De beaux jours devant vous

« La majorité des français ne veut plus entendre parler de ce cadavre et se tient le mouchoir devant le nez quand il s’agit de l’Eglise », affirmait Henri Heine il y a près de 150 ans. Voilà un bien mauvais prophète : l’Eglise est toujours là ; sa voix résonne aujourd’hui encore et les français, croyants ou non, attendent d’elle une parole de vérité, un message d’espérance. Le succès cinématographique du film « Des hommes et des dieux » (à voir) ne fait que le confirmer. Pour ma part, et comme tout chrétien je l’espère, je crois aux promesses du Christ. Ne nous a-t-il pas certifié que les puissances de la mort ne prévaudront pas contre l’Eglise ?

 

« La famille composée d’un père et d’une mère est un idéal qui est mort ». Cette assertion entendue sur France Inter il y a quelques temps n’engage, bien sûr, que celui qui l’a lancée péremptoirement et insidieusement. Voilà encore un bien mauvais prophète. Notre archevêque, le Cardinal Vingt-Trois, voix autorisée de l’Eglise, clame haut et fort qu’au contraire, « l’idée chrétienne de la famille n’est pas un « modèle ringard » » et que « nous pouvons affirmer paisiblement qu’elle a de beaux jours devant elle ». Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle est inscrite par Dieu dans le cœur de l’homme. Toujours et partout, il restera vrai qu’elle est la cellule de base de la société et la première école de l’amour. Devant la déliquescence de l’institution familiale, la majorité des français ne se tient pas le mouchoir devant le nez ; elle le porte plutôt à ses yeux pour tenter de sécher des larmes et d’apaiser des drames. Qui n’a conscience qu’une famille unie et heureuse est un petit paradis sur notre terre ?  J’en ai la certitude, comme tout chrétien, je l’espère : les nouvelles formes d’union en tout genre passeront ; la famille ne passera pas. « Elle a de beaux jours devant elle ».

 

Pour autant, la famille est malmenée, la jeunesse est agressée. « Que nous faut-il donc faire ? » lance notre archevêque. Et il martèle : « Avant toute chose, je voudrais à nouveau insister sur le fait qu’il y a quelque chose à faire ». D’abord travailler à ce que nos propres familles soient rayonnantes de paix et d’amour. Nous doter également de la force de la prière sans oublier de nous mobiliser pour l’action. En ce dimanche où nous admirons la belle figure de Saint Vincent-de-Paul, je l’entends comme nous dire : « Quoi, être chrétien et voir les familles éclater et s’entredéchirer sans se précipiter pour tenter de réconcilier ? Voir les berceaux se changer en cimetière et les enfants livrés à l’arbitraire sans protester ? Voir encore tant de jeunes mal aimés, abîmés, exploités et tyrannisés par les idéologies et les intérêts affairistes de notre temps sans s’interposer ? Voir une telle déliquescence et tant de souffrance sans pleurer et vibrer, sans agir et secourir, … c’est être chrétien en peinture, c’est n’avoir pas d’humanité, c’est être pire que les bêtes ».

 

Ici, à N.D. de Nazareth, nous aimons la famille, nous aimons la jeunesse. Elle est notre espérance. C’est une dimension forte du charisme de notre congrégation religieuse. Nous savons qu’elle vous est chère. Ensemble, nous vibrerons donc à ce beau thème de notre année pastorale. Nous avons de beaux jours devant nous.

 

Père Gilles Morin

Curé

Eglise, j’ai confiance en toi

Il m’était bien sympathique ce collègue de travail que j’ai côtoyé à la banque, cinq années durant, avant mon entrée au séminaire. Nettement plus âgé, plus expérimenté et plus compétent que moi, il brillait dans la gestion financière. C’était un homme affable et rayonnant. Tout simplement parce qu’il était amoureux, … amoureux de sa femme depuis de longues années … cette épouse dont il se méfiait pourtant comme de la peste dès qu’il s’agissait de question d’argent. C’est qu’elle était tellement dépensière et irréfléchie en ce domaine. Ce n’était aucunement tromperie ou provocation à l’égard de son mari. Non ; c’était plus fort qu’elle ; c’était irrépressible. On aurait presque pu en rire. Ce domaine était donc loin d’être emprunt de confiance.

 

Il m’est fort sympathique ce Cardinal anglais, converti de l’anglicanisme au catholicisme, que notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI, béatifie en ce dimanche au Royaume-Uni. Plus avancé, plus docte et surtout plus saint que moi, c’était lui aussi un homme affable et rayonnant … rayonnant d’une lumière intérieure … rayonnant parce qu’amoureux … amoureux de son épouse qui avait pour nom « L’Eglise catholique ». A son égard, nulle méfiance ni réserve … en quelque domaine que ce soit. « Ma confiance dans l’Eglise catholique, affirmait-il, n’a jamais vacillé un seul instant depuis que j’ai été reçu en son sein ».

 

L’expérience nous montre les limites de la confiance que nous pouvons accorder aux êtres qui nous entourent, … quand bien même ils nous aiment sincèrement … quand bien même nous les aimons intensément. Douloureusement et parfois dramatiquement, notre route croise également des « gérants malhonnêtes » qui financièrement, physiquement ou affectivement nous abusent et nous spolient. Mais l’Eglise ? … Je vous le demande : l’Eglise nous a-t-elle un jour  trahi, escroqué, abandonné ? Ô je ne parle ni des institutions ni des hommes d’Eglise. L’actualité s’est chargée de nous rappeler qu’eux aussi peuvent nous abuser et nous scandaliser. Non, je parle de l’Eglise, « une, sainte, catholique et apostolique », … de cette Eglise qui par son enseignement magistériel et sa vie sacramentelle nous nourrit et nous sanctifie, … de cette Eglise, Corps mystique du Christ, qui ne fait qu’un avec Lui. Je vous le redemande : Cette Eglise a-t-elle falsifié le dépôt de la foi ou édulcoré son message ? Nous a-t-elle trompés sur les exigences ? Nous a-t-elle caché la croix ? Nous a-t-elle dissimulé les joies ?

 

Qu’il serait beau si chaque chrétien, rentrant en lui-même, pouvait s’unir au Cardinal Newman pour affirmer en toute vérité : « « Ma confiance dans l’Eglise catholique n’a jamais vacillé un seul instant depuis que j’ai été reçu en son sein ». Notre foi proclamée en l’Eglise, « une, sainte, catholique et apostolique » doit nous conduire à affirmer de tout notre cœur : « Eglise, ma Mère, toi qui m’as enfanté par la grâce du baptême, j’ai confiance en toi ».

 

Père Gilles Morin

Curé