Oui à Jésus ; oui à l’accueil ; oui à la vie

 

Quelle bonne nouvelle que celle portée par l’ange aux bergers de Bethléem ! Bonne Nouvelle pour eux ! Bonne Nouvelle pour nous ! Bonne Nouvelle pour tous … ou presque tous ! En tous pays et continents, la joie de la Nativité du Sauveur a résonné dans les cœurs. Si les chrétiens connaissent des divisions qui font scandale, ils s’unissent pourtant et profondément sur cet événement central de l’histoire de l’humanité. « La lumière est venue dans le monde » ; ils le savent, et ils l’ont accueillie. « Un Enfant nous est né, qui est le Sauveur » ; ils le savent, mais ils n’oublient pas ceux qui s’en distancent, le rejettent et le réfutent. La vie est en Dieu, elle est don de Dieu. Sacrée , elle doit être respectée ; ils le savent, et ensemble se mobilisent. « Tous unis par la Vie qui est Jésus-Christ ; tous unis pour la vie » : telle pourrait être leur commune devise.

 

La VIE est attaquée, ridiculisée, raillée, agressée… pour le bien de qui ? Sans  La LUMIÈRE, c’est l’obscurité ; sans L’AMOUR, c’est la spirale de l’individualisme et de la haine. Sans L’Enfant, pas d’avenir … et pour le bien de qui ? Nous le savons, La Vie, la Lumière, l’Amour, l’Enfant, c’est Jésus-Christ. Aujourd’hui encore, on cherche à supprimer Jésus … mais pour le bien de qui ?

 

Les médias n’ont guère donné écho à ce fait scandaleux et attristant de l’intrusion d’une femme aux seins nus (une Femen) dans l’église de la Madeleine, peu avant Noël.  « Je portais, confirme-t-elle, un voile bleu orné d’une couronne de fleurs et tenais deux morceaux de foie de bœuf dans les mains, symbole du petit Jésus avorté. Étaient peints sur mon torse et dans mon dos les slogans « 344e salope » …/…, en référence au manifeste des 343 initié par des féministes pro-avortement en 1971, et « Christmas is canceled » (Noël est annulé). Après quelques pauses devant les photographes de l’AFP, j’ai laissé le saint fœtus sanguinolent choir au pied de l’autel et nous avons quitté l’Église ». Son objectif avoué était de protester contre l’Eglise qui s’oppose à l’avortement. Pauvre femme ; elle doit être bien blessée pour agir ainsi … et pour le bien de qui ? Prions pour elle. Qu’on le veuille ou non, il y a un lien étroit entre Jésus et la vie. Supprimez l’Enfant-Dieu ; alors l’humanité sera portée à massacrer ses propres enfants ; Tuez les enfants innocents et sans voix dans le sein de leur maman ; alors l’humanité sera conduite à se débarrasser de l’Enfant-Dieu ». C’est pourquoi, les différentes confessions chrétiennes peuvent affirmer : « Tous unis par la Vie qui est Jésus-Christ ; tous unis pour la vie ».

 

Nous nous souvenons du pape Jean-Paul II prônant « la culture de vie » face à « la culture de mort ». Notre pape François, quant à lui et dans la même lignée, s’oppose à « la culture du rejet » et encourage « la culture de l’accueil et de la rencontre ». C’est ce qu’il a répété dans son message à l’occasion de cette 100ème journée mondiale des migrants et des réfugiés. Comme tant de nos frères exilés, pourchassés, déracinés et trop souvent exploités, de nombreux enfants à naître ressentent la crainte et sont destinés à être expulsés mortellement du ventre de leur mère. L’Eglise n’a-t-elle pas mission d’être la voix qui s’élève, le refuge de ces petits innocents ? Comment peut-on le lui reprocher ?

 

Père Gilles Morin

Curé

Jacuzzi ?

 

Les pratiques d’hygiène corporelle ont beaucoup évolué ces dernières décennies, et c’est tant mieux. Au début du XXème siècle, des directives étaient données aux religieux de notre Congrégation pour qu’ils se lavent les pieds au moins … une fois par trimestre. Oui, vous avez bien lu : une fois par trimestre.

