Rien que de très normal, n’est-ce pas ?

 

Ne cherchez ni baccalauréat, ni licence, ni maîtrise et encore moins de doctorat dans le cursus des études de votre curé. Il est sans doute le ou l’un des curés les moins diplômés de France : le BEPC (Brevet des collèges) et le CAP de banque … c’est tout ; rien de plus. C’est qu’à l’âge de 16 ans, il m’a fallut entrer dans le monde du travail pour aider à la subsistance de ma famille. Nous étions 7 frères et sœurs ; nous étions pauvres. Il fallait bien avoir un toit, pouvoir dresser une table et rassasier les ventres affamés. Le salaire de mon papa n’y suffisait pas. Je n’étais plus un enfant ; j’avais grandi tant bien que mal, disposant du minimum pour le vêtement et la nourriture. Mes deux grandes sœurs m’avaient précédé, arrêtant prématurément leurs études pour travailler et nous permettre ainsi de vivre. Elles étaient fières lorsqu’en fin de mois, elles rapportaient, triomphantes et souriantes, les quelques billets de banque qui s’ajoutaient à ceux du chef de famille. Il me paraissait si normal, à mon tour, de suivre leur exemple. Et c’était pour moi une vraie joie. Mon salaire mensuel s’élevait alors à environ 600F ; 550F pour ma famille et 50F pour moi. Sans cet apport, il n’y aurait pas eu de toit, il n’y aurait pas eu de table, il n’y aurait pas eu de pain.

 

Vous comprendrez aisément la résonnance douloureuse que provoque en moi la vue de grands jeunes gens en âge de travailler et restant pourtant dans l’oisiveté ; ou encore de ceux qui, gagnant un bon salaire, se le réserve intégralement, rentrant tranquillement à la maison pour mettre les pieds sous la table et déguster les plats patiemment, courageusement et tendrement apprêtés par leur maman. Enfants, ils recevaient tout ; jeunes adultes, ils demeurent immatures, simples consommateurs à qui tout est dû, insouciants et irresponsables à l’égard de leur propre famille.

 

C’est aujourd’hui dans notre diocèse le second appel pour le Denier de l’Eglise.

L’Eglise ! c’est notre maison, notre famille. C’est elle qui nous a enfantés par la grâce du baptême ; c’est elle encore qui ne cesse de dresser la table, qui l’apprête, nous invite au festin des noces éternelles et nous nourrit du pain eucharistique. Elle fait tant pour nous ; que faisons nous pour elle ? De par la grâce de notre Confirmation, nous devons prendre une part active à sa vie, lui porter notre soutien, subvenir à ses besoins. Rien que de très normal, n’est-ce pas ?

 

Les statistiques à l’échelon de notre diocèse dégagent un double constat :

  • La générosité des donateurs au Denier de l’Eglise est grande, même en période de crise économique. Voilà qui se vérifie au niveau de notre paroisse et qui suscite notre émerveillement. Belle occasion de vous redire ici un immense MERCI.
  • Le nombre de donateurs est en baisse. Nous ne le ressentons guère, pourtant, à N.D. de Nazareth où nous parvenons à garder une certaine stabilité. Nous pourrions faire mieux, sans nul doute. Pour cela, juste une question que chacun doit se poser : Je suis chrétien, baptisé et confirmé ; quel que soit mon âge et ma situation, ai-je pensé à ma contribution au Denier de l’Eglise ? Rien que de très normal, n’est-ce pas ?

 

Père Gilles Morin

Curé

De beaux raisins : ils sont à toi, ils sont pour toi

 

Le maître avait planté une vigne. Il l’avait choyée, mise à part. Qu’elle était belle, comme nulle autre ! Il y était chez lui, toujours. Tout y était pour lui, toujours. « Viens ! disait la vigne à son maître. Viens ! tu es chez toi, je porte de beaux raisins pour toi ». Quand l’heure fut venue, le maître envoya son serviteur Gabriel, et la vigne répondit joyeusement « Fiat ». Oui, quand les temps furent accomplis, le Maître envoya son Fils Jésus en cette vigne vierge qui n’était autre que Marie. Celle-ci se saisit de l’Enfant non pour le malmener, moins encore pour le tuer, mais pour le porter en son sein, pour le blottir contre son cœur, pour lui prodiguer ses trésors de tendresse et d’amour, pour lui offrir tout ce qu’elle avait, tout ce qu’elle était, son corps et son âme, ses biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de ses bonnes actions passées, présentes et futures. « Donnes, lui dit Jésus, donnes encore et toujours, tes grappes sont pour le Maître, elles sont pour tous ». Et Marie courut ! Elle partit en hâte chez sa cousine Elisabeth ; elle se rendit à Bethléem pour offrir au monde le « fruit béni de ses entrailles ». Ce fut l’aurore de notre salut.

 

Le maître avait planté une vigne. Elle était belle … petite mais belle ; belle parce que petite. Elle exultait, chantait et dansait, tant elle s’émerveillait d’être choyée par Celui qui l’aimait. Sa joie : faire plaisir à son maître. « Il demande tout, tout, tout, disait-elle ; Eh bien ! tout sera pour Lui, tout ». Cette vigne si attirante et si rafraîchissante, c’était la petite Thérèse de l’Enfant-Jésus. Oh oui ! Jésus se sentait si bien en son cœur ! Il y trouvait toujours de si belles grappes, de beaux raisins … les raisins de l’amour. Dans la cellule de son carmel de Lisieux, n’avait-elle pas gravé ces mots : « Jésus, mon unique amour » ? Pour elle, il n’y avait qu’une seule chose à faire, c’était d’aimer Dieu, « d’aimer Jésus de toute la force de son cœur et de lui sauver des âmes pour qu’il soit aimé «  …  « O faire aimer JÉSUS ! », s’écriait-elle. Et pour le faire aimer, elle était prête à toutes les folies, à tous les sacrifices. Par Lui, avec Lui et en Lui, son âme brûlante de désirs infinis s’envolait jusqu’aux extrémités de la terre. C’était vraiment une vigne magnifique que la petite Thérèse qui, aujourd’hui encore, passe son ciel à faire du bien sur notre terre.

 

Le maître a planté une vigne, celle de notre cœur. N’a-t-il pas pris grand soin de nous ? Pouvait-il faire pour nous plus qu’il n’a fait ? Il attend donc de beaux raisins mais que trouve-t-il, que reçoit-il ? Lorsqu’il vient jusqu’à nous par la voix de l’Eglise, comment est-il accueilli ? … toujours par notre fiat ? Lorsque Jésus descend en notre cœur en chaque eucharistie, sommes-nous dans la joie de tout lui offrir « pour la gloire de Dieu et le salut du monde«  ? Il demande tout ; alors ne lésinons pas : donnons-lui tout. En ce mois d’octobre qui est à la fois le mois du rosaire et le mois missionnaire, il nous faut vivre la joie du don qui n’est autre que celle de l’amour. Finalement, c’est si simple, il n’y a qu’une seule chose à faire : Aimer Dieu et le faire aimer. La Vierge Marie l’avait compris ; la petite Thérèse aussi ; et nous ? … oui, et nous, l’avons-nous vraiment compris ?

 

Père Gilles Morin

Curé