Pas seulement guéri mais sauvé

Naaman était lépreux. Sept fois il s’est plongé dans les eaux du Jourdain. « Sa chair, nous dit-on, redevint semblable à celle d’un petit enfant ». Il s’en retourna, emportant avec lui de la terre d’Israël, tout en exultant et magnifiant le Dieu unique qui l’avait guéri.

Que peut-il y avoir de commun entre ce général syrien et les humbles “nazaréens“ que nous sommes ? Tout comme lui, la lèpre nous frappe … celle du péché. Nous pouvons toujours nous démener et nous escrimer, notre cœur reste entaché. Une voix pourtant nous supplie : « Va te plonger ». Cette voix, c’est celle de l’Eglise.

« Va te plonger dans les eaux », nous dit-elle, … celles du baptême. Ce sacrement nous a effectivement fait passer de la mort à la vie. Nos cœurs maculés s’en sont trouvés sanctifiés.

« Va te plonger, encore et encore, dans les eaux vives », nous répète-t-elle, …celles qui jaillissent du cœur miséricordieux de Jésus Sauveur. Le sacrement de la Réconciliation nous y immerge ; celui de l’Eucharistie nous en abreuve. Nos âmes sont alors à nouveau purifiées et vivifiées.

Nous approchons du terme de l’Année Sainte de la Miséricorde. Une question surgit. Comme Naaman le syrien et comme le lépreux samaritain de l’Evangile, sommes-nous revenus vers Notre Sauveur ? Avons-nous franchis l’une des portes saintes ? Nous sommes-nous plongés dans l’Eucharistie et dans le sacrement de Réconciliation ? Avons-nous saisi ce bain exceptionnel de l’Indulgence plénière : il était là, à portée de main, finalement si simple ? Si OUI,  alors nos cœurs ont retrouvé leur fraîcheur et leur ferveur d’enfant. Si NON, il nous reste un mois pour faire cette démarche salutaire … et nous la ferons, n’est- ce pas ?

Naaman ne veut pas oublier. Désormais, affirme-t-il, “je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. Pour ne pas perdre mémoire et demeurer dans l’action de grâce, il emporte de la terre de ce pays.

Les 9 lépreux de l’Evangile, eux, ont déjà oublié. Ils ne reviennent pas vers celui qui ne sera finalement que leur guérisseur et non leur Sauveur. Seul le 10ème, un Samaritain, se souvient et fait demi-tour. Il se jette aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Lui seul s’entend dire qu’il est sauvé : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ».

Nous-mêmes, nous ne saurions oublier les merveilles accomplies en nos cœurs depuis le début de cette année jubilaire de la Miséricorde. Nous revenons et revenons encore vers le Seigneur en chaque eucharistie. Là, aux pieds du Christ Sauveur, nous nous souvenons de Lui ; nous nous laissons sauver par Lui. Nous Lui affirmons qu’il n’y a pas d’autre Dieu que Lui … pas d’autre Dieu comme Lui, qui soit toute Miséricorde … et nous en rendons grâce.

Père Gilles Morin,

Curé