Caïn ou Raoul ?

 

« Tout le monde, nous dit l’apôtre Paul, n’a pas à faire des miracles, à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter ». Certes, mais tout baptisé confirmé a mission d’annoncer l’Évangile par toute sa vie. Dans son Décret sur l’apostolat des laïcs, le Concile Vatican II enseigne que « l’apostolat des laïcs ne peut jamais manquer à l’Église, car il est une conséquence de leur vocation chrétienne … Notre temps, poursuit le texte, n’exige pas un moindre zèle de la part des laïcs ; les circonstances actuelles réclament d’eux au contraire un apostolat toujours plus intense et plus étendu ».


En cette 60ème journée mondiale des lépreux, comment ne pas évoquer cette grande figure du laïcat que fut Raoul Follereau ? Sa parole était de feu ; son action fut gigantesque. « Le christianisme est universel, criait-il, son message est pour tous les peuples, sa civilisation est semblable au visage de Jésus … Le christianisme, c’est la révolution par la charité ». Bien sûr, nous en sommes tous convaincus ; mais encore nous faut-il en témoigner par des actes et en vérité. « Quand tu apprends, écrit encore celui qu’on a appelé « le vagabond de la charité », que si tous les affamés, les malheureux, les abandonnés pouvaient défiler tout autour du monde, leur cortège ferait vingt fois le tour de la terre, et que tu n’en es pas épouvanté, Caïn, c’est toi ». Raoul Follereau ne veut pas être Caïn ; il parle, il agit, il en appelle à la conscience des puissants de ce monde, particulièrement en faveur des lépreux. Nul ne parvient à le faire taire ; Au nom de la charité, il se dépense sans compter.


En pleine période des débuts de la guerre froide (1948), ce « simple laïc » a toutes les audaces. et publie un manifeste intitulé « Bombe atomique ou Charité » traduit en 15 langues et distribué à des centaines de milliers d’exemplaires.


« Bombe atomique ou Charité ? interroge-t-il. Chaîne de mort ou chaine d’amour ? Il faut choisir. Et tout de suite. Et pour toujours … La Charité, ce n’est pas de l’argent. C’est un acte d’amour, c’est un don de soi qui vous élève et paie votre effort ou votre renoncement en allégresse. La Charité, lumière de notre vie. La Charité, source de toute joie. La Charité, ordre de Dieu, reflet de son éternité … Tant qu’il y aura sur la terre un innocent qui aura faim, qui aura froid ou qui sera persécuté ; tant qu’il y aura sur la terre une famine évitable ou une prison arbitraire, le grand Message d’Amour du Christ ne sera pas accompli, le Christianisme ne pourra ralentir sa marche, et ni vous ni moi, nous n’aurons le droit de nous taire ni de nous reposer. Bombe atomique ou Charité ? La lutte est engagée. Mais notre victoire est certaine : La Charité sauvera le monde ».


À ma connaissance et selon la terminologie de Saint Paul, Raoul Follereau n’avait ni le don des miracles ni celui de guérison. Il avait, par contre, un cœur de baptisé qui débordait de charité … et en lui la Charité a fait des miracles … et par lui la Charité a opéré bien des guérisons. Si le fléau de la lèpre recule de nos jours, de nouvelles formes de lèpres ne cessent de surgir. Interrogeons-nous : Aujourd’hui encore, si tous les affamés, les malheureux, les abandonnés pouvaient défiler, leur cortège ferait-il moins de vingt fois le tour de la terre ? Alors, serons-nous Caïn ou vivrons-nous avec ardeur notre mission de laïcs chrétiens, ardents à évangéliser le monde par la Charité ?


Père Gilles Morin
Curé

Concile Vatican II : Extraits du décret sur l’œcuménisme

 

Promouvoir la restauration de l’unité entre tous les chrétiens est l’un des objectifs principaux du saint Concile œcuménique de Vatican II. Une seule et unique Église a été fondée par le Christ Seigneur. Et pourtant plusieurs communions chrétiennes se présentent aux hommes comme le véritable héritage de Jésus Christ. Tous certes confessent qu’ils sont les disciples du Seigneur, mais ils ont des opinions différentes. Ils suivent des chemins divers, comme si le Christ lui-même était divisé. Il est certain qu’une telle division s’oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l’Évangile à toute créature.


…/… Dans cette seule et unique Église de Dieu sont apparues dès l’origine certaines scissions, que l’apôtre réprouve avec vigueur comme condamnables ; au cours des siècles suivants naquirent des dissensions plus graves, et des communautés considérables furent séparées de la pleine communion de l’Église catholique, parfois par la faute des personnes de l’une ou de l’autre partie. Ceux qui naissent aujourd’hui dans de telles communautés et qui vivent de la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et l’Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité. En effet, ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le baptême, se trouvent dans une certaine communion, bien qu’imparfaite, avec l’Église catholique. Assurément, des divergences variées entre eux et l’Église catholique sur des questions doctrinales, parfois disciplinaires, ou sur la structure de l’Église, constituent nombre d’obstacles, parfois fort graves, à la pleine communion ecclésiale. Le mouvement œcuménique tend à les surmonter. Néanmoins, justifiés par la foi reçue au baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l’Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur.


…/…Bien que l’Église catholique ait été dotée de la vérité révélée par Dieu ainsi que de tous les moyens de grâce, néanmoins ses membres n’en vivent pas avec toute la ferveur qui conviendrait. Il en résulte que le visage de l’Église resplendit moins aux yeux de nos frères séparés ainsi que du monde entier, et la croissance du Royaume de Dieu en est entravée. C’est pourquoi tous les catholiques doivent tendre à la perfection chrétienne ; ils doivent, chacun dans sa sphère, s’efforcer de faire en sorte que l’Église, portant dans son corps l’humilité et la mortification de Jésus, soit purifiée et renouvelée de jour en jour, jusqu’à ce que le Christ se la présente à lui-même, glorieuse, sans tache ni ride (Ep 5,27).


…/… Que les fidèles se souviennent tous qu’ils favoriseront l’union des chrétiens,− bien plus, qu’ils la réaliseront−, dans la mesure où ils s’appliqueront à vivre plus purement selon l’Évangile. Plus étroite, en effet, sera leur communion avec le Père, le Verbe et l’Esprit Saint, plus ils pourront rendre intime et facile la fraternité mutuelle.