Saint Louis ou le président Calles ?

 

Vous le savez : j’étais à Rome ces dernières semaines pour la tenue du chapitre général de notre Congrégation des Religieux de Saint Vincent-de-Paul. Cette rencontre fut soutenue et intense. Nos journées étant laborieuses voire épuisantes, il nous a été proposé un soir de regarder un beau film qui vient de sortir en France dans les salles de cinéma : « Cristeros ». Vraiment un très beau film à voir … et à voir au plus vite avant qu’il ne disparaisse des programmations des semaines à venir.

 

Ce film nous plonge dans le Mexique du début du XXème siècle. Dès 1913, un décret du gouvernement ordonne la fermeture des églises et l’arrestation des prêtres. On interdit de dire « adios » ou « Si Dieu le veut » (« si Dios quiere »), de sonner les cloches, d’apprendre à prier aux enfants ; on détruit les églises, expulse les congrégations religieuses. En 1924-1928, le Président Plutarco Elias Calles, qui a juré de détruire la foi chrétienne, mène une politique anticléricale et provoque un soulèvement formé essentiellement de paysans qui prennent les armes, ne voyant plus d’autre recours, pour défendre leurs libertés, y compris religieuses. Ces gens du peuple se battent en endossant l’uniforme du chapelet ou d’un grand crucifix autour du cou. Avec arrogance et moquerie, leurs ennemis les nomment « Les Cristeros ». Dans ce contexte historique fait de violence, plusieurs, prêtres et laïcs, furent assassinés en haine de leur foi. Certains furent canonisés par le pape Jean-Paul II ; d’autres furent béatifiés plus récemment par le pape Benoît XVI. Parmi eux, le jeune José Luis Sanchez del Rio qui tient une très belle place dans le film qui vient de sortir. Il n’avait que 14 ans. C’était le porte drapeau des Cristeros qui l’avaient surnommé « Tarcisius » en référence à ce jeune saint des premiers siècles qui donna sa vie pour protéger l’Eucharistie de la profanation et qui est le patron des servants de messe. Le jeune José Luis fut arrêté, emprisonné et atrocement torturé. Le 10 février 1928, les soldats l’obligèrent à se diriger vers le cimetière après lui avoir coupé la plante des pieds et on le contraint à marcher longuement pieds nus. Sur le chemin il lui fut dit que s’il disait « mort au christ roi » il aurait la vie sauve, José Luis répondit alors « Longue vie au Christ Roi ». Il fut alors exécuté dans le cimetière.

 

Ce mercredi 21 mai, l’Eglise fêtera justement, dans son calendrier liturgique, la mémoire des saints martyrs du Mexique. Puissent-t-ils attiser en nous le désir d’être guidés par le Christ, Roi de l’univers et notre roi, Lui qui est Le Chemin, La Vérité et La Vie.

 

En ce dimanche, notre paroisse est en pèlerinage. Elle va vers un roi… un roi de la terre qui a marqué l’histoire de notre pays : le roi Louis IX. Dans son testament adressé à son fils aîné, saint Louis lui fait entre autres ces pressantes recommandations :

« Cher fils, je t’enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir… je t’enseigne que tu sois toujours dévoué à l’Eglise de Rome et à notre Saint-Père le pape, et lui portes respect et honneur comme tu le dois à ton père spirituel… et je prie Notre Seigneur Dieu Jésus-Christ qu’ il te garde et te défende que tu ne fasses chose qui soit contre sa volonté, et qu’il te donne grâce de faire sa volonté afin qu’il soit servi et honoré par toi ».

 

Tout naturellement, à l’approche des élections de dimanche prochain, une question surgit : Quelle Europe voulons-nous ? Un continent façonné par l’Evangile et cheminant sous la houlette du Christ ? ou un monde dirigé par un gouvernement à la Plutarco Elias Calles qui, frontalement ou insidieusement, vise à exclure les valeurs et la foi chrétienne jusqu’à un individualisme effréné qui ne peut conduire qu’à des formes de totalitarisme.

