« Osons la fraternité, la solidarité, la Charité »

 

Vous le savez, notre paroisse vient de vivre trois années pastorales successives dans la dynamique diocésaine de « Paroisses en mission ». Dans le prolongement de l’année « Ethique et solidarité », notre archevêque nous invite à entrer dans la démarche « Diaconia 2013 » lancée dans l’Eglise de France, qui conduira jusqu’à un rassemblement national à Lourdes du 9 au 12 mai 2013. De quoi s’agit-il ? D’un élan caritatif sur le thème de « Osons la fraternité », qui nous rappelle l’incontournable exigence d’aimer nos frères en actes et en vérité … à commencer par les plus fragilisés, les plus éprouvés, les plus délaissés, les moins aimés.

 

Notre paroisse, animée par les Religieux de Saint Vincent de Paul, se doit d’autant plus d’entrer dans cette dynamique de la fraternité, de la solidarité, … de la charité (je préfère tellement ce mot). Il y a peu, j’évoquais le bicentenaire de la naissance de l’un des fondateurs de notre congrégation : le Frère Clément Myionnet. Sa vie fut, au diapason de l’Evangile, une bonne nouvelle pour les pauvres. Le journaliste Léon Aubineau relatait en ces termes les obsèques de ce Religieux-Frère qui furent célébrées à l’église Saint Lambert de Vaugirard en 1886 : « Le nom de Clément Myionnet n’a jamais été cité par la presse ; il n’a retentit nulle part, et il doit être inconnu à la plupart même de mes lecteurs, à qui il semblera ne rien dire. Mais combien il était connu, aimé et vénéré des pauvres ! Combien ils regrettaient le cher défunt, combien aussi ils étaient fiers de lui ! Ils étaient accourus à ses funérailles, et on eût dit qu’ils assistaient à un triomphe …/… Quel cortège ils lui ont fait ! un cortège d’amour, un cortège de reconnaissance, un cortège splendide. Les haillons paraissaient radieux. La charité embellit tout. Elle va de celui qui donne à celui qui reçoit, et aussi de celui qui a reçu vers celui qui a donné : c’est alors qu’elle se montre dans sa suprême beauté ».

 

Permettez-moi de vous poser cette question : Connaissez-vous le Frère Anthony Royon ? Il est religieux de Saint Vincent-de-Paul. Vers la fin du mois d’août, alors qu’il était en retraite, il a appris de décès de Pascal … un pauvre … un s.d.f., comme on dit aujourd’hui. Il passait du temps avec lui ; il était son ami. Il l’aidait et plus encore il l’aimait. Cet homme était sans famille ; notre Frère était son unique famille. L’assistante sociale a spontanément contacté notre Frère Antony … persuadée qu’elle était que Pascal et Anthony ne pouvaient être que frères… frères de sang. Voilà donc un religieux qui avait osé la charité ; aux yeux de cette assistante sociale, celle-ci se montrait maintenant dans sa suprême beauté.

 

Permettez-moi encore de vous interroger : Connaissez-vous le Frère Michel Colomb ? Lui aussi est religieux de Saint Vincent-de-Paul. Il a passé ces 3 dernières années ici, à Notre-Dame de Nazareth. Discret, effacé mais ô combien dévoué, il s’est donné sans compter. Il est maintenant à notre communauté Saint Joseph à Saint Etienne. Son nom n’a guère été cité. Je n’en ai guère parlé … pas suffisamment. En ce dimanche, fête de rentrée, nous allons donc le remercier. C’était l’ami des petits et des pauvres, des enfants du patro, de chacun d’entre nous.

 

Enfin, connaissez-vous le Frère Bruno Cautain ? Ce religieux vient tout juste d’arriver chez nous, chez lui, à N.D. de Nazareth. Il est donc normal que la plupart d’entre vous découvrent son nom sans être capable d’y associer un visage. En ce dimanche, fête de rentrée, nous vous le présenterons. Je peux déjà vous assurer que lui aussi est un homme qui n’aime guère être cité mais qui se donne sans compter. C’est un ami des petits et des pauvres qui sait oser la Charité.

