Une demande déplacée qui a de quoi choquer

 

“Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens, ils le bafoueront, cracheront sur lui, le flagelleront et le tueront, et après trois jours il ressuscitera”. Telle est l’annonce que Jésus vient de faire à ses apôtres dans les versets de l’Evangile de Marc qui précèdent ceux que nous offre la liturgie de ce dimanche. Reconnaissons que dans ce contexte, la demande des fils de Zébédée paraît quelque peu déplacée. Jacques et Jean devraient être décontenancés, affectés, ébranlés. Leur Seigneur et Maître parle de sa Passion ; les voilà au contraire qui revendiquent pour eux-mêmes l’exaltation. Jésus va s’abaisser et être humilié ; eux veulent trôner : “Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire”. Ô vous, Jacques et Jean, vous les fils du tonnerre, pourquoi ambitionner de grandir quand Jésus s’en va pour mourir ? Vous cherchez la gloire, vous trouverez la croix. Regardez votre Maître, le grand prêtre par excellence. Un prêtre, c’est fait pour tout donner, s’immoler, se sacrifier. Vous voulez le suivre, il vous faudra servir, être comme Lui “broyés par la souffrance”, faire de votre vie “un sacrifice d’expiation”.

 

Si la demande des fils de Zébédée a de quoi choquer, reconnaissons qu’elle a le mérite d’une certaine élévation. La perspective est bien celle du Ciel, l’ambition porte sur la gloire éternelle. Nous vivons des moments difficiles où nombreux sont ceux qui aujourd’hui, à l’image de Jésus, sont livrés et injustement condamnés, bafoués et flagellés, lynchés et tués … physiquement, socialement ou médiatiquement. Dans ce contexte, trop nombreux sont pourtant les ambitieux visant les premières places et en recherche de gloires bassement humaines. Ne nous arrive-t-il pas, nous aussi parfois, de nous tourner vers le Seigneur en ces temps où il est comme recrucifié dans les pauvres, les marginalisés, les humiliés et les persécutés, pour lui dire : “Maître, je voudrai que tu exauces ma demande”. Mais quelle demande ? Il y en a tant qui sont comme déplacées et peuvent, par contraste, choquer. Prenons de l’altitude : demandons rien moins que le Ciel, tout en sachant qu’il nous faudra inéluctablement passer par la voie de l’abaissement et accueillir amoureusement la Croix.

 

Nous fêterons demain le bienheureux Jean-Paul II, le grand. … grand parce que serviteur des serviteurs de Dieu, intimement uni au Christ en sa Passion, ayant bu la coupe de la souffrance et de l’offrande  jusqu’à la lie. Nous lui devons tant. N’hésitons pas à le prier :

“Bienheureux Jean-Paul II, nous voudrions que tu intercèdes auprès de Dieu pour qu’il exauce notre demande”.

Et ce pape de nous répondre :”Que voudriez-vous que je fasse pour vous ?

“Bienheureux Jean-Paul II, fais de nous des serviteurs humbles et donnés … Fais que nous tenions fermes dans l’affirmation de notre foi et que nous avancions avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce.

Pour que cette année de la foi porte en nous tous ses fruits, aide-nous à la vivre en présence du Crucifié, Lui que tu as tant aimé et fait aimé, annoncé et proclamé, Lui qui est notre Lumière, notre Vérité et notre Vie”.


Père Gilles Morin,

Curé