 

Père Gilles Morin, curé

Ne vous arrêtez pas au « beaucoup » ; allez jusqu’au « tout »

 

Redisons-le : Nous sommes dans l’année de l’appel voulue par notre archevêque, le Cardinal André Vingt-Trois. Quel thème magnifique pour une année pastorale ! S’il ne faut certes pas le réduire à la seule dimension des vocations sacerdotales et religieuses, reconnaissons que cet aspect est pourtant central et qu’il est même celui auquel nous pensons le plus spontanément dès qu’il est question de l’appel du Seigneur.

 

Déjà il y a plus d’un siècle, le Père Jean-Léon Le Prevost, fondateur de notre Congrégation des Religieux de Saint Vincent-de-Paul, gémissait du fait de l’immense pauvreté de son temps. La plus grande disette à ses yeux était pourtant le manque d’âme totalement données, se laissant saisir et emporter … ce qu’il appelait des chrétiens « de l’absolu, du vrai et du pur amour« . Que dire aujourd’hui ? Les cœurs généreux ne font pas défaut. La voix de Jésus-Sauveur résonne au plus intime de bien des jeunes. Mais une chose est de se dévouer généreusement en ami du Christ, une autre est de se donner sans réserve jusqu’à s’immoler avec Celui qui s’est offert sur la Croix pour le salut du monde. C’est toute la différence entre le « beaucoup » et le « tout ». « Viens, suis-moi » appelle Jésus … Oui, mais jusqu’où ? Pourquoi tergiverser ? Pourquoi ne pas oser ? Pourquoi avancer sans s’élancer ?

 

« N’est-ce pas un grand attrait pour une âme généreuse et tendre, écrivait le Père Le Prevost, que de se donner sans mesure ? Et à qui se livrer ainsi, sinon à Celui qui est tout amour, toute bonté, toute perfection ? ». Alors, un peu d’audace … ou plus exactement, un peu de folie pour se laisser saisir et emporter par Celui qui est Tout Amour.

 

Chaque année, le Pape adresse un message à l’occasion de la journée mondiale de prière pour les vocations. C’est dire l’importance de cette cause. Nos derniers papes n’ont cessé de lancer des appels pressants pour inviter les jeunes à se laisser saisir par le Christ, à prêter l’oreille aux appels du Seigneur et à ouvrir leur cœur pour y répondre dans la joie. Notre Saint Père François, à son tour, se fait pressant : « Je m’adresse à présent à ceux qui sont bien disposés à se mettre à l’écoute de la voix du Christ qui retentit dans l’Église, pour comprendre quelle est leur vocation propre ». Alors, chers jeunes, vous qui êtes vraiment chrétiens, vous qui aimez Jésus et le priez, je vous le dis en toute simplicité et affection : « Ecoutez la voix du Christ et osez ; ne vous arrêtez pas au « beaucoup », allez jusqu’au « tout » ».

 

La cause des vocations est l’affaire de tous. C’est vraiment une priorité. Cette nuit, nous avons adoré le Seigneur qui ne cesse d’appeler. Continuons à supplier le Seigneur d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

L’une de nos paroissiennes ayant participé au pèlerinage en Terre Sainte que nous avons effectué à la Toussaint me faisait part de son étonnement. Ce jour-là, elle attendait patiemment de pouvoir accéder au tombeau de Jésus à Jérusalem. Elle était porteuse de mille intentions de prière qu’elle portait en son cœur. Enfin elle pu pénétrer et s’agenouiller. En cet instant de grâce, unique et tant attendu, il ne lui vint pourtant à l’esprit que cette supplication : « Seigneur, donnez-nous une vocation ». Toutes ces intentions personnelles étaient oubliées, il n’y avait vraiment que celle-là : une vocation. Elle s’en étonna et finalement s’en émerveilla. L’Esprit lui avait soufflé l’une des plus belles grâces que l’on puisse mendier auprès du Christ ressuscité.

 

Père Gilles Morin,

Curé