Deux morceaux de bois

« Je ramasse deux morceaux de bois », dit la veuve de Sarepta. Oui, ramasse-les et assemble-les. Tu y verras comme par anticipation la croix du Sauveur. Tu n’as qu’une poignée de farine et un peu d’huile. Lui n’a que son corps livré et son sang versé. Sur la croix s’étendent ses membres sacrés ; de son cœur transpercé jaillissent les flots de son amour. De ce sacrifice découlent notre salut, notre vie, notre joie, notre éternité.

« N’aie pas peur », ô femme, prends ces deux morceaux bois, saisie la croix à pleine main, garde confiance et tu ne mourras pas. Quelle que soit ta pauvreté, tu y trouveras toujours le pain de la vie et la coupe du salut,… et tu pourras poursuivre ta route vers l’éternité.

 

Ô Europe, ne néglige  pas les deux morceaux de bois qui ont façonné ton histoire ! Ne rejette pas la croix. ! Une sentence de la cour européenne des Droits de l’homme de Strasbourg vient de décréter que les crucifix doivent disparaître des salles de classe des écoles publiques italiennes. Cette décision du 3 novembre n’est certes pas contraignante mais elle est hautement révélatrice. « Cette Europe du troisième millénaire, réagit le Cardinal Bertone, ne nous laisse que les citrouilles (d’Halloween) et nous enlève les symboles les plus chers ». Le vice-maire de la ville de Rome, le sénateur Mauro Cutrufo, se joint à la consternation : « En ne reconnaissant pas les racines judéo-chrétiennes et en ne les insérant pas dans la Constitution, l’Union européenne a commis une première erreur, parce qu’elle a tenté d’effacer d’un coup l’histoire et l’identité de l’Europe elle-même, au nom d’un laïcisme pas mieux précisé qui n’a rien à voir avec la laïcité… L’Italie et l’Europe ont une histoire et une culture qu’une sentence ne pourra pas effacer ».

 

Une Europe privée de ces deux morceaux de bois doit craindre pour elle-même et ses enfants. Sans croix, elle devient sans âme. « Europe qui est au début du troisième millénaire, lançait le pape Jean-Paul II en 2003, retrouve-toi toi-même. Sois toi-même. Découvre tes origines. Avive tes racines. Au cours des siècles, tu as reçu le trésor de la foi chrétienne. Il fonde ta vie sociale sur les principes tirés de l’Évangile et on en voit les traces dans l’art, la littérature, la pensée et la culture de tes nations. Mais cet héritage n’appartient pas seulement au passé ; c’est un projet pour l’avenir, à transmettre aux générations futures, car il est la matrice de la vie des personnes et des peuples qui ont forgé ensemble le continent européen » Et Jean-Paul II ajoutait : « Ne crains pas ! L’Évangile n’est pas contre toi, il est en ta faveur ».

Que serait l’espérance des pauvres sans ces deux morceaux de bois, croix où s’est immolé le Christ, pauvre parmi les pauvres … signe de son amour et certitude de sa victoire ? Que serait notre vie si, telle la veuve de Sarepta,  nous n’allions  nous incliner devant ces deux morceaux de bois pour y déposer et y consumer sur l’autel le peu que nous avons et que nous sommes ? C’est là que Jésus nous redit : « N’aie pas peur ». Effectivement, nous ne mourons pas, nous avons toujours au moins un petit quelque chose au quotidien. Plus encore, nous ne mourrons pas puisque Jésus lui-même se donne à nous en nourriture éternelle.

 

 

Père Gilles Morin

Curé

Ne faisons pas de même

« Que l’homme est quelque chose de grand ! …s’exclamait le Curé d’Ars … L’homme créé par Dieu et à son image, que cette pensée de l’immortalité de l’âme est belle ! Mais voilà on ne réfléchit pas à ces grandes vérités. Je suis créé pour aimer Dieu » …Et Jean-Marie Vianney d’ajouter : « Il y en a beaucoup qui sortent de ce monde sans savoir ce qu’ils y sont venus faire, et sans s’en inquiéter davantage. Ne faisons pas de même ».

Ils ne font pas de même ces chefs de jeux (13-16 ans) et ces animateurs du patronage (17-25 ans), qui durant ces vacances de la Toussaint, se mettent trois jours en retraite, à l’écart, dans le recueillement, la louange et la prière. Ils veulent s’entendre répéter ce pour quoi ils existent et ce à quoi ils sont appelés. Au quotidien, ils sont agressés par mille sollicitations, immergés dans un flot d’images et martelés par quantité de sons stridents et abrutissants. Tout est là pour les étourdir et les détourner des questions les plus fondamentales. On leur tait l’essentiel. « Dans le monde, disait le curé d’Ars, on cache le Ciel et l’enfer ; le Ciel, parce que si on en connaissait la beauté, on voudrait y aller à tout prix ; on laisserait bien le monde tranquille ! L’enfer, parce que si on en connaissait les tourments, on voudrait les éviter coûte que coûte ». Pour ces jeunes en retraite, l’essentiel a été dévoilé ; chacun a pu raviver son désir du Ciel et sa vocation à la sainteté.

J’ai beaucoup ri intérieurement en entendant les plus jeunes d’entre eux échanger sur le Ciel. L’imagerie revient à grand pas dès qu’on cherche à se faire une idée de ce que sera cet état de béatitude éternelle. Chacun avançait ses plaisirs ou ses passions en les multipliant à la puissance dix ou cent ou mille. Le Ciel pouvait ainsi devenir un océan de Coca-Cola, ou une gigantesque piste avec de superbes motos, ou un hyper parc ludique avec des super jeux qui …etc … Ces échanges étaient, bien sûr, empreints de drôlerie et de taquinerie. Tous savaient, au plus intime de leur cœur, que le Ciel était bien plus que cela, … bien au-delà de tout cela … que le Ciel c’était la plénitude de l’Amour dans un face à face éternel avec Dieu. Voilà qui dépasse notre imaginaire.

 

Notre vocation, c’est la sainteté ; notre vie, c’est Dieu ; nous sommes faits pour le Ciel. Y pensons-nous seulement ? Le désirons-nous vraiment ? Chaque eucharistie nous met à notre vraie place, celle qui nous attend pour l’éternité. « Que c’est beau ! s’exclamait Saint Jean-Marie Vianney. Après la consécration, le Bon Dieu est là comme dans le Ciel ! Si l’homme connaissait bien ce mystère, il mourrait d’amour». Et il ajoutait : « Ô homme, que tu es heureux, mais que tu comprends peu ton bonheur ! Si tu le comprenais, tu ne pourrais pas vivre … Oh ! non, bien sûr, tu ne pourrais pas vivre ! … Tu mourrais d’amour ! …»

 

Il se peut que beaucoup sortent de ce monde sans savoir ce qu’ils y sont venus faire, et sans s’en inquiéter davantage. Il est triste, hélas ! de voir tant de nos contemporains s’étourdir et vivre comme si aujourd’hui devait durer toujours. Ne faisons pas de même ». Soyons fascinés par Dieu, tendus vers le Ciel, amis des saints, nourri de l’Eucharistie, épris de vie éternelle. Être créé par Dieu, être aimé de Dieu, l’aimer dès ici-bas et l’aimer pour l’éternité, que c’est beau ! Voilà notre bonheur !

 

Père Gilles Morin

Curé