Stella prie « STELLA »

Nos souvenirs personnels les plus lointains nous ramènent bien souvent aux genoux de notre maman. Pour nous, ils furent le lieu privilégié de l’apprentissage de l’amour et la première école de la prière. Notre mère nous serrait bien fort contre son cœur comme pour nous dire : « Ecoute et vois combien je t’aime ; à ton tour, aime comme je t’aime ».

 

Quel trésor qu’une maman chrétienne ! Radieuse de la grâce de Dieu et brûlante du feu divin de la charité, elle déverse par contagion les merveilles de son cœur dans celui de ses enfants. A l’image de la Vierge Marie, elle ne cesse de nous répéter : « Fais tout ce que Jésus te dira … Quel est son commandement nouveau ? C’est que nous nous aimions les uns les autres comme il nous a aimés … Alors vas-y, avances, grandis … tu n’avanceras véritablement qu’en aimant et seul l’Amour te rendra grand ».

 

Kim Yu-na avancé ; elle a grandi. C’est aujourd’hui une jeune sud-coréenne de 19 ans. Convertie au catholicisme, et baptisée en même temps que sa mère en 2008, cette jeune championne a pris « Stella » pour nom de baptême. C’est effectivement une étoile qui brille dans sa discipline, à savoir celle du patinage artistique. Son nom vous est peut-être inconnu ; il fut pourtant à la une des média à l’occasion des jeux olympiques d’hiver de 2010. Le 23 février dernier, au Pacific Coliseum de Vancouver, elle glissait, tournait, s’élevait, et retombait avec grâce sur ses patins, en une prestation qui devait la conduire, deux jours plus tard, à la médaille d’or de patinage artistique. A l’issue de son programme, devant tout le public et des millions de téléspectateurs, Kim Yu-na, ou plutôt Stella Kim, s’est signée d’un beau signe de croix, témoignant ainsi de sa foi. Dans son pays où elle est une véritable star, ses faits et gestes sont scrutés à la loupe par les médias. Repérant à son doigt un anneau, les langues allèrent bon train. Stella Kim était-elle fiancée, voire mariée ? Erreur… erreur due à l’ignorance religieuse en ce pays qui ne compte que 30% de chrétiens. Radios et télévisions furent obligés de rectifier et d’expliquer l’usage et la signification de cet anneau cranté qui n’est autre qu’un dizainier. Stella Kim prie  « Stella Maris », elle se confie à l’étoile de la mer,  la bienheureuse Vierge Marie. Pourquoi s’en cacherait-elle ?

 

Nous entrons dans le mois de mai, mois de Marie. N’est-elle pas notre maman du Ciel ? Comment nous passer d’elle ? Dizainiers et chapelets doivent donc tourner et être égrenés. C’est un incontournable pour nous élever et briller dans l’éternité. Ce n’est jamais en vain que l’on répète inlassablement : « Je vous salue Marie », comme on a répété tant de fois dans notre petite enfance « Je t’aime maman ». Il n’est jamais stérile de se blottir contre le cœur de sa mère : ce cœur aimant nous rend toujours plus aimant.

 

 

Père Gilles Morin

Curé

M’aimes-tu ?… et de quel amour ?

Elle attendait le métro, téléphone portable en main, gesticulant et pleurant, conversant visiblement avec son bien aimé avec lequel elle s’était sans doute disputée. Cette jeune fille suppliait, insistait, jusqu’à lui lancer à haute voix ce véritable appel du cœur : « Est-ce que tu m’aimes encore ? ». Sur l’autre quai patientait un groupe de jeunes qui, ayant entendu cette angoissante question et percevant la détresse de cette jeune fille, ne put s’empêcher de crier unanimement et plaisamment : « Mais oui, on t’aime ».

 

Par-delà ce fait qui peut nous conduire à sourire, il nous faut rejoindre une réalité profonde. Qui que nous soyons, nous avons viscéralement besoin d’aimer et d’être aimé. « Je t’aime ; est-ce que tu m’aimes ? ». Il peut arriver que nous nous soyons quelque peu « fâché » avec le Seigneur. Il est alors inutile de douter de sa fidélité et de sa miséricorde. Il ne cesse en effet de nous murmurer au fond du cœur : « Je t’aime d’un amour éternel (Jr 31, 3)». Mais, comme du rivage de l’au-delà, une question  nous parvient, le Christ nous interroge : « Et toi, est-ce que tu m’aimes ? ». Nous ne pouvons ni biaiser ni esquiver ; il nous faut le contempler et lui affirmer en toute vérité : «  Seigneur, Tu sais tout ; Tu sais bien que je t’aime ».

 

Le magnifique face à face de Pierre et de Jésus que nous offre l’évangile de ce dimanche nous conduit à pousser plus loin notre réflexion. De quel amour sommes-nous aimés ? De quel amour voulons-nous aimer ? La langue française, si belle et si riche, se trouve soudain bien pauvre dès que nous touchons à l’amour. Le dialogue du Christ et du chef des apôtres tel que nous l’entendons, ne parvient pas à rendre les finesses du texte originel. Dans un beau commentaire biblique, le Pape Benoît XVI fait remarquer la précision et le poids des mots utilisés par saint Jean. Le verbe « phileo », précise-t-il, exprime l’amour d’amitié, tendre mais pas totalisant, alors que le verbe « agapeo » signifie l’amour sans réserve, total et inconditionnel. Par deux fois, Jésus demande à Pierre : « Simon … m’aimes-tu (agapâs-me)  de cet amour total et inconditionné ? ». Or Pierre ne répond pas par le même verbe. Alors qu’il a connu la tristesse amère de son triple reniement, il dit avec humilité : « Seigneur, je t’aime bien (philô-se) », c’est-à-dire « Je t’aime de mon pauvre amour humain ». La troisième fois, ô merveille de la délicatesse de Dieu, Jésus dit seulement à Simon : « Phileîs-me ? Est-ce que Tu m’aimes bien ? ». Simon comprend que son pauvre amour suffit à Jésus, l’unique dont il est capable.

 

En chaque eucharistie, l’Amour s’incarne, s’offre à contempler, se donne à manger. De quel amour voulons-nous l’aimer en retour ? Face à nous et réellement présent sous les apparences du pain et du vin, Jésus Ressuscité nous le demande : « M’aimes-tu … plus que ceux-ci  … plus que tout … ? ». Puissions-nous lui répondre « Je t’aime de mon pauvre amour humain … le seul dont je sois vraiment capable … mais fais-moi la grâce, Seigneur, de t’aimer d’un amour sans réserve, total et inconditionné. C’est celui qui est dans ton cœur, c’est donc celui que je désire ardemment dans mon cœur ».

 

Père Gilles Morin

Curé