Avec Jésus, notre vie ne saurait être une corvée

Quelle journée ! Jésus ne « chôme » pas. Il est sans cesse sollicité, poursuivi. On ne le laisse guère souffler. « Tout le monde te cherche ». Il lui faut donc être tout à tous. Pourtant, l’évangile nous donne une précision d’importance. Malgré une journée apparemment « non stop« , il y a bel et bien un  » stop «  : celui de la prière. « Bien avant l’aube, il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait ».

Quelles journées que nos journées ! Nous sommes si souvent surchargés, pressés, stressés, excités. Comme Job, nous pourrions dire : « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée ». Nous courons après le temps, au risque de ne plus être véritablement présents à ceux qui nous entourent. Que de fois nous gémissons sur nos journées si surchargées !

Et si nos journées étaient à l’image de celles de Jésus … des journées avec un grand « STOP », celui de la prière ; « Stop » pour un cœur à cœur avec Dieu ; « Stop » pour un temps privilégié de communication et de communion avec Celui qui donne sens et souffle à notre quotidien. Nos journées resteront chargées, certes, mais elles auront un sens ; elles ne seront pas subies mais offertes ; elles ne seront pas une corvée mais un service. Vécues avec Jésus, comme Jésus et pour Jésus, elles seront Prière.

Dans sa belle homélie prononcée vendredi en la fête de la présentation de Jésus au temple, – qui est la Journée mondiale de la Vie Consacrée – , le pape François a souligné l’importance de la rencontre. S’adressant aux religieux et religieuses, il leur a rappelé que « La vie consacrée naît et renaît de la rencontre avec Jésus« . Une telle rencontre bouscule et transfigure notre vie. Saisis par Celui qui est tout amour, nous sommes tous appelés à imiter le Christ. Il est venu jusqu’à nous ; allons à Lui au quotidien pour répondre à l’Amour par l’amour. « La mesure de l’amour, écrivait Saint Augustin, c’est d’aimer sans mesure ». Ces mots repris ultérieurement par Saint Bernard, ont marqué l’engagement dans la Vie Consacrée d’une multitude de religieux et religieuses qui, par une grâce spéciale, ont mis leur pas dans les pas de Jésus d’une manière radicale. Tout comme Lui, ils marchent « à contre-courant dans le monde« , rappelle le pape François. « Ainsi, dit-il, tandis que la vie du monde cherche à accaparer, la vie consacrée renonce aux richesses qui passent pour embrasser Celui qui reste. La vie du monde poursuit les plaisirs et les aspirations personnelles, la vie consacrée libère l’affection de toute possession pour aimer pleinement Dieu et les autres. La vie du monde s’obstine à faire ce qu’elle veut, la vie consacrée choisit l’obéissance humble comme une liberté plus grande. Et tandis que la vie du monde laisse rapidement vides les mains et le cœur, la vie selon Jésus remplit de paix jusqu’à la fin, comme dans l’Évangile, où les anciens arrivent heureux au soir de leur vie, avec le Seigneur entre les mains et la joie dans le cœur ». Nous sommes là aux antipodes d’une vie conçue comme une corvée.

Quelle belle expression et quelle belle affirmation que celle lancée vendredi par le pape François aux Religieux et Religieuses ! « Vous êtes l’aube sans fin de l’Eglise ! Je vous souhaite de raviver aujourd’hui même la rencontre avec Jésus, en marchant ensemble vers lui : cela donnera de la lumière à vos yeux et de la vigueur à vos pas ». 

Puisse notre témoignage de Vie de Religieux de Saint Vincent-de-Paul attiser en vous le désir de la rencontre avec Jésus. Vous ne chômez pas ; nous non plus. Vos journées sont bien remplies ; les nôtres aussi. De manière parfois peu visible mais bien réelle, « bien avant l’aube  nous nous mettons à l’écart, dans l’oratoire, et là nous prions«  ; vous aussi je l’espère. Là est la source de l’amour qui fait de chacune de nos journées non point une corvée mais une offrande à la plus grande gloire de Dieu, qui donne « lumière à nos yeux et vigueur à nos pas« .

Père Gilles Morin, curé

Une paroisse, pas une agence matrimoniale

Notre église en avait bien besoin. Il y a quelques jours, comme vous avez pu le constater, un grand ménage de son sol a été effectué. Envoyée par l’entreprise de nettoyage qui assure durant l’année son entretien ordinaire, une équipe de 4 jeunes s’est présentée au jour dit pour se mettre au travail. Après quelques mots de présentation et d’explication à propos des lieux, le responsable m’a interrogé :

  • C’est l’église catholique, ici ?

Dans la foulée de ma réponse affirmative et à mon grand étonnement, il m’a alors posé une demande tout à fait inattendue :

  • Est-ce que vous pouvez me trouver une femme, une fille catholique ?

J’aurais pu réagir et répliquer tout de go : « Ici, c’est effectivement l’Eglise catholique ; c’est une paroisse, ce n’est pas une agence matrimoniale ». Sa demande a pourtant suscité en moi une action de grâce. Pourquoi ?

Ce jeune homme était Malien. Connaissant un peu l’Afrique de l’Ouest et sachant que le Mali est un pays où les habitants sont, à 90%, musulmans, j’ai, à mon tour, interrogé ce grand jeune sympathique qui me décochait de larges sourires.

  • Et toi, tu es musulman ?

Après un petit temps d’hésitation et de silence, il me répond :

  • Je suis en recherche … je me rapproche des chrétiens.

J’ai bien senti que son désir de trouver une jeune fille catholique avec laquelle il pourrait se marier s’enracinait dans le fait qu’à ses yeux, les jeunes filles catholiques jouissaient d’une bonne réputation et qu’elles étaient gage de sérieux pour le rapprocher de Dieu. D’où mon action de grâce.

Vous voyez, mesdemoiselles, vous voyez mesdames, comme chrétiennes catholiques, vous avez bonne réputation. Il vous faut donc la préserver et la mériter.

Que ferait ce jeune homme d’une telle jeune fille ? Je ne saurais le dire. Mais en ce jour où nous fêtons ici, à Notre-Dame de Nazareth, les jubilaires de mariage, gravons en notre cœur ces mots que l’apôtre Paul adresse aux chrétiens de Corinthe : « Soyez attachés au Seigneur sans partage ». Le but ultime du sacrement du mariage est bien, non pas d’abord de s’unir l’un à l’autre à coup d’émotions et de pulsions mais, allant puiser à la source, d’accueillir les flots d’amour qui jaillissent du cœur de Dieu pour les répandre en celui ou en celle que le Seigneur nous donne comme époux ou comme épouse. Alors, et alors seulement, il est possible de s’aimer comme Dieu nous aime, et de cheminer ici-bas l’un avec l’autre et l’un par l’autre vers le Royaume éternel de la plénitude de l’Amour.

Vous l’avez sans doute deviné : J’ai laissé ce jeune Malien si sympathique sur sa faim. Je n’ai pas de jeune paroissienne à lui proposer, tout simplement parce que je n’ai nulle mission ni lumière particulière pour susciter des rendez-vous  » amoureux « , si sérieux fussent-ils. Notre histoire personnelle est entre les mains de Dieu. Si nos jubilaires de ce jour témoignaient des circonstances de leur rencontre première, nous aurions certainement une grande diversité de récits et de belles surprises. Dieu est Dieu ; il est la source de l’Amour. Je ne peux donc que prier bien sincèrement pour ce jeune auquel je souhaite de tout cœur qu’il rencontre un jour une jeune fille qui l’attache au Seigneur sans partage.

Père Gilles Morin, curé