Que dirait-il aujourd’hui ?

 

Oui, que dirait aujourd’hui le Père Jean-Léon Le Prevost, lui qui en 1869 écrivait à l’un de nos premiers frères : « Les temps sont mauvais …/… La famille, ce premier et si admirable moyen de la Providence pour façonner les âmes, est presque détruite, chrétiennement parlant … le Gouvernement, qui tend, per fas et nefas, à s’emparer des âmes, les égare et les pervertit, et l’Eglise suffit à peine, dans ses moyens ordinaires, aux besoins des fidèles qui savent encore le chemin de la paroisse. Ce qui reste en dehors d’elle est immense … Les besoins à satisfaire étant immenses, nous les avons pris hardiment dans toute leur étendue ; nous avons embrassé tous les âges, depuis l’enfant jusqu’au vieillard ; nous suivons le pauvre et l’ouvrier dans son éducation, dans son travail, dans ses nécessités spirituelles et temporelles et jusqu’en ses délassements ; nous nous sommes faits pauvres pour eux, nous avons partagé notre demeure avec eux et nous vivons comme eux ».

 

Vous avez en ce passage de notre fondateur la quintessence de notre mission de Religieux de saint Vincent-de-Paul. Cette flamme qui embrasait le cœur du Père Le Prevost, nous voulons la porter de générations en générations, tout spécialement aux pauvres, aux jeunes, et aux familles … oui, aux familles à qui je tiens à redire en ce dimanche la place privilégiée qu’elles tiennent dans notre apostolat. « La famille, écrivait encore Jean-Léon Le Prevost, est bien l’œuvre divine par excellence ». Or, nous le savons, cette institution, cellule de base de la société, est aujourd’hui malmenée, déstabilisée, et tellement agressée. Dieu en Jésus-Christ est venu à nous dans une famille. En s’en prenant à la famille, ne nous y trompons pas, on s’en prend à Dieu. En s’en prenant à Dieu, on s’en prend toujours, au bout du compte, à l’homme. Comment alors espérer un monde plus juste et plus fraternel, une terre pour l’homme où sont respectés les droits fondamentaux de tout homme ?

 

Notre Pape Benoît XVI, dans son homélie de la nuit de Noël, vient de rappeler que « la paix sur la terre entre les hommes est en relation avec la gloire de Dieu au plus haut des cieux. Là où on ne rend pas gloire à Dieu, là où Dieu est oublié ou même renié, il n’y pas non plus de paix. » Or n’est-ce pas oublier Dieu voire le renier que de chercher à défigurer la famille ? Comment alors espérer la paix pour le plus grand bien de l’homme ?

 

Les temps sont mauvais aujourd’hui, sans nul doute, mais ce sont les temps que Jésus nous donne pour porter Sa lumière et Sa vérité sur Dieu et sur l’homme, et donc sur la famille. Comme j’ai déjà eu à le dire, l’enjeu de la famille est fondamental pour notre société. Nous avons prié, nous avons jeûné, nous avons marché. Et nous continuerons de le faire. Mais il est aussi une prédication incontournable et particulièrement éloquente : c’est le témoignage de familles heureuses, véritablement trinités d’amour, profondément unies et débordantes de joie. Nous en avons tant besoin.

« Famille, que dis-tu de toi-même ? », lançait en son temps le bienheureux Jean-Paul II. Et ce grand pape d’apporter lui-même cette réponse : « Je suis parce que Celui qui dit de lui-même « JE  SUIS  CELUI  QUI  SUIS », Celui-ci m’a donné le droit et la force d’être. Famille je suis. Je suis le lieu de l’amour, je suis le lieu de la vie, je suis. Que dis-tu de toi-même ? Je suis la joie et l’espérance ».

 

Père Gilles Morin
Curé

Noël pour tous

 

Immaculée et  si intimement unie à son Seigneur, la Vierge aimait à garder les événements dans son cœur. L’ange Gabriel vint lui annoncer qu’elle serait la mère du Sauveur. Marie aurait pu savourer longuement cette nouvelle dans le silence d’une profonde intériorité. En son petit village de Nazareth, toute à l’attente de la Nativité, elle aurait pu se livrer à la seule contemplation. La voilà pourtant qui se met en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle se rend en hâte chez sa cousine Elisabeth. La nouvelle est trop bonne pour rester cachée ; elle doit être partagée. La Vierge accourt ; celle qu’on appelait la femme stérile laisse alors éclater sa joie : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » L’enfant qu’elle porte en elle tressaille d’allégresse. Marie, quant à elle, entonne son cantique d’action de grâce ; elle chante son Magnificat.

 

Comment avons-nous ce bonheur que la mère de notre Seigneur vienne jusqu’à nous ? Elle vient en effet nous clamer l’annonce de la Nativité et nous porter le Sauveur. Allons-nous, comme elle, courir vers nos frères ? Avec les anges, saurons-nous dans la nuit de Noël, chanter la venue de Notre Seigneur en osant affirmer : « Je vous annonce une grande joie ; aujourd’hui vous est né un Sauveur » ?

 

En ces temps où l’on réclame à outrance le droit à l’information et où l’on exige les mêmes pseudo-droits pour tous, comment ne pas revendiquer le droit à un Noël pour tous ?
Nul ne devrait ignorer que Noël est l’événement historique inouï de la naissance de notre Sauveur Jésus-Christ.
Nul ne devrait en cette nuit très sainte, en ce jour béni, se trouver dans l’abandon et la solitude en proie à la désespérance.
Nul ne devrait être à ce point démuni qu’il ne puisse s’offrir ou se voir offrir ne serait-ce qu’une petite gâterie.

 

« La table d’Hubert », vous connaissez ? C’est un restaurant de notre quartier. Ce lundi 24 décembre il sera fermé à la clientèle … il sera ouvert uniquement pour les pauvres L’homme qui le dirige a été jadis membre des Conférences Saint Vincent-de-Paul. Il a décidé, à l’occasion de ce Noël 2012, d’inviter une douzaine de personnes nécessiteuses ou frappées par la solitude. Il s’apprête à leur offrir un bon repas, égayé par une animation musicale. Par ce geste, il manifeste son désir d’un Noël pour tous.

 

Puissions-nous avoir la même attention et la même largesse de cœur. Ouvrons les yeux ; ne laissons personne vivre Noël dans l’abandon et l’isolement. Jésus est le sauveur de tous. La nouvelle est trop bonne. Noël doit être pour tous. Donc à vous tous et par avance, JOYEUX  NOËL !

 

Père Gilles Morin
Curé