Sème la graine de la foi

 

Tout récemment, j’avais encore en face de moi un jeune d’une vingtaine d’année quasi déprimé, me tenant un discours de désespérance sur le monde dans lequel nous sommes immergés. Lequel d’entre nous, à un moment ou à un autre, ne s’est pas mis à crier avec le prophète Habacuc : « Combien de temps, Seigneur, vais-je t’appeler au secours et tu n’entends pas, crier contre la violence et tu ne délivres pas ! Pourquoi m’obliges-tu à voir l’abomination et restes-tu là à regarder notre misère ? » Et le prophète poursuit : « Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent ». N’est-ce pas là notre lot quasi quotidien ? Violence, abomination, pillage etc … et rien ne semble s’arranger ; et il y a de quoi désespérer. Quelle est donc la réponse qu’apporte le Seigneur ? Elle tient en une annonce qui est promesse : « Voici qu’il succombe, celui dont l’âme n’est pas droite, mais le juste vivra par sa fidélité ». Alors, surtout, nous dit-il avec le psalmiste, « aujourd’hui ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ». Pour seule réponse, nous sommes invités à cheminer dans la foi.

 

Après avoir crié avec le prophète, après avoir ouvert notre cœur, nous sentons bien notre faiblesse et nous supplions le Christ Sauveur : « Seigneur, augmente en nous la foi ». Aide-nous à ne pas désespérer, à voir plus loin et plus haut que les apparences, à avancer dans la lumière. « La foi, nous dit Jésus, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : « Déracine-toi et va te planter dans la mer » ; il vous obéirait ». Remarquons que le Christ ne parle pas d’une foi gigantesque mais d’une simple foi grosse comme une petite graine. Cela suffit pour apporter une réponse à nos angoisses et à celles de notre monde. Oui, cela suffit pour faire bouger et transformer notre humanité trop souvent à la dérive. C’est un peu comme une petite lumière qui suffit à dissiper l’obscurité et à redonner espérance. Tel est bien ce que le pape soulignait dans la dernière encyclique « Lumen fidei » « La lumière de la foi », qui est un texte magnifique plein d’espérance. La foi, enseigne ce document d’Eglise, nous centre sur le Christ qui est la Lumière du monde, notre lumière.  « La lumière de Jésus brille, comme dans un miroir, sur le visage des chrétiens, et ainsi elle se répand et arrive jusqu’à nous, pour que nous puissions, nous aussi, participer à cette vision et réfléchir sur les autres cette lumière, comme dans la liturgie de Pâques la lumière du cierge allume beaucoup d’autres cierges. La foi se transmet, pour ainsi dire, par contact, de personne à personne, comme une flamme s’allume à une autre flamme. Les chrétiens, dans leur pauvreté, sèment une graine si féconde qu’elle devient un grand arbre et est capable de remplir le monde de fruits ».

 

Nous nous lamentons sur ces temps où nous vivons, marqués par la violence, l’abomination, le pillage, etc … Nous crions vers Dieu. Mais que nous répond-il ? : « Ne ferme pas ton cœur pour que je puisse y refléter ma lumière, ma miséricorde, mon amour… À ton tour, reflète cette lumière sur le visage de tes frères. Alors, tu verras, notre monde sera tellement plus beau. Mais tu sais, tout part de moi … puis de toi ».

 

Père Gilles Morin

Curé

Pitié pour le pauvre Lazare

 

Le contraste saute aux yeux : un riche et un pauvre ; d’un côté, un homme aux vêtements de luxe, festoyant au quotidien ; et de l’autre, un miséreux affamé, couvert de plaies, couché devant un portail, dont seuls les chiens semblent avoir pitié.

 

Nous connaissons bien cette parabole qui a livré le même message à toute les époques. Rappelons-nous ce témoignage de l’abbé Pierre qui, durant la période d’après guerre, se fit mendiant pour secourir les pauvres. Des heures durant, devant un restaurant de luxe, il tendit son béret aux riches qui venaient festoyer. Il aurait bien voulu que ces fortunés lui glissent une pièce, voire un peu plus … ne serait-ce que le dixième de ce qu’ils allaient futilement dilapider … mais personne ne lui donnait rien. Ce fut finalement un mendiant en guenilles qui, l’apercevant de l’autre côté de la rue, vint déposer dans le béret de ce prêtre ensoutané les quelques pièces qu’il avait récoltées.

 

Ouvrons les yeux et nous verrons combien cette parabole du riche et du pauvre Lazare reste d’une étonnante actualité. N’avez-vous jamais vu de ceux qu’on appelle  » S.D.F », parfois encore jeunes, assis devant un monoprix avec leur chien pour seul compagnon, et nous tendant la main sans se faire trop d’illusions ? N’avez-vous jamais remarqué des hommes, des femmes, parfois même des enfants, fouillant les poubelles … nos poubelles, pour y dénicher quelque nourriture ou tout autres choses pouvant être utiles ou monnayées ? Voilà qui devrait nous ouvrir les yeux sur nos gaspillages dans une société du tout jetable. Voilà également qui devrait toucher nos cœurs et nous conduire, non sans discernement, à partager avec ardeur et sans peur. Tout l’Evangile nous montre Jésus cherchant le pauvre pour le soulager et l’aimer. Notre vie, parfois, nous montre tout l’inverse … entre autre notre art de l’esquive pour ne pas être importuné par les « Lazare » d’aujourd’hui. Nous sommes chrétiens, n’est-ce pas ? Alors nous ne voulons ni les agresser, ni les insulter, ni les repousser. Que faisons-nous pour les esquiver ? Les techniques subtiles abondent et nous les connaissons bien : changement de trottoir, accélération du pas avec l’air d’être très pressés, tête baissée comme si nous étions très préoccupés, etc … Mais le pauvre, lui, est bel et bien là. Il est là non seulement sous la forme d’un « S.D.F », mais il est peut-être là à ma porte, sur mon palier, dans mon immeuble, dans mon milieu scolaire ou professionnel. Il est là, pauvre non seulement matériellement et financièrement, mais aussi affectivement, psychologiquement et spirituellement.   « Les pauvres, nous dit Jésus, vous en aurez toujours parmi vous » … C’est tellement vrai ; ils sont là, mais nous ne les voyons pas toujours, sans doute parce que nous ne les cherchons pas suffisamment.

 

La parabole de ce dimanche est claire et nous renvoie à une réalité incontournable. Nous mourrons, un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre. Il nous faudrait y penser un peu plus souvent pour donner davantage de consistance à nos vies. Nous serons jugés sur la Charité, une charité en acte … et nous le savons fort bien. Nous, nous en sommes convaincus. Alors, pitié pour les Lazare d’aujourd’hui.

 

Père Gilles Morin

Curé