 

Alors, tous,  à l’image de Saint Vincent-de-Paul, nous aussi osons la fraternité, osons la solidarité, osons LA CHARITÉ, pour qu’elle se montre de plus en plus ici, chez nous, chez vous, dans sa suprême beauté.

 

Père Gilles Morin, curé

850, ce n’est pas rien

 

« 850 », effectivement ce n’est pas rien. Je ne veux pas parler ici de l’année jubilaire des 850 ans de la cathédrale Notre-Dame de Paris. J’aurai l’occasion d’y revenir. Non, je veux ici vous partager ce nombre d’hosties que mes mains de prêtres ont eu la joie de donner aux âmes et aux corps des 68 enfants et 21 animateurs de notre colonie de garçons du 6 au 27 juillet. Je me suis livré à un petit calcul. Si je déduis les dimanches où nous étions à la paroisse de Saugues et le jour où nous étions en pèlerinage à la Chaise-Dieu (Le pain eucharistique venait alors de ces lieux) le nombre d’hosties que j’ai données au cours des messes que je célébrais au quotidien s’élève à environ 50. Vous rendez-vous  compte ? 50 communions par jour. N’est-ce pas magnifique ? N’y a-t-il pas lieu d’en rendre grâce ? Bien des curés en France n’ont pas atteint ce chiffre aux messes dominicales voire même le jour de la grande solennité du 15 août. Demandez à nos enfants et jeunes du patro « Qui est Jésus ? », la réponse fusera : « C’est le Messie, le Fils de Dieu ». Certains ajouteront plus personnellement : « C’est mon Seigneur et mon Dieu ; mon ami et mon confident ; c’est mon chemin, ma vérité et ma vie ».

 

Nos patronages ont repris leurs activités. Le mercredi 5 septembre, jour de la réouverture, les nouveaux découvraient avec émerveillement les activités, s’immergeaient avec plaisir dans l’ambiance et se voyaient tout étonnés conduire quelques instants à l’église pour un temps de catéchèse et de prière. Plus tard, dans l’après-midi, tandis que je passais dans les salles de jeux d’intérieur, un petit de 7-8 ans m’aborda et me dit gentiment avec un large sourire : « Père, je suis désolé, mais je ne crois pas en Dieu ». C’était tout à la fois mignon tant il le disait avec délicatesse, et triste tant son cœur d’enfant semblait comme déjà privé de l’essentiel. C’était pour moi comme un appel pressant à la mission. Comment ? oui comment un enfant de 7-8 ans plein de fraîcheur et de candeur pouvait-il déclarer aussi naïvement ne pas croire en Dieu ? Tout cœur d’enfant n’est-il pas porté à s’ouvrir à la transcendance, à l’infini, à l’absolu ?

 

La catéchèse vient elle aussi de reprendre. Des enfants sont venus … nous en espérons davantage. J’ai interrogé quelques-uns d’entre eux : « Combien de vos camarades d’école vont au catéchisme ? ». Et ces petits d’avancer un chiffre à leurs yeux important :  » 3, ou 4, ou 5 … beaucoup ».  Et les 20 ou 25 autres de chacune de leurs classes, où sont-ils ? comment grandiront-ils ?

 

L’évangile de ce dimanche est de circonstance. Jésus demande à ses disciples : « Pour les gens, qui suis-je ? ». Ceux-ci répondent : « Jean-Baptiste, pour d’autres, Elie ; pour d’autres, un des prophètes ». Pour les générations actuelles, pour tous ces jeunes qui poussent dans l’ignorance de Dieu, les réponses d’aujourd’hui seraient tout autres et ne manqueraient pas de nous surprendre. Pouvons-nous rester passifs face à une situation à ce point dramatique ? Avons-nous le droit de vivre du trésor de notre foi sans tout faire pour le partager et le propager ?. Rappelez-vous : 850 hosties … ce n’est pas rien. Voilà qui nous prouve la capacité de la jeunesse à se mobiliser et à se laisser séduire par le Christ. Pour nous, c’est plein d’espérance … mais il faut prier …mais il faut aussi se bouger, parler, attirer, témoigner de notre joie de croire. Voilà une mission pour nous et pour tous.

 

Père Gilles Morin

Curé