Tout-Puissant et capable

Il y a quelques années, dans une ville des Etats-Unis, était organisé un concours de dessin. Il s’agissait de représenter Dieu … pas moins que cela. Le premier prix fut décerné à un artiste ayant griffonné et colorié un visage joufflu, tel celui d’un gros bouddha, sous lequel il avait inscrit ces quelques mots : « Ô Dieu Tout-Puissant et incapable ! ».

Cette expression ne rejoint-elle pas notre réaction première à la lecture de l’Evangile de ce dimanche ? Celui que nous honorons en ce jour comme Roi de l’Univers y paraît en effet bien incapable … Incapable de se défendre, incapable de triompher de ses opposants, incapable de manifester sa Toute-Puissance. Où sont donc ses légions d’anges ? « Le Seigneur des armées » paraît bien désarmé.

Traversons les siècles et posons maintenant un regard contemporain sur l’univers dans lequel nous sommes immergés. Là encore, notre réaction première pourrait être celle de Charles Péguy : « Notre Père, notre père qui êtes au royaume des cieux, de combien il s’en faut que votre règne arrive au royaume de la terre … On dirait, mon Dieu, mon Dieu, pardonnez-moi, on dirait que votre règne s’en va ».

Il se trouve que notre Dieu, effectivement Tout-Puissant, est hors-concours. Il ne s’inscrit pas dans la lignée des divinités prétentieuses et tyranniques. Il n’est en rien joufflu mais plutôt humilié et défiguré, aux antipodes de ce qui a trait à la royauté. Capable cependant, il l’est ; capable de s’incarner sur notre terre et de prendre en tout notre condition d’homme, excepté le péché ; capable de flots de tendresse et de miséricorde ; capable de se laisser librement bafoué et crucifié ; capable de demeurer réellement présent dans le pain et le vin consacré … en un mot, capable d’un amour infini pour notre monde et pour notre humanité.

Je vous le demande : connaissez-vous d’autres dieux capables d’une telle folie d’amour ? Ô qu’il nous faut rendre grâce ! Qu’il nous faut aimer ce Roi qui nous aime,  le seul Tout-Puissant et capable !

Lorsque ce Dieu n’est pas reconnu, lorsqu’il est comme relégué au rang des indésirables ou des incapables, alors l’homme s’érige en roi. Trop souvent il gouverne non pour aimer mais pour s’imposer,  non pour servir mais pour être servi, avec une certaine prétention de réussir là où Dieu a échoué. Il se heurte finalement à un monde toujours marqué par les injustices et les guerres, les violences et les conflits, les égoïsmes et les jalousies …  Il est acculé alors à reconnaître qu’il n’est pas Dieu et que, face au royaume de la terre, il se retrouve souvent impuissant et bien incapable.

A l’homme impuissant et incapable, je préfère de très loin le Dieu Tout-Puissant et capable … capable, par-delà les apparences, d’instaurer  et de faire resplendir son règne d’amour … déjà ici-bas sur notre terre, et pour l’éternité bienheureuse dans le monde à venir.

Père Gilles Morin
Curé