Souviens-toi …

« La mémoire est une faculté qui oublie » se plaît-on à affirmer. L’expérience nous le confirme. Voyez ces dix lépreux de l’Evangile. Tout à la joie de leur guérison, neuf d’entre eux s’en vont exultant en omettant de rendre grâce. Nous leur ressemblons trop souvent.

 

Regardons Timothée, fidèle disciple de Paul, qui est source de joie pour son maître. Celui-ci va jusqu’à lui écrire : « Je rends grâce à Dieu que je sers … lorsque sans cesse, nuit et jour, je fais mémoire de toi dans mes prières ». Il ajoute pourtant cette recommandation surprenante : « Souviens-toi de Jésus-Christ ». Comment Timothée pourrait-il l’oublier ? Ne lui a-t-il pas donné sa vie ? N’est-il pas tout entier livré à la mission de propager son Evangile ? C’est que Paul sait qu’on peut avoir bien commencé, puis s’attiédir et mal finir. On peut, après avoir aimé, s’égarer et se fourvoyer. On peut s’activer et prêcher, on peut répéter et haranguer mais n’être que cymbale qui retentit et cuivre qui résonne. C’est pourquoi Paul recommande instamment à Timothée de ne pas perdre mémoire : « Souviens-toi de Jésus-Christ ».

 

Regardons à présent notre communauté religieuse. Les trois Pères et le Frère qui la composent ont eux aussi donné leur vie à Dieu. Il y a des années, ils ont prononcé avec ferveur ce merveilleux engagement : « Désirant répondre à l’appel du Christ et marcher à sa suite dans la voie des Conseils évangéliques, je me donne à Dieu pour être totalement consacré à son service dans l’Eglise … ». Ce jour-là, leur cœur était brûlant d’amour, tout leur être exultait de joie. Comment pourraient-ils l’oublier ? Et pourtant, le temps passe. Ils ont bien commencé, mais où en sont-ils aujourd’hui ? Certes, ils sont généreux et travaillent sans compter à l’évangélisation. Mais qu’en est-il de leur ferveur première et de leur vie de prière ? Savent-ils demeurer dans l’action de grâce et rester dans la joie de leur consécration ? Savent-ils vibrer au charisme de leur fondateur, le Père Jean-Léon Le Prevost, qui voulait conduire les âmes à Dieu par la Charité, … avec une prédilection pour les petits, les pauvres, les familles, les jeunes ? Il est si facile de se laisser emporter par le tourbillon de l’action au point de ne plus hiérarchiser les priorités, de se vider et parfois même d’errer.

 

Nous aurons cette semaine, à Notre-Dame de Nazareth, la visite canonique de notre Supérieur Général, le T.R.P Philippe Mura, assisté du Père Mauricio Martins Netto. Ils partageront notre vie, ils poseront sur notre communauté un regard de discernement pour nous encourager, nous éclairer, nous exhorter et peut-être nous alerter. Leur mission les conduira à réveiller notre mémoire. Á leur manière, ils répéteront à chacun de nous : « Souviens-toi de Jésus-Christ … Souviens-toi de la ferveur de ta Consécration … Souviens-toi du charisme du Père Le Prevost … Souviens-toi des petits, des pauvres … Souviens-toi des familles et des jeunes qui sont une espérance ». Heureux rappels … jamais superflus, dont par avance nous rendons grâce à Dieu.

 

Père Gilles Morin Curé

Une foi à transporter les montagnes

Il y a 100 ans,  à Uskub en Macédoine, venait au monde la petite Anjezë Gonxhe Bojaxhiu. Elle fut élevée dans la foi. Par-delà sa petite taille, ce petit bout de femme qui, selon les dires de son évêque, « était tout juste bonne à allumer des cierges », devint un feu de lumière, un brasier d’amour qui enflamma son siècle. C’est qu’elle avait une foi à transporter les montagnes, et elle les déplaça … Les moribonds agonisant en pleine rue furent recueillis et purent ainsi expirer dans la dignité ; les plus pauvres parmi les pauvres se virent secourus et aimés ; les banquises de l’indifférence et de l’égoïsme vacillèrent pour faire place à la compassion et à l’action. Oui, sans nul doute, ce petit bout de bonne femme, dont un musulman affirmait qu’elle était « une manifestation divine », avait une foi à transporter les montagnes. L’humanité entière la vénère sous le nom de Mère Teresa de Calcutta.

 

Nous ne transportons pas les montagnes ; c’est que nous avons trop peu de foi. Nous sommes à même de réciter le Credo sans aucune faute ; nous adhérons, je l’espère, à chaque vérité contenue dans le symbole des apôtres ; nous proclamons avec sincérité nos « Je crois ». Mais quelle est la mesure de notre foi ? « La foi, disait Mère Teresa, pour être véritable, doit être un amour qui donne. Amour et foi vont de pair. Ils ont besoin l’un de l’autre … Je serais prête à renoncer à ma vie plutôt qu’à ma foi ». Ah ! la foi, si nous en avions seulement comme une graine de moutarde, nous vibrerions à cette résolution de la « Madre des plus pauvres parmi les pauvres » : « J’ai fait le vœu à Dieu, disait-elle, sous peine de péché mortel, de Lui donner tout ce qu’il pourrait demander, de ne rien Lui refuser ». C’est que, tout simplement, elle avait la foi … une foi à transporter les montagnes. Pas nous qui lui refusant tant ! c’est pourquoi il faut nous écrier avec les apôtres : « Seigneur, augmente en nous la foi ».

 

Les saintes se ressemblent. Ce mois d’octobre s’est ouvert avec la petite Thérèse de l’Enfant-Jésus qui a promis qu’elle passerait son ciel à faire du bien sur la terre. Promesse tenue.  « Si jamais je deviens sainte, disait de son côté Mère Teresa, je serai certainement une sainte des « ténèbres ». Je serai continuellement absente du Ciel pour allumer la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres sur terre ». Notre vie est parfois bien obscurcie, notre foi trop attiédie. Pourquoi ne pas demander à Mère Teresa de s’absenter ne serait-ce que quelques instants de son Ciel pour ranimer en nous la lumière, pour raviver en nous la foi ? Vous rendez-vous compte ? Nous pourrions alors transporter les montagnes.

 

Père Gilles Morin

Curé