Ni M’Bemba ni Mamadou mais Jésus

 

Dans l’abondant courrier déposé dans notre boite aux lettres du 349 rue Lecourbe se trouvait, il y a quelques jours, ce petit feuillet publicitaire :

Monsieur M’Bemba …

Tout fait a une cause et  toute cause a une solution. Il résoudra vos problèmes sentimentaux et beaucoup d’autres cas spéciaux …amour et fidélité, affection, examens, protection …etc … Travail sérieux, efficace, rapide, etc …

 

Le surlendemain, ayant dû sortir faire quelques courses, je découvris sur le pare-brise de la voiture un autre feuillet du même type :

Professeur Mamadou,

Grand voyant medium africain … Contactez-moi en toute confiance … capable de trouver avec vous la solution à toutes vos difficultés : amour, solitude, chance, travail, orientations études et examens, permis de conduire, protection contre danger … Surtout n’hésitez pas à me contacter quel que soit votre problème. Il y a toujours une solution pour le résoudre.

 

Je ne vous donnerai, bien sûr, ni les adresses ni les coordonnées téléphoniques de ces deux charlatans. Je voudrais simplement les interroger. Dans la semaine qui a suivi, l’une de mes nièces a accouché à 7 mois d’une petite Nolwène … mort-née. Alors, Monsieur M’Bemba et Professeur Mamadou, vous qui prétendez régler tous les problèmes, qu’allez-vous répondre à ma nièce si éprouvée ? Est-ce vous qui allez lui rendre sa petite Nolwène et lui redonner vie ? Un seul peut faire sortir les morts de leur tombeau ; Un seul peut affirmer en toute vérité : « Je suis la Résurrection et la Vie » : C’est Jésus, le Fils du Dieu Vivant. C’est Lui, le crucifié qui est vraiment ressuscité et qui nous permet de nous écrier : « Ô mort, où donc est ta victoire ; la mort a été vaincu par la Vie ».

J’aimerais que, par-delà le drame qui la frappe,  ma nièce Aurélie soit ainsi réconfortée dans la foi. Tel n’est pas le cas.

« Je ne suis aujourd’hui plus croyante, pour diverses raisons, m’écrit-elle, mais je me dis que si j’ai tort et que vous avez raison, au moins ma petite fille aura été accompagnée de nombreuses prières pour son départ vers le Paradis. J’espère que vous avez raison et que j’ai tort, qu’un jour je pourrai retrouver ma fille dans l’au-delà et que nous pourrons rattraper tout ce temps qui nous a été volé sur cette Terre. Merci d’avoir accompagné ma fille sur une voie où je n’ai pas pu le faire ».

Je prie pour ma nièce Aurélie ; pour qu’elle retrouve la foi de ses jeunes années en Jésus-Sauveur et Vainqueur. Je prie pour qu’avec cohérence, elle aille jusqu’au bout de ses interrogations et en perçoive bien l’enjeu. Qui a raison ? qui a tort ? Ce n’est pas anodin ; elle n’a pas le droit de survoler cette question ni d’être paresseuse dans la foi. Ou bien en effet sa petite Nolwène a été anéantie par la mort et il n’y a plus qu’à pleurer et désespérer. Ou bien par-delà le drame de sa mort prématurée, la vie de Nolwène n’a pas été détruite mais transformée, transfigurée. En ce cas, Aurélie peut vraiment espérer.

Je prie pour elle ; puisse-t-elle laisser Jésus ouvrir les portes de son cœur et lui redire : « Je suis la Résurrection et la Vie ; Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ».

 

Père Gilles Morin,

Curé

« J’étais aveugle, je vois ! »

 

Aux pharisiens incrédules, l’homme de l’évangile ne peut que proclamer sur tous les modes et tous les tons : « J’étais aveugle et maintenant, je vois ! ». Pouvoir contempler, admirer ; avoir des couleurs, des formes, des paysages et des visages plein les yeux, n’est-ce pas prodigieux ? Pour celui qui voit, la vie est transformée.

 

Cet homme connaît cependant une autre cécité : il est dans l’obscurité de l’ignorance et du péché. Le Christ le fait passer des ténèbres du monde à l’admirable lumière de Dieu. C’est une conversion intérieure, une véritable Pâques. « Maintenant, je vois ; je crois ; tu es le Fils de l’Homme ».

 

En ce temps de carême, il importe que nous interrogions loyalement Jésus : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? ». Certes, nous avons peut-être encore de bons yeux, mais qu’en est-il de notre regard intérieur ? Sommes-nous dans l’obscurité de notre monde ou dans la lumière de Dieu, celle de la grâce et de la sainteté ? « Il vaut mieux voir ses péchés que de voir toutes les merveilles de l’Univers », disait Saint Augustin. En ce domaine, quelle est notre acuité visuelle ? Si nous restreignons le champ de notre conscience au « je n’ai pas tué, je n’ai pas volé, je n’ai pas commis l’adultère », alors nous sommes aveugles.

 

Reconnaissons-le bien simplement : le péché obscurcit notre vie. Nous sommes un peu comme des aveugles tâtonnants et trébuchants. Le Christ nous invite à nous laver à la piscine des eaux vives de notre baptême, à ses flots de miséricorde déversés dans le sacrement de réconciliation. Si au terme du carême, ceux qui nous côtoient pouvaient s’étonner devant notre vie bouleversée : « C’est lui ; c’est bien lui ». Et nous de certifier : « C’est bien moi. Jésus m’a ouvert les yeux et j’ai vu ». Alors, on nous interrogera :

  • Qu’as-tu donc vu ?

  • J’ai vu mon péché ; et j’ai vu la miséricorde inouïe de Dieu. Oui, je me suis lavé et j’ai vu. Ma vie en a été transformée.

  • Tu as rêvé ; tu t’es illusionné.

  • Non, j’étais bien réveillé. Je suis sûr d’avoir vu, et j’en suis encore tout chamboulé. Je ne peux que chanter les miséricordes de Dieu.

 

Père Gilles Morin,

Curé