Sortir de nos enclos

 

« Tu connais les textes sacrés, dit l’apôtre Paul à son fils bien-aimé Timothée : ils ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, celle qui conduit au salut par la foi que nous avons en Jésus-Christ ». Quelle grâce !

 

Aujourd’hui, une multitude d’hommes de toutes races, peuples, langues et nations ne connaissent pas ces textes sacrés et ignorent jusqu’au nom de Jésus-Christ. En cette journée mondiale des missions, nous ne saurions les oublier. Nous ne pouvons nous y résigner ; voilà qui doit nous bousculer.

 

Mais il nous faut aller plus loin dans notre constat et finalement regarder plus proche. Il m’est arrivé plusieurs fois de sortir dans le quartier au cours de cette semaine, à des heures très différentes. Parfois j’avais du mal à faire quelques pas sans croiser telle ou tel d’entre vous ; ce m’est toujours une joie, bien sûr, de vous saluer. D’autres fois, j’allais et revenais sans rencontrer un seul visage connu. C’était pour moi comme un effroi : voilà tant de gens que je ne connais pas et dont la plupart ne franchissent même pas le portail de la paroisse. « Mais, et toi, me disais-je, sors-tu vers eux ? » Si je prenais plus souvent le temps de les interpeller et de leur lancer : « Est-ce que tu connais les textes sacrés ? Sais-tu qu’ils ont le pouvoir de te communiquer la sagesse ? … ». Sans nul doute, notre paroisse est terre de mission. Nous ne pouvons nous y résigner ; voilà qui doit nous bousculer. En ce jour, le pape François nous dit très clairement que « chaque communauté est « adulte » lorsqu’elle professe la foi, qu’elle la célèbre avec joie dans la liturgie, qu’elle vit la charité et annonce sans relâche la Parole de Dieu, sortant de son enclos afin de la porter également dans les « périphéries », surtout à ceux qui n’ont pas encore eu la possibilité de connaître le Christ« .

 

En cette journée mondiale des missions, soyons des « Aaron » et des « Hour » soutenant les mains de Moïse durant la bataille contre les Amalécites. Portons dans la prière tous les missionnaires qui annoncent l’Evangile jusqu’aux extrémités du monde.  Mais en cette année de la foi, n’oublions pas que, tous, de par la grâce de notre baptême et de notre Confirmation, nous sommes appelés à sortir de nos enclos pour aller jusqu’aux périphéries (sociales, culturelles etc …) qui sont le plus souvent à quelques pas de notre porte. Oui, il nous faut sortir pour clamer à tous et par tout notre être : « Tu connais les textes sacrés : ils ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, celle qui conduit au salut par la foi que nous avons en Jésus-Christ ».


Père Gilles Morin

Curé

Vivre ou mourir … éternellement

 

On imagine : Ce général syrien Naaman, rongé par la lèpre, se plonger sept fois dans le Jourdain et sortir de l’eau totalement purifié, sa chair « semblable à celle d’un petit enfant ». Il exultait et ses serviteurs avec lui : « Je le sais désormais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ». Ô Naaman ! si tu ne t’étais pas baigné, tu serais bel et bien défiguré et ton corps putréfié. Pour n’avoir pas accueilli l’ordre du prophète Elisée, tu serais, par ta faute, dans les affres de la mort.

 

On imagine encore ces dix lépreux qui viennent trouver Jésus pour le supplier : « Maître, prends pitié de nous ». Ce sont des parias de la société ; eux aussi sont ravagés par cette terrible maladie. Et le miracle s’accomplit : ces dix défigurés se trouvent purifiés. Seul l’un d’entre eux revient vers son sauveur ; seul ce Samaritain se souvient de Jésus-Christ, exultant et rendant grâce à pleine voix. « Et les neuf autres, où sont-ils ? » interroge Jésus. Tous ne devraient-ils pas bondir de joie et proclamer les merveilles de Dieu ? Ô vous les lépreux, si vous n’aviez  pas croisé Jésus, si ce rabbi  ne vous avait pas chéri et guéri, vous seriez restés les marginalisés, les accablés de plus en plus défigurés, … jusqu’au point d’être putréfiés.  Toi, le Samaritain, pour t’en être souvenu et pour avoir remercié, tu es le seul parmi les dix à t’être entendu dire : « Ta foi t’a sauvé ».

 

En ce jour où nous nous unissons à la démarche de notre Saint-Père, le pape François, qui tient à consacrer notre monde au Cœur Immaculé de Marie, on imagine ces pauvres enfants Lucia, Francisco et Jacinta qui, en 1917 à Fatima, eurent une vision effrayante de l’enfer. La description imagée a de quoi faire trembler. Elle est comme à nous dire : « Ô toi, qui que tu sois, si tu ne viens pas à  la source de la lumière, de l’amour, de la joie, de la paix, de la vérité et de la vie, que vas-tu devenir ? Vois ; souviens-toi ».

 

J’aimerais tant que l’enfer n’existe pas … ou qu’il soit vide … comme certains le disent. Mais en cette année de la foi, il faut relire ce que nous enseigne le catéchisme de l’Eglise Catholique (n° 1033 à 1037). Dieu nous a créés libres, à son image et à sa ressemblance : c’est là notre grandeur et notre dignité. Dieu ne saurait nous forcer à entrer au ciel. Jusqu’au bout, il nous tend la main en nous suppliant de la saisir ; il nous ouvre son cœur en nous invitant à nous y blottir.

 

« Souviens-toi de Jésus-Christ » s’écrie l’apôtre Paul. Nous ne pouvons pas l’oublier ; nous ne le devons pas. Si le Père a envoyé son Fils unique, si le Christ Sauveur a été jusqu’à souffrir et mourir sur la croix, c’est bien parce qu’il y a pour l’homme un réel péril de se damner, de refuser la Vie de Dieu et de se fermer éternellement à celui qui est Tout Amour. Nous le savons par expérience : la lèpre du péché ronge trop souvent nos cœurs. Si nous ne faisons rien, le mal fera inéluctablement son œuvre.

C’est pourquoi nous aimons nous consacrer à Marie, notre miséricordieuse et tendre Mère, pour qu’elle nous protège de tout mal … pour qu’elle prie « pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort« .

C’est pourquoi notre Saint Père, sachant notre monde sur la pente de l’indifférence et de l’oubli de Dieu, marqué par tant d’égoïsmes, de drames et de conflits, ressent le besoin impérieux de consacrer le monde au Cœur Immaculé de celle qui nous aime tant et dont nous ne saurions nous passer.

 

Père Gilles Morin

Curé