Sonnez pour notre Dieu ; sonnons pour notre Roi

 

Marie, Gabriel, Anne-Geneviève, Denis, Marcel, Etienne, Benoît-Joseph, Maurice et Jean-Marie sont vraiment magnifiques. L’enchaînement de ces prénoms n’évoque peut-être rien pour vous. Les pèlerins de ce samedi qui reviennent de Notre-Dame de Paris savent que ce sont ceux des nouvelles cloches qui sont exposées actuellement dans la nef de la cathédrale. « Sonnez pour notre Dieu, sonnez ; Sonnez pour notre Roi, sonnez ! », chante le psaume 47. Et elles sonneront effectivement pour la première fois le dimanche des rameaux.  Elles rythmeront dès lors la vie des parisiens pour tenter de les faire vibrer au diapason du cœur de Dieu.

 

L’évangile de ce dimanche est riche d’enseignement. Il y a la présence de Celui qui est la Lumière du monde, mais il y a aussi sa voix. Simon-Pierre contemple Jésus mais aussi, il l’entend ; il se montre docile à sa Parole. C’est comme s’il était là à dire au rabbi de Nazareth : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ». Le Christ le conduit au large pour lui signifier ce qu’il attend de lui : « Désormais ce sont des hommes que tu prendras ». Simon-Pierre se retrouve dans l’attitude du prophète Isaïe : « J’entendis la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Moi, je serai ton messager : envoie-moi » ».

 

Aujourd’hui encore, le Christ est présent au milieu des hommes. Combien ouvrent leurs yeux et le reconnaissent ? Il parle ; qui donc l’écoute ? Il appelle et il envoie ; qui donc réponds ? Dans son homélie du 2 février, à l’occasion de la bénédiction des nouvelles cloches, le Cardinal Vingt-Trois disait aux enfants :

 

« Dans notre vie, il y a des signes pour rappeler cette lumière du Christ. Nos églises sont des signes. Votre paroisse est un signe. Cette cathédrale est un signe magnifique pour nous le rappeler. Mais comme vous le savez, quand on a des trous de mémoire, cela nous empêche de bien voir. C’est comme s’il y avait du brouillard, un rideau devant les yeux, et on ne voit plus les signes. On passe devant une église et on ne sait plus ce qu’elle signifie.

Alors il faut que la voix de Dieu se fasse entendre, non seulement par la vue des signes, mais par le son. Et ces cloches que nous venons de bénir et qui vont être placées dans les tours de la cathédrale auront pour mission de répandre ce bruit – pas seulement le fracas du métal – mais une harmonie, une musique, un appel, un message : quand la cloche sonne, c’est le message de Dieu qui atteint notre cœur, qui vient réveiller dans nos mémoires la présence de cette lumière pour conduire notre vie. Et pour les hommes et les femmes qui n’ont jamais connu cette lumière, qui l’ont oubliée ou perdue, c’est un chemin pour leur adresser une parole d’espérance. Oui, ils pourront se laisser guider par le son de ces cloches, parce que le son les conduira vers la lumière pour orienter leur vie vers le bonheur ».

 

Dimanche prochain, notre archevêque, le Cardinal André Vingt-Trois, viendra au milieu de nous, tel le Christ montant dans la barque de notre église Notre-Dame de Nazareth. Il nous invitera à cheminer durant le temps du Carême en ravivant en nous la grâce de notre baptême ; saurons-nous, l’écouter pour réajuster le tintement de nos cœurs à celui du Christ Sauveur. « Qui enverrai-je ? » nous dira-t-il à sa manière. Que répondrons-nous alors ? « Moi, je serai ton messager ; ma vie sonnera et sonnera encore les merveilles de  Dieu pour porter la Bonne Nouvelle à tous mes frères. Envoie-moi ».

 

Père Gilles Morin

curé

La charité : quel feu divin !

 

Incroyable ! Elle supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout. De plus, elle ne passera jamais. Qui donc peut-elle bien être ? Vous l’avez devinez : c’est la Charité. Pardonnez-moi, mais je préfère ce mot à celui d’amour, tant galvaudé de nos jours. « Caritas »« La Charité » : tel est le mot utilisé dans la traduction latine de la Bible … « Deus caritas est »


« La charité ! quel mot et quelle chose, écrivait le Père Jean-Léon Le Prevost, fondateur de notre Congrégation des Religieux de Saint Vincent-de-Paul. Que le bon Maître a fait un beau présent au monde quand il est venu apporter ce feu divin ; puissions-nous, selon ses desseins, l’allumer partout en son nom autour de nous ! ». La Charité est donc un feu ? Oui, bien sûr ! et c’est pourquoi − poursuit notre fondateur − « elle ne faillit pas et ne reste pas en chemin. Une fois allumée, il faut qu’elle s’étende, brille et porte au loin sa chaleur… La charité, comme la flamme, consume et purifie ; elle nous pénètre et nous vivifie ; par elle nous sommes transfigurés. C’est la charité qui nous pousse et nous presse. Nous sommes mus par elle ; par elle, si ardente, si puissante ; par elle, force, volonté, amour, amour infini, amour de Dieu ! »


Il faut en effet éprouver en son cœur comme un feu dévorant pour mettre ses pas dans les pas du Christ. Il faut vraiment se sentir poussé, pressé et embrasé, pour aller jusqu’à adopter son mode de vie : chaste, pauvre et obéissant.


Il faut vraiment que la Charité soit un feu pour qu’un homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme … non pas pour un jour mais pour toujours. Ce feu qui a son origine en Dieu, est appelé à ne jamais s’éteindre, à briller, à éclairer et à réchauffer notre monde.


En ce dimanche, ouvrez grands vos yeux. Qu’allez-vous voir ? Des religieux et religieuses qui vont renouveler devant vous leurs vœux. Ils savent ce qu’ils doivent à la Charité. C’est donc pour elles et pour eux une telle joie de se redonner sans compter.


En ce dimanche, vous verrez encore des hommes et des femmes, jubilaires de mariage, offrant à tous le beau témoignage d’un amour qui ne s’arrête pas en chemin. Ils savent eux aussi ce qu’ils doivent à la Charité. C’est elle qui les a poussés, pressés, vivifiés au point qu’en ce jour, ils sont comme transfigurés.


Samedi prochain, nous serons nombreux à nous rendre à la cathédrale Notre-Dame de Paris. En ce lieu chargé d’histoire, nous nous rappellerons notre propre histoire. Un jour, il y a plus ou moins longtemps, le feu de l’amour trinitaire de Dieu a été répandu dans nos cœurs ; c’était le jour de notre baptême. Nous serons donc tout à la joie de renouveler nos engagements, nos promesses baptismales. Nous nous redonnerons sans compter ; brulants de charité, nous serons comme transfigurés.


Père Gilles Morin
Curé