Mieux que  » Plumieux « 

Cet été, ce jour-là, il faisait chaud dans ma belle région de Bretagne. Eh oui ! cela arrive parfois, même au mois d’août. J’étais en voiture, sans GPS, pour me rendre à l’abbaye N.D. de Timadeuc. J’étais tout près du but, je le savais, mais j’étais perdu. Arrivé dans le petit village de Plumieux, je dus donc m’arrêter sur la place de l’église pour demander ma route. L’homme auquel je m’adressai ignorait jusqu’au nom de cette célèbre abbaye. Il n’était installé à Plumieux que depuis peu. Faute de pouvoir me renseigner, il m’invita à le suivre jusqu’au bar. J’entrai donc à sa suite dans ce bar où une petite dizaine de personnes étaient déjà accoudées au comptoir.

–          « Bonjour !

–          Bonjour ! »

À ma grande surprise, chacun s’avança spontanément vers moi pour me tendre une main chaleureuse que je m’empressai d’étreindre. Le tenancier du bar connaissait bien l’abbaye de Timadeuc et m’indiqua sans hésitation le chemin. On m’offrit mon café et l’on commença à parler. Peu après entrèrent trois adolescents d’une quinzaine d’année. Les deux garçons serrèrent la main à tous … donc à moi. La fille fit la bise à tous … donc à moi. J’étais impressionné par la qualité et la spontanéité de cet accueil. En ressortant, j’en fis part à cet homme qui m’avait fait entrer dans ce lieu et le remerciai chaleureusement.

«- C’est cette atmosphère très sympathique qui m’a fait m’installer dans ce village », me confia-t-il.

Je repris la voiture et, munis des renseignements qui m’avaient été fournis, j’arrivai sans peine à cette belle abbaye de N.D. de Timadeuc. Là, en présence du Seigneur, je me fis un devoir et une douce joie de prier pour ces bretons qui m’avaient si gentiment traité comme un ami et comme un frère. J’étais pour eux un étranger et ils m’avaient accueilli ; j’avais soif et ils m’avaient donné à boire ; j’étais perdu et ils m’avaient guidé. Peut-être ne le savaient-ils pas, mais ce qu’ils avaient faits pour moi, c’est au Christ qu’ils l’avaient fait …

 

Ce souvenir de vacances me revient à l’esprit en ce dimanche de notre fête de rentrée. En guise d’accueil, peut-on faire mieux que Plumieux ? À nous de relever ce défi. À nous de dire en toute vérité :

« Bonjour à vous les nouveaux arrivants » mais peut-être aussi « bonjour à vous qui venez depuis des mois voire des années à N.D. de Nazareth et que je ne connais pas, et qu’habituellement je ne salue pas. Venez, entrez, je suis là pour vous accueillir. Dans la maison de mon cœur, vous êtes chez vous … tous … sans exception, sans exclusion, à commencer par les plus égarés, les plus  petits, les plus souffrants et les plus pauvres. Venez, entrez, je vous tends la main, je vous embrasse affectueusement, je vous donne à boire l’eau vive de l’amour que le Seigneur a déversée dans mon cœur. Elle n’est pas seulement pour moi, elle est pour vous. Vous cherchez votre route ? Eh bien  je vous indiquerai le chemin qui n’est autre que  » Jésus ». Plus encore, je vous accompagnerai pour qu’ensemble nous parvenions à l’abbaye céleste qui n’est autre que le Paradis ».

Bonne fête de rentrée à tous ! Puissions-nous nous accueillir les uns les autres comme le Christ nous accueille en chaque Eucharistie. Alors, sans nul doute, notre paroisse sera mieux que plumieux et la splendeur de l’abbaye de Timadeuc fera pâle figure lorsque nous parviendrons au Paradis.

 

Père Gilles Morin

Curé

Il y a 10 ans, jour pour jour

Nous nous en souvenons ; les images restent gravées dans notre mémoire ; elles ont défilé en boucle sur nos écrans de télévision ; elles ont fait la Une des journaux. Nous étions sous le choc. C’était il y a 10 ans, jour pour jour ; deux avions tombés aux mains de terroristes allaient s’écraser sur les Twin Towers du World Trade Center, en plein quartier de Manhattan, à New-York. Ces tours s’embrasaient ; l’inimaginable se produisait ; L’apparente toute puissance américaine vacillait.

 

Je ne pus m’empêcher alors de repenser au songe de Nabuchodonosor qui nous est relaté dans le chapitre 2 du livre de Daniel. Ce roi avait eu la vision d’une grande statue, extrêmement brillante dont la tête était d’or fin, la poitrine et les bras d’argent, le ventre et les cuisses de bronze, les jambes de fer et les pieds partie fer et partie argile. « Soudain, raconta-t-il au prophète, une pierre se détacha, sans que main l’eût touchée, et vint frapper la statue, ses pieds de fer et d’argile et les brisa ». Le roi vit alors l’ensemble de cette grande statue s’effondrer.

 

Par-delà le clinquant et les apparences si séduisantes soient-elles de nos sociétés, quel est le fondement de notre vie, le roc sur lequel est bâti notre édifice ? Sur quoi reposent nos civilisations ? ou plus exactement sur qui ? Les discours médiatiques nous ressassent les fluctuations du CAC 40 et les défis de la mondialisation. « Vanité des vanités, nous dit l’ecclésiaste, tout est vanité ».

 

On comprend dès lors l’importance et l’opportunité de ces mots adressés par notre pape Benoît XVI lors des récentes J.M.J de Madrid : « Vous avez raison, disait-il aux jeunes, de vouloir enraciner votre foi en Lui, de vouloir fonder votre vie dans le Christ …/… En construisant sur le roc inébranlable, non seulement votre vie sera solide et stable, mais elle contribuera aussi à projeter la lumière du Christ sur les jeunes de votre âge et sur toute l’humanité, en présentant une alternative valable à tous ceux qui sont tombés dans leur vie, parce que les fondements de leur existence étaient inconsistants ».

 

Cette semaine, nous reprenons les catéchismes. Les statistiques montrent l’ampleur de la déchristianisation qui frappe notre pays, fille aînée de l’Eglise. Le nombre d’enfants catéchisés à Paris dans le primaire est de l’ordre de 25%. Seuls 11,5% d’entre eux fréquentent l’école publique. Nous devons nous mobiliser, redoubler d’ardeur missionnaire. C’est une exigence. Nous ne pouvons garder le Christ pour nous. Il nous faut le faire connaître pour le faire aimer. C’est ainsi que les générations à venir pourront bâtir leur vie sur le roc ; c’est ainsi aussi qu’elles s’efforceront d’édifier notre monde sur un fondement autrement plus consistant que les fluctuations boursières et les performances de l’économie : sur Dieu qui est Amour, Plénitude, Lumière, Vérité et Vie, … pas seulement hier et aujourd’hui, mais pour les siècles des siècles. Amen !

 

Père Gilles Morin

Curé