 

Pour ma part, je garde en mémoire des scènes mémorables de mon enfance. Nous n’avions à la maison ni douche ni baignoire. Nous nous lavions donc à l’évier de la cuisine. Une fois par semaine, c’était le supplice. Maman me forçait à faire la grande toilette : tête sous le robinet pour un shampoing, bassine remplie d’eau pour y tremper les pieds etc …  J’ai survécu à cette « torture »…  et, sauf exception, je prends maintenant ma douche quotidienne pour mon plus grand bien et le bien de tous.

 

Il y a un peu plus de deux mois, avec les pèlerins de Terre Sainte, j’étais chaleureusement accueilli dans un hôtel de Nazareth. Le propriétaire me fit gravir un petit escalier à l’écart pour me conduire à la chambre qui m’était destinée. Quelle stupeur une fois la porte ouverte ! : Grand lit, grand écran TV, climatisation, frigidaire … C’était là un étalage de luxe bien inapproprié pour un prêtre, à fortiori pour un religieux de Saint Vincent-de-Paul qui a fait vœu de pauvreté. Sur le côté se trouvait une porte vitrée. Elle donnait accès à la salle d’eau. Par-delà l’évier, les W.C. et la douche, trônait au milieu de cette pièce une grande baignoire ronde, véritable petite piscine pourvue d’un ensemble de trous qui étaient en tous sens. Pour moi , c’était du jamais vu. Peu après, me trouvant au réfectoire avec les autres pèlerins, je fis part de ma gêne face au luxe de ma chambre. À peine évoquée la description de ma salle d’eau, un mot jailli de la bouche de ceux qui étaient à ma table : « Mais c’est un jacuzzi ». « Jacuzzi » ? Pour moi, ce mot me renvoyait aux voyous et criminels japonais vus dans certains films. « Non, me précisa-t-on ; eux, ce sont les Yakuzas. Votre grande baignoire, c’est un jacuzzi. N’hésitez pas à en profiter. Il y a des jets d’eau qui vous massent et font du bien etc … ».   Au terme de notre journée bien chargée, de retour dans ma chambre, j’avais grand besoin d’une bonne toilette. Jacuzzi ?… pas jacuzzi ? La tentation était grande, moins par recherche de plaisir que par curiosité. J’y succombais. Je fis donc couler l’eau… mais c’était long, vraiment long. Et puis, malgré mes tentatives de repérages et de manipulation des robinets, il ne venait que de l’eau froide. Résigné et pas assez mortifié, j’optai finalement pour une bonne douche bien chaude.  En l’occurrence, c’était tellement plus simple, plus rapide et plus agréable.

 

Mais il est un « bain » que j’ai préféré, ô combien, au jacuzzi et à la douche : c’est celui de ma main dans le Jourdain en souvenir de mon baptême. Tous les pèlerins l’ont effectué en une procession rythmée par le chant de la litanie des saints. C’était saisissant et spirituellement revigorant.  Le baptême, voilà le bain par excellence, voilà qui nous lave totalement et nous vivifie pleinement.

 

Dans une société si soucieuse de l’hygiène corporelle, on en oublie celle de l’âme. Pour ce qui est du corps, on pinaille sur des détails ; quant à l’âme, on la pollue sans retenue. Certes, nous avons été baptisés  et cette grâce a en chacun de nous un caractère indélébile. Elle a pourtant besoin d’être ravivée et revivifiée. Le quotidien, en effet, trop souvent nous salit. Allons-nous nous contenter d’un nettoyage annuel de nos âmes ? On aspire à s’immerger dans un bon jacuzzi ; ressentons-nous l’appel à l’immersion de la grâce au plus intime de notre âme ? Dieu veut toujours déverser sur nous et en nous ses flots d’amour, pour nous laver, nous vivifier, nous sanctifier. Face à cette eau limpide, resterons-nous dans notre crasse ? Un bon bain, ça fait tellement du bien … pour nous et pour les autres.

 

Père Gilles Morin

Curé