« S’ils se taisent, les pierres crieront » (Lc 19,40)

 

Non, contrairement à ce qu’affirment certains, l’Eglise n’a pas à se taire sur les questions politiques. Elle n’est certes pas spécialiste des questions économiques mais, selon la belle expression du pape Paul VI, elle est « experte en humanité ». « Sans prétendre aucunement s’immiscer dans la politique des Etats, l’Eglise « ne vise qu’un seul but : continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi …/… Et Paul VI de noter : « Communiant aux meilleures aspirations des hommes et souffrant de les voir insatisfaites, elle désire les aider à atteindre leur plein épanouissement, et c’est pourquoi elle leur propose ce qu’elle possède en propre : une vision globale de l’homme et de l’humanité  » ».

 

En une note doctrinale du 24/11/2002, le Cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, faisait remarquer que le relativisme moral ne pouvait qu’être « nuisible pour la vie démocratique elle-même, celle-ci ayant besoin de fondements vrais et solides, c’est-à-dire de principes éthiques qui, en raison de leur nature et de leur rôle de fondement de la vie sociale, ne sont pas «négociables» « .

 

Plus récemment, en 2006, le Pape Benoît XVI revenait sur cette question.  « Il ne faut pas oublier, disait-il, que lorsque les Eglises et les communautés ecclésiales interviennent dans le débat public, en exprimant des réserves ou en rappelant certains principes […] ces interventions ne visent qu’à éclairer les consciences, en les rendant capables d’agir de manière libre et responsable, conformément aux exigences de la Justice, même si cela peut entrer en conflit avec des situations de pouvoir et d’intérêt personnel. »

 

Ces diverses interventions ne font que s’inscrire dans le prolongement du Concile Vatican II : « L’enseignement social de l’Église, enseigne celui-ci, n’est pas une ingérence dans le gouvernement des pays. Il établit assurément un devoir moral de cohérence pour les fidèles laïcs, intérieur à leur conscience, qui est unique et une. Dans leur existence, il ne peut y avoir deux vies parallèles, d’un côté la vie qu’on nomme ‘spirituelle’ avec ses valeurs et ses exigences ; et de l’autre, la vie dite ‘séculière’, c’est-à-dire la vie de famille, de travail, de rapports sociaux, d’engagement politique, d’activités culturelles. ». Et le Concile de poursuivre : « Le sarment greffé sur la vigne qui est le Christ donne ses fruits en tout secteur de l’activité et de l’existence ».

 

« Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments, nous dit justement Jésus dans l’Evangile de ce dimanche. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit ». Plus encore : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». Comment l’Eglise pourrait-elle se taire lorsqu’elle voit la société se détacher du cep de la vigne, ne plus demeurer en lui mais au contraire se couper de lui ? L’Eglise, experte en humanité, se doit alors d’alerter, de crier. Elle sait que ce chemin de rupture est mortifère pour l’homme et pour l’avenir de nos nations, à commencer par celui de la France, sa « Fille aînée ». L’Eglise parle, et heureusement. Si elle se taisait, les pierres crieraient.

 

Père Gilles Morin

Curé

Message du Saint-Père pour la journée mondiale de prière pour les vocations

 

…/… La vérité profonde de notre existence est ainsi contenue dans cet étonnant mystère : chaque créature, en particulier chaque personne humaine, est fruit d’une pensée et d’un acte de l’amour de Dieu, amour immense, fidèle, éternel (cf. Jr 31, 3). Découvrir cette réalité change véritablement notre vie en profondeur. Dans une page célèbre des Confessions, saint Augustin exprime avec une grande intensité sa découverte de Dieu, suprême beauté et suprême amour, un Dieu qui lui avait été toujours proche, auquel il ouvrait enfin son esprit et son cœur pour être transformé : « Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors. C’est là que je te cherchais. Tout disgracieux, je me ruais sur tes gracieuses créatures. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi. Loin de toi, elles me retenaient, elles qui ne seraient, si elles n’étaient en toi. Tu m’appelas, crias, rompis ma surdité. Tu brillas, et ta splendeur a ôté ma cécité ; tu répandis ton parfum, je respirai, je soupirai, je t’ai goûté, et j’eus faim et soif; tu m’as touché, et je brûlai du désir de ta paix » (X, 27.38). Par ces images, le saint Évêque d’Hippone cherche à décrire le mystère ineffable de la rencontre avec Dieu, avec son amour qui transforme toute l’existence. Il s’agit d’un amour sans réserve qui nous précède, nous soutient et nous appelle tout au long du chemin de la vie et qui s’enracine dans l’absolue gratuité de Dieu…/…

 

En tout temps, à la source de l’appel divin, il y a l’initiative de l’amour infini de Dieu, qui se manifeste pleinement en Jésus Christ…/… L’amour de Dieu demeure pour toujours, il est fidèle à lui-même, à la « parole édictée pour mille générations » (Ps 105 [104], 8). Il faut donc ré-annoncer, spécialement aux nouvelles générations, la beauté attrayante de cet amour divin, qui précède et accompagne : c’est lui le ressort secret, la motivation qui ne fait jamais défaut, même dans les situations les plus difficiles.

 

Chers frères dans l’épiscopat, chers prêtres, diacres, consacrés et consacrées, catéchistes, agents pastoraux, et vous tous qui êtes engagés dans le domaine de l’éducation des nouvelles générations, je vous exhorte avec une vive sollicitude à vous mettre à l’écoute attentive de tous ceux qui à l’intérieur des communautés paroissiales, des associations et des mouvements perçoivent les signes d’un appel au sacerdoce ou à une consécration particulière. Il est important que dans l’Église se créent les conditions favorables afin que puissent éclore beaucoup de ‘oui’, comme autant de réponses généreuses à l’appel d’amour de Dieu.

 

Père Gilles Morin

Curé