« Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen ! »

 

J’étais récemment, un soir, invité chez une famille de la paroisse. Que j’aime me retrouver au moment de la prière et voir parents et enfants clore la journée, à genoux, pour se confier à Dieu. C’est toujours un rituel avec croix, statues, icônes, bougies allumées… C’est ce moment privilégié où tous, véritable Trinité d’Amour, proclament d’un seul cœur les merveilles de l’Amour.

 

Ce soir-là, je fus particulièrement impressionné. Avec le papa, la maman, la petite de 3 ans et demi, les deux garçons âgés de 5 ans et 6 ans et demi, me voici à genoux. Et le papa de commencer : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen ! ». Et d’enchainer : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant … ». Je m’unis donc à cette récitation du Credo, et à  ma grande admiration, je constate que la famille, dans son entier, le proclame d’une seule voix … je dis bien d’une seule voix, y compris celle de la petite dernière. Vous vous rendez compte : une petite de 3 ans et demi qui connaît son credo et qui est capable d’aller jusqu’au bout pour affirmer : « Je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle ». Quelle merveille ! Elle porte un jolie prénom cette fillette : « Victoire ». C’est toute une mission. Dès à présent, elle proclame donc le triomphe de la résurrection et de la vie.

 

Mercredi dernier, plusieurs enfants du patronage et du catéchisme se sont empressés de m’informer qu’à l’école, ils avaient pris une minute de silence suite au drame qui a eu lieu à Toulouse. Qu’ont-ils fait durant ces secondes qui se sont écoulées lentement ? Ils ont prié … je n’en doute pas ! Alors, pourquoi ne pas leur avoir dit tout simplement : « Recueillons-nous et prions pour les victimes du drame de Toulouse ». Une minute, il faut la remplir, ne croyez-vous pas ? … la remplir de compassion, certes … mais aussi en faire un temps de prière d’intercession, et surtout la charger d’espérance. Ce soir-là, je n’en doute pas, comme tous les autres soirs, la petite Victoire, chez elle, pensant particulièrement à ces enfants massacrés, a redis : « Je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle ». Cette prière devait être tellement puissante sur le cœur de Dieu.

 

En ce dimanche, nous entendons la voix du Christ, impressionnante, qui s’élève : « Lazare, viens dehors ». Jésus dressé face au tombeau qui le défie, fait triompher la vie. Et le voilà qui nous affirme : « Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais ». Le croyons-nous vraiment ? « Si le Christ est en vous, nous dit l’apôtre Paul, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l’Esprit est votre vie … celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 6,9). Encore une fois, le croyons-nous vraiment ?

 

La petite Victoire, à genoux chaque soir, en tout cas le proclame. Elle ne comprend sans doute pas la porté de chaque article de foi, mais à moi, … oui à moi, on ne fera pas croire que cette fillette ne comprend rien à rien, ni qu’elle ne perçoit aucunement que par-delà la mort, il y a la vie. À moi, on ne fera pas croire qu’elle ne sait pas que Jésus est son ami, qu’un jour il nous faudra mourir, mais que si vraiment nous croyons en lui, il nous ouvrira les portes du paradis.

 

Quant à nous, nous croyons que Jésus est notre ami, qu’il est la source et le Maître de la Vie. C’est bien de cette amitié dont nous voulons nous pénétrer de plus en plus et que nous voulons rayonner, spécialement au cours de nos Journées d’Amitié.

 

Père Gilles Morin

Curé

Voir et croire : quelle lumière !

 

L’homme de l’Evangile de ce jour était aveugle de naissance. Ses yeux ne voyaient pas les merveilles du monde dans lequel il vivait ; son esprit ignorait la merveille plus grande encore du Dieu fait homme en Jésus-Christ. Sa cécité était donc double et le miracle opéré n’en est que plus grand. On l’imagine, après s’être lavé à la piscine de Siloé, sautiller et bondir en s’écriant : « Je vois ; je vois ! ». On pense moins spontanément à la joie qui fut sienne au terme de cet échange avec son Bienfaiteur :

–       « Crois-tu au Fils de l’homme ?

–       Et qui est-il, Seigneur, pour je croie en lui ?

–       Tu le vois, et c’est lui qui te parle.

–       Je crois, Seigneur. »

Pouvoir dire en toute vérité « Je crois », quelle lumière pour l’intelligence ! Quel baume pour le cœur ! Quelle joie irrépressible qui donne sens à la vie ! Cet aveugle-né qui s’écriait « Je vois ; je vois ! » laisse donc désormais résonner en lui son « Je crois ; je crois ! ».

 

Nous, nous avons des yeux et nous disons que nous voyons. Mais que voyons-nous ? Qui voyons-nous ? Sommes-nous là à proclamer : « Je crois ! Quelle lumière pour moi ! ».

 

Il est une sainte qui n’était pas aveugle de naissance mais qui, peu à peu, a perdu la vue. Elle est d’un pays ami, que la France aime tant : le Liban. Son nom : Pierrette Rafqa. Canonisée par le pape Jean-Paul II en juin 2001, l’Eglise maronite reconnaît en elle  la “ patronne des souffrants ”. Cette religieuse (1843-1914) fut effectivement profondément unie au Christ en sa Passion. Douleurs atroces à la tête et aux yeux, saignements de nez, os disloqués etc … elle n’en perdait pas pour autant sa ferveur et son sourire, allant jusqu’à remercier Dieu pour ses souffrances. Lors d’une opération sans anesthésie, le médecin lui arracha accidentellement l’œil droit. Rafqa, loin de se plaindre, se contenta de lui dire : « Pour la Passion du Christ. Que Dieu garde tes mains et te donne récompense ». Par la suite, elle devait même ramper jusqu’à l’église pour participer à la messe et recevoir Jésus-Hostie. On raconte que trois jours après sa mort, son tombeau s’illumina de lumières miraculeuses. La sainte de la souffrance, la sainte qui était aveugle, devenait ainsi source de lumière.

 

Nombreux sommes-nous à souffrir dans notre corps, à divers degrés, pas à la même intensité … à commencer par les membres de notre communauté paroissiale qui, en ce dimanche, vont recevoir le sacrement des malades. Savons-nous tout offrir et nous unir à la Passion du Christ ? Sommes-nous prêts à nous dépasser s’il le faut pour venir jusqu’à l’église pour recevoir l’Eucharistie. Là, nos yeux verront une rondelle de pain. Le prêtre nous dira « Le corps du Christ ». Nous ne serons pas aveugles. Nous répondrons bel et bien : « Amen ! », c’est-à-dire, « Je crois ; oui, c’est bien ça » … autrement dit « Je vois !  Avec le regard de la foi, je l’affirme, c’est bien le corps du Christ ». Alors, quelle lumière en notre cœur !

 

Père Gilles Morin

Curé