant que d’aller s’exposer et s’épuiser à prêcher la conversion aux cœurs endurcis des ninivites. On ne refuse pas une « pyjamas party » … mais on s’enfuit devant une mission apparemment impossible. À quoi bon s’égosiller auprès des pervertis ?  Mais se recroqueviller entre amis pour profiter de la vie, alors oui !

Les temps ne sont guère meilleurs qu’à l’époque de Jonas. Notre ville de Paris, et même plus largement notre pays, peuvent nous paraître peuplés par de véritables ninivites. Faut-il désespérer et renoncer ? Allons-nous faire preuve de lâcheté ou de  frilosité ? L’appel du Seigneur est pourtant des plus clairs : « Lève-toi, va … proclame ». « Jonas se leva et partit pour Ninive », précise l’Evangile. Remarquons que l’actualité s’est fort heureusement chargée de nous sensibiliser au drame que vivent nos frères chrétiens de Mossoul … Or cette ville n’est autre que l’ancienne Ninive. Si Jonas ne s’était levé, y aurait-il des chrétiens aujourd’hui en ce pays ? Eux se lèvent, encore et toujours ; ils sont acculés à fuir mais non à se taire. Ils sont debout et leur exemple nous stimule. Ils nous crient de ne pas nous contenter de « pyjamas party » mais de vivre plus pleinement de l’Evangile. Ces frères en Christ nous comptent toujours sur notre prière.

« Lève-toi, va … proclame », nous dit aujourd’hui Jésus. Alors levons-nous. Ne désespérons ni de notre temps ni de notre pays. Prêchons l’invitation à la conversion. N’hésitons pas à nous exposer et à nous mobiliser puisque nous sommes envoyés.

En ce dimanche, bon nombre de nos compatriotes se lèveront et marcheront. Leur mobilisation aura pour but de rappeler le caractère sacré de toute vie. En ce domaine, pas de résignation ni de capitulation … non, jamais … la cause est trop importante.

En ce dimanche, bon nombre de paroissiens se lèveront et se rendront à l’Île Bouchard pour confier à Notre-Dame de la prière notre pays et nos familles. Nous aimons la France ; nous aimons nos familles. Alors, là encore, pas question de désespérance ni de somnolence … non, jamais … les enjeux sont d’une trop grande importance.

Nous ne sombrerons pas dans l’amusement, nous ne resterons pas à nous assoupir douillettement dans des « pyjamas party ». Nous nous lèverons, comme Jonas, d’abord et avant tout parce que le Seigneur nous répète : « Lève-toi, va … proclame »

Père Gilles Morin, curé