Pouvoir dire : « Papa » ; « Maman »

 

Qui ne connaît les J.M.J. instituées par le pape Jean-Paul II en 1986 ? Rome, Paris, Toronto, Cologne, Sydney, Madrid … pour ne citer que les plus récentes. Les médias relayent ces grands rassemblements et nous permettent ainsi de vibrer avec tous ces jeunes qui sont « l’espérance du monde et de l’Eglise ».

Qui connaît les R.M.F, instituées dix ans plus tard par le même Jean-Paul II ? Rome, Rio de Janeiro, Rome à nouveau, Manille, Valence, Mexico et, en ce moment même, Milan. Elles sont pourtant le pendant, à l’échelon des familles, de ce que sont les J.M.J : un grand rassemblement des familles du monde, invitées par le Saint-Père pour raviver et raffermir ceux qui voient dans cette cellule de base de la société non seulement un véritable patrimoine d’humanité mais aussi l’avenir du monde et de l’Eglise.  R.M.F : Rencontre Mondiale des Familles. Plus d’un million de personnes sont attendues ce dimanche à la messe papale. Les médias feront-ils écho à un tel événement ?

 

La famille a toujours été à mes yeux une pure merveille : le berceau de la vie, le sanctuaire de l’amour, le reflet de l’être même de Dieu sur notre terre, à savoir une trinité d’amour. La mienne était pourtant loin d’être un modèle : graves difficultés financières, disputes, absences et errances trop répétées de mon père etc… Il n’empêche : j’ai grandi en pouvant prononcer ces mots si simples, si doux, si rassurants et structurants : « Papa », « Maman ». Je ne peux donc me résigner à voir l’institution familiale malmenée, désacralisée, défigurée, massacrée. Jusqu’au bout je chanterai l’Evangile de la famille ; jusqu’au bout je proclamerai à temps et à contretemps qu’il est beau de s’aimer, malgré nos faiblesses, au sein d’une famille.

J’ai souvenir de la naissance de mon plus jeune frère, le petit dernier. Il n’était ni désiré ni attendu, comme on dirait aujourd’hui. Il fut pourtant accueilli, choyé, aimé. Sous bien des angles, il fut le préféré. Ce gaillard d’aujourd’hui 1,90 m et de 110kg a poussé, entouré de ses frères en sœurs, en pouvant répéter tout comme moi : « Papa », « Maman ». C’est si important. Quelques années après sa venue au monde s’embrasaient les débats sur l’avortement. Le général Bigeard, militaire français le plus décoré en son temps,  s’insurgeait alors contre ce massacre des tout-petits en avançant cet argument tiré de son expérience : « J’ai trop vu de soldats mourir sur les champs de bataille en criant « maman » ».

 

J’élève donc la voix, au nom du droit des enfants à pouvoir s’écrier « papa » lorsqu’ils ressentent le besoin de protection et l’assistance d’une force ; je revendique le droit des enfants à pouvoir appeler « maman » chaque fois qu’ils éprouvent un besoin de tendresse, de compassion, d’affection et de réconfort.

 

La famille est une pure merveille. S’y attaquer, la défigurer, c’est rendre opaque le regard de la créature sur son créateur, c’est comme voiler la réalité de l’être même de Dieu, Lui qui EST famille, un et trine, Père, Fils et Esprit-Saint. Aujourd’hui, nous sommes en communion avec notre Saint-Père et toutes les familles rassemblées à Milan sur le thème : « La famille : le travail et la fête ». Aujourd’hui, après une semaine de travail, les familles de nos patronages et de la paroisse sont en fête. Elles vont jouer, oui jouer (c’est si important), … et avec grande joie, dans ce contexte du Trophée des familles, nous entendrons résonner bien des fois ces mots si simples et si doux « papa », « maman ». Encore une fois, quelle merveille !

 

Père Gilles Morin

Curé

Pourquoi ? oui pourquoi ?

 

L’exhortation de l’apôtre Paul est pressante ; elle va jusqu’à se faire supplication : « Vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu, nous dit-il … Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit ». Il est vrai que l’enjeu est de taille. Avec une simplicité percutante, le saint curé d’Ars le mettait ainsi en lumière :

« Si l’on disait aux damnés : « Pourquoi êtes-vous en enfer ? », ils répondraient : « Pour avoir résisté au Saint-Esprit ». Et si l’on disait aux saints : « Pourquoi êtes-vous au ciel ? « , ils répondraient : « Pour avoir écouté le Saint-Esprit… ». »

L’une des images les plus expressives de l’action de l’Esprit-Saint est celle du vent ou du souffle. J’aime ce dessin que j’ai remis aux enfants de notre paroisse qui, en cette solennité de la Pentecôte, reçoivent le sacrement de Confirmation. Prenez le temps de le regardez d’un peu près. C’est toute une catéchèse en image.

Nous sommes dans ce petit voilier à tenir la barre. Nous voguons sur la mer de ce monde. Où allons-nous ? Quel but poursuivons-nous ? Ce ne peut être … ce ne doit être … que le soleil de l’Amour de Dieu, la béatitude éternelle. Dans notre traversée d’ici-bas, le vent ne nous fera jamais défaut. L’Esprit-Saint souffle – c’est pour nous une certitude de foi – mais qu’en est-il de notre disponibilité, de notre réceptivité et de notre docilité à cet Esprit ? Notre cœur est-il grand ouvert, les voiles déployées et bien orientées ?

Nous nous plaignons parfois de piétiner, de nous traîner, voire de stagner, mais comment pourrait-il en être autrement si, en nous, tout est recroquevillé. Où l’Esprit-Saint pourrait-il donc s’engouffrer pour nous propulser ?

Nous gémissons parfois de suffoquer et d’asphyxier, mais de quel air remplissons-nous notre âme : celui des séductions extérieures de ce monde ou celui des motions intérieures de l’Esprit ?

Respirons à pleins poumons le bon air de l’Esprit d’Amour. Ouvrons nos cœurs et déployons toutes grandes les voiles de notre être le plus profond pour voguer, sous le souffle de l’Esprit, vers Le Soleil éternel. « Le Ciel, le Ciel, nous le verrons, nous le verrons ! » s’écriait le Curé d’Ars. Oui, nous le verrons, nous l’espérons. Et si nous y parvenons, nous pourrons affirmer avec simplicité que ce sera « pour avoir écouté le Saint-Esprit ».

 

Père Gilles Morin,

Curé