En ce temps-là

Il y a longtemps, très longtemps, » en ce temps-là « , nous dit le livre de Daniel, ce fut véritablement un temps de détresse comme il n’y en avait jamais eu. La Palestine était sous le règne du tristement célèbre Antiochus Épiphane. Son nom était à lui seul tout un programme : « Dieu manifesté ». Interdisant toute pratique de la religion juive, il exigeait qu’on lui rende, à lui, les honneurs qu’on rendait jusqu’ici à Dieu. Il se livra à une effroyable persécution qui lui valut l’appellation d’Épimane, signifiant le « cinglé », le mégalomane.

« En ce temps-là », en notre temps, n’y a-t-il pas aussi détresse sur notre terre ? Les Épimanes sont toujours à l’œuvre, le soleil de la foi s’obscurcit et la lune perd son éclat. Les étoiles qui scintillaient, étoiles de la vie, étoiles de la joie, étoiles de la pureté, étoiles de la charité, étoiles de la famille et de l’amour, tombent du ciel et enténèbrent notre monde.

Il y a 20 ans, le 9 novembre 1989, était abattu le mur de Berlin. Mais tant de barrières subsistent encore de nos jours, trop de murs se dressent entre les peuples, parfois même au sein d’une même nation et, pire encore, entre les croyants et jusqu’au sein de l’église catholique … des murs de la honte qui font scandale.

Il y a 20 ans, le 20 novembre 1989, était adopté la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Mais aujourd’hui encore, trop d’enfants sont mal-aimés, exploités, maltraités, violés, massacrés … à commencer par les tout-petits, sans voix, éliminés dans le sein même de leur maman … droits bafoués effrontément et trop souvent impunément … honte de nos civilisations dites modernes dont l’histoire et les générations à venir ne manqueront pas de se faire juge.

« En ce temps-là », en notre temps, notre aujourd’hui, nous ne saurions oublier la présence des anges qui veillent sur nous, spécialement celle de l’archange Michel, chefs des armées célestes qui nous assistent dans nos multiples combats. Les temps sont durs, certes, mais ce sont ceux que Dieu nous donne. On connaît le conseil de Saint Augustin : « Ne dites pas : les temps sont bons, les temps sont mauvais. Soyez bons et les temps seront bons ». Soyons bons, donc, et nous serons autant d’étoiles dans le ciel de notre monde. Soyons bons, et viendra le temps où, tels les sages dont parle le livre de Daniel, nous « brilleront comme la splendeur du firmament et nous resplendiront comme les étoiles dans les siècles des siècles ».

« En ces temps-là », nous dit Jésus. Spontanément, nous sommes portés à l’interroger :
– Mais quand donc, Seigneur, viendront ces derniers temps où « on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire ? »
Nombreux sont ceux qui ont avancé des dates et annoncé ces temps de manière apocalyptique et cataclysmique. Ainsi le calendrier Maya – nous dit-on à l’occasion de la sortie du film « 2012 », – prédirait la fin du monde pour le 21 décembre 2012. En vérité, nous ne savons, ni le jour ni l’heure, et qu’importe ! … pourvu que le Seigneur nous trouve à tout instant débordant de sa grâce et vivant de son amour. Oui qu’importe, du moment que nous scintillons dès aujourd’hui comme des étoiles dans le ciel de notre monde !

Père Gilles Morin
Curé

Deux morceaux de bois

« Je ramasse deux morceaux de bois », dit la veuve de Sarepta. Oui, ramasse-les et assemble-les. Tu y verras comme par anticipation la croix du Sauveur. Tu n’as qu’une poignée de farine et un peu d’huile. Lui n’a que son corps livré et son sang versé. Sur la croix s’étendent ses membres sacrés ; de son cœur transpercé jaillissent les flots de son amour. De ce sacrifice découlent notre salut, notre vie, notre joie, notre éternité.

« N’aie pas peur », ô femme, prends ces deux morceaux bois, saisie la croix à pleine main, garde confiance et tu ne mourras pas. Quelle que soit ta pauvreté, tu y trouveras toujours le pain de la vie et la coupe du salut,… et tu pourras poursuivre ta route vers l’éternité.

 

Ô Europe, ne néglige  pas les deux morceaux de bois qui ont façonné ton histoire ! Ne rejette pas la croix. ! Une sentence de la cour européenne des Droits de l’homme de Strasbourg vient de décréter que les crucifix doivent disparaître des salles de classe des écoles publiques italiennes. Cette décision du 3 novembre n’est certes pas contraignante mais elle est hautement révélatrice. « Cette Europe du troisième millénaire, réagit le Cardinal Bertone, ne nous laisse que les citrouilles (d’Halloween) et nous enlève les symboles les plus chers ». Le vice-maire de la ville de Rome, le sénateur Mauro Cutrufo, se joint à la consternation : « En ne reconnaissant pas les racines judéo-chrétiennes et en ne les insérant pas dans la Constitution, l’Union européenne a commis une première erreur, parce qu’elle a tenté d’effacer d’un coup l’histoire et l’identité de l’Europe elle-même, au nom d’un laïcisme pas mieux précisé qui n’a rien à voir avec la laïcité… L’Italie et l’Europe ont une histoire et une culture qu’une sentence ne pourra pas effacer ».

 

Une Europe privée de ces deux morceaux de bois doit craindre pour elle-même et ses enfants. Sans croix, elle devient sans âme. « Europe qui est au début du troisième millénaire, lançait le pape Jean-Paul II en 2003, retrouve-toi toi-même. Sois toi-même. Découvre tes origines. Avive tes racines. Au cours des siècles, tu as reçu le trésor de la foi chrétienne. Il fonde ta vie sociale sur les principes tirés de l’Évangile et on en voit les traces dans l’art, la littérature, la pensée et la culture de tes nations. Mais cet héritage n’appartient pas seulement au passé ; c’est un projet pour l’avenir, à transmettre aux générations futures, car il est la matrice de la vie des personnes et des peuples qui ont forgé ensemble le continent européen » Et Jean-Paul II ajoutait : « Ne crains pas ! L’Évangile n’est pas contre toi, il est en ta faveur ».

Que serait l’espérance des pauvres sans ces deux morceaux de bois, croix où s’est immolé le Christ, pauvre parmi les pauvres … signe de son amour et certitude de sa victoire ? Que serait notre vie si, telle la veuve de Sarepta,  nous n’allions  nous incliner devant ces deux morceaux de bois pour y déposer et y consumer sur l’autel le peu que nous avons et que nous sommes ? C’est là que Jésus nous redit : « N’aie pas peur ». Effectivement, nous ne mourons pas, nous avons toujours au moins un petit quelque chose au quotidien. Plus encore, nous ne mourrons pas puisque Jésus lui-même se donne à nous en nourriture éternelle.

 

 

Père Gilles Morin

Curé