Pas de Binge-Drinking mais une délicieuse Eau Vive

 

L’homme est un être assoiffé …assoiffé de liberté, de justice, de vérité et de paix − il saura l’exprimer à l’occasion des élections municipales de ce dimanche − mais plus profondément encore assoiffé de bonheur et de plénitude. C’est là l’une de ses caractéristiques majeures. Pourquoi donc, dans sa folie, cherche-t-il à s’abreuver à des citernes percées qui ne retiennent pas l’eau, ne sauraient le désaltérer et encore moins combler ses attentes ?

 

Ils sont nombreux tous ces jeunes et ces moins jeunes qui s’enivrent ainsi jusqu’à sombrer dans un coma éthylique.

 

C’est le Botellon, en Espagne, rite quasi institutionnel chez les jeunes de 13-30 ans qui consiste à se réunir en groupe dans la rue après avoir acheté de l’alcool au supermarché pour le consommer ensuite massivement (à la bouteille et pas dans les verres ; d’où le nom). Des concours sont même organisés, rassemblant de dix à vingt-mille jeunes qui se défient jusqu’au coma éthylique.

 

Chez nous et dans bien d’autres pays d’Europe, c’est la spirale du binge-drinking (beuverie express). Le principe est de boire le plus possible et le plus vite possible des alcools forts mélangés le plus souvent à des boissons sucrées qui atténuent le goût de l’alcool. Les statistiques sont alarmantes. Ainsi, un jeune sur deux, nous dit-on, a déjà été ivre. 2,3% des jeunes de 17 ans déclarent avoir eu recours au binge drinking au moins 10 fois au cours des 30 derniers jours, soit un jour sur trois.

J’ai 59 ans et je n’ai jamais été ivre … ivre sous le coup de l’alcool … Vraiment, pas une seule fois, et sans grand mérite de ma part. En effet, je n’aime guère le vin ; je préfère le coca-cola au grand dam de mes frères en communauté, particulièrement du Frère Bruno qui est un fin œnologue. Mais par ailleurs, que d’ivresses dans ma vie, ô combien plus belles : ivresse de la contemplation de magnifiques paysages ; ivresse de  l’émerveillement devant de belles âmes, ivresse des rires de saines fêtes … et par-dessus tout, ivresse de Dieu. Il n’en existe pas de plus désaltérante. Le Seigneur seul est capable d’étancher notre soif et de combler pleinement nos attentes.

A tous ces errants qui courent après des sources empoisonnées et polluées, à ceux et celles qui ne pensent qu’à « s’éclater » et qui ne font que sombrer, à ceux qui se livrent ainsi à l’alcool, je veux dire : lisez l’Evangile de la Samaritaine. Allez à la source, la vraie. Le Seigneur vous y attend ; il est tout amour. Il vous supplie : « Celui qui a soif, moi je lui donnerai de la source de vie gratuitement » (Ap 21,6). Il insiste : « Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau, même si vous n’avez pas d’argent »  (Is 55,1). Je verserai en vous une eau pure, celle de mon amour. Ce ne sera pas l’ivresse avilissante mais celle véritablement apaisante, réconfortante et pleinement désaltérante.

 

Avec Jésus, pas de « binge-drinking » qui ne laisse que la gueule de bois mais une « delectable-drink » (boisson délicieuse) qui comble de joie.

 

Père Gilles Morin,

Curé

Accepter d’être secoués et ballottés

 

Je ne sais si j’ai un bon cœur ; ce qui est sûr, c’est que j’ai le cœur fragile. Depuis mon plus jeune âge, tout ce qui me fait balloter, tanguer, tournicoter et virevolter me rend malade … vomis assuré. Pas question de manège ni de balançoire ; pas de défoulement dans les parcs d’attractions en quête d’émotions fortes ; pas même de long voyage en voiture, surtout lorsque les routes sont sinueuses ou la conduite saccadée. Je vous l’ai dit : j’ai le cœur fragile ; je suis très vite malade.

 

Les pèlerins de Terre Sainte se souviennent de notre montée au Thabor, ce lieu où, selon la Tradition, le Christ Jésus fut transfiguré devant Pierre, Jacques et Jean. L’accès y est impossible en car compte tenu de l’exigüité et de la sinuosité de la route. Il faut donc emprunter des véhicules d’une dizaine de places qui nous conduisent, virage après virage, jusqu’à la cime. Autant dire que, sans rien laisser paraître, mon cœur fut malmené dans cette montée. Mais à l’arrivée, quel panorama magnifique sur la plaine d’Yizréel ! Et plus encore, quelle joie de pouvoir pénétrer dans la belle basilique de la Transfiguration : Y célébrer l’eucharistie, quelle grâce ! Recevoir Jésus notre Lumière et notre Vie, quel moment inoubliable ! Avec les apôtres, on ne peut que s’écrier : « Il est heureux que nous soyons ici ». Mais aussi, comme Pierre, Jacques et Jean, il nous faut redescendre … et voilà mon pauvre cœur à nouveau ballotté.

 

Tous ceux qui sont allés un jour où l’autre en ce lieu saint peuvent réveiller de magnifiques souvenirs et s’interroger lucidement : « J’étais si bien avec Jésus sur la montagne ; il m’irradiait de toute part ; il était mon soleil ; ma lumière, mon bonheur et ma vie. Il m’a fait redescendre dans la plaine pour l’accompagner jusqu’à Jérusalem. Où en suis-je donc aujourd’hui ? »

 

Pour nous tous qui cheminons en ce temps du carême, ce dimanche de la Transfiguration est riche de leçons. Le Christ nous attire, mais par des chemins qui ne sont pas nos chemins, par des voies déroutantes, sinueuses et parfois tarabiscotées. Pour nous élever avec Lui et jusqu’à Lui, il nous faut accepter d’être secoués et bousculés. Notre cœur tangue alors, … parfois jusqu’à vomir … vomir notre tiédeur et nos multiples péchés. Mais Vivre au jour le jour avec Jésus, nous élever jusqu’au Thabor ou marcher avec Lui dans la plaine de ce monde, quelle joie ! quelle grâce !  Monter avec Lui à Jérusalem, être à ses côtés dans son chemin de croix, se retrouver au Golgotha, quels combats ! Notre cœur en est malade, malade d’amour. Mais nous le savons, le Christ contemplé dans toute sa majesté en ce dimanche au Thabor est Celui qui, dans la nuit de Pâques resplendira comme Ressuscité … et nous serons véritablement sauvés. Oui, il faut accepter d’être malmenés et ballottés (entre autres dans nos efforts de carême) pour que nos cœurs soient guéris et que nous puissions en toute vérité ressusciter.

 

Père Gilles Morin,

Curé