Le grand absent

 

J’aime les litanies au Saint-Sacrement : « Dieu soit béni ; béni soit son saint nom … » Ainsi commencent les invocations.

 

Tout comme vous, je m’apprête à accomplir mon devoir de citoyen en me rendant aux urnes pour y déposer mon bulletin de vote. Tout comme vous, j’ai reçu sous enveloppe personnalisée les tracts des divers candidats à l’élection présidentielle. J’ai pris le temps de les lire. Non seulement le nom de Dieu n’y est pas béni mais il n’en est fait aucune mention. Nous sommes bien dans une France marquée par une laïcité exclusive du nom de Dieu, au moins dans ses institutions et ses interventions officielles. Et pourtant …

 

Chaque candidat se livre à diverses propositions, martèle son slogan, émaille son texte de belles promesses, en vue du bien économique, social et international de notre pays. Mais qu’en est-il de la recherche du bien spirituel ? Notre pape Benoît XVI, en diverses interventions, a rappelé la gravité de la crise que nous traversons, … une crise pas seulement financière ou structurelle mais, plus profondément, éminemment morale et spirituelle. Comment espérer y répondre sans mentionner ne serait-ce qu’une seule fois le nom de Dieu ?

 

Il est un autre aspect qui demande notre attention. Je sais combien il est difficile de synthétiser nos idées et de les exprimer en peu de mots. Les textes que nous avons reçus nécessitent donc un certain décryptage. Celui-ci n’est possible que si nous avons pris le temps de regarder d’un peu plus près et en amont les positions des candidats sur les 13 éléments de discernement que nous ont proposé nos évêques dans leur document « Elections : un vote pour quelle société ? ». De même pour ce qui concerne  ce que Benoît XVI appelle « les principes non négociables », à savoir :

– La protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu’à sa mort naturelle.

– La reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille – comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage.

– La protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants.

 

Chacun, bien sûr votera en conscience. Le Pape Jean-Paul II, en son exhortation apostolique sur la vocation et la mission des laïcs dans l’Eglise et dans le monde, soulignait que « l’Eglise tient en grande considération et estime l’activité de ceux qui se consacrent au bien de la chose publique et en assument les charges pour le service de tous ». Il corrigeait notre vision parfois excessivement sombre pour ne pas dire malveillante de la politique. « Les accusations d’arrivisme, écrivait-il, d’idolâtrie du pouvoir, d’égoïsme et de corruption, qui bien souvent sont lancées contre les hommes du gouvernement, du parlement, de la classe dominante, des partis politiques, comme aussi l’opinion assez répandue que la politique est nécessairement un lieu de danger moral, tout cela ne justifie pas le moins du monde ni le scepticisme ni l’absentéisme des chrétiens pour la chose publique ».

 

Les candidats ont le mérite de se passionner, de se dépenser voire de s’épuiser pour une cause qu’on peut très bien ne pas partager et que l’on doit même parfois contester. Avons-nous le mérite, nous aussi, de nous passionner avec la même énergie et la même fougue pour la cause de l’Evangile. Ceux qui nous côtoient nous entendent-ils proclamer à temps et à contretemps : « Béni soit le nom de Dieu ; béni soit le nom de Jésus, l’Amour incarné, Lui qui est mort et Ressuscité pour nous, Lui le Vivant pour les siècles des siècles » ?

 

Père Gilles Morin, curé

Que montrons-nous ? Qui montrons-nous ?


« C’est bien moi ! » affirme Jésus. Il l’atteste et il le prouve. Nulle illusion possible. « Avance ton doigt ici, dit-il à Thomas, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant ». Celui qui est là, en face de Thomas, est bel et bien celui qui était pendu au gibet de la croix. Ce n’est autre que celui dont les mains ont été clouées, dont le cœur a été transpercé. Ce n’est ni une illusion ni un fantôme ; il est le Ressuscité, le Vivant à jamais. C’est là un fait de l’histoire, crédible et attesté, prouvé et vérifié, qu’on ne saurait nier.

Pourtant … oui pourtant, ils sont si nombreux ceux qui aujourd’hui encore font preuve d’incrédulité. Eux aussi sont comme à dire : « Si je ne vois pas … si je ne touche pas … non je n’y croirai pas ». Que peuvent-ils donc voir aujourd’hui ? Qui peuvent-ils toucher ? Certes, Jésus peut toujours se montrer comme il l’a fait à Sainte Marguerite Marie pour donner à contempler son cœur et ses mains transpercés : « Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes … ». Mais nous savons qu’il s’agit là de grâces tout à fait particulières auxquelles sont attachées des missions particulières. Nous le savons : Jésus est désormais assis à la droite de son Père dans la gloire du Ciel. « Si je ne vois pas … disent mes frères … si je ne touche pas … ». De par la grâce du baptême, nous avons revêtu le Christ ; nous sommes devenus le Christ. À nous donc de répondre : « Avance ton doigt et vois mes mains. Elles ne sont pas recroquevillées mais grandes ouvertes. Elles ne se lèvent pas pour menacer mais pour servir et bénir. Elles ne sauraient te repousser ; elle veulent t’enlacer ». Oui, à nous de lancer cette invitation à tous les incrédules : « Avance ta main, et mets-la dans mon côté. Touche, sens ; là il y a un cœur, mon cœur qui bat au diapason du cœur du Christ. Ce cœur ne te veut que du bien. Il n’a ni indifférence, ni amertume, ni haine envers toi ; il ne veut que t’aimer ; il est plein de miséricorde pour toi, pour tous ».

Ils sont si nombreux, trop nombreux, ceux qui, parce qu’ils ne voient pas, ne croient pas. Que leur montrons-nous ? Qui leur montrons-nous ? Jésus qui vit et vibre en chacun de nous, je l’espère.

Sainte Faustine, apôtre de la Divine Miséricorde, écrivait dans son petit journal ce qu’elle avait reçu du Seigneur. Jésus lui montrant son cœur d’où jaillissaient deux grands rayons, l’un rouge (le sang), l’autre pâle (l’eau), lui disait :
« Aujourd’hui, amène-moi l’humanité entière, et particulièrement tous les pécheurs et immerge-la dans l’océan de ma miséricorde…
Aujourd’hui, amène-moi les âmes froides et immerge-les dans l’abîme de ma miséricorde… »
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C’est donc dans l’aujourd’hui qu’il nous faut montrer nos mains et notre cœur ; ils doivent refléter celles et celui du Christ. Tous devraient pouvoir voir, toucher et sentir que nous sommes des vivants de la vie du Ressuscité. Certes, la béatitude prononcé par Jésus ne saurait être abolie : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Mais justement : Que voient nos frères ? Nos pauvres mains humaines et notre petit cœur d’homme ou de femme. Puissent-ils y reconnaitre les signes de l’amour infini de Dieu et s’écrier « Jésus, mon Seigneur et mon Dieu, j’ai confiance en Toi ! »

Père Gilles Morin

 

